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CORRIGER LES CAHIERS
Bonjour,
Tout d'abord (au risque de manquer d'originalité...), merci pour ton site, tes conseils, ton engagement... mais aussi merci pour la sagesse de tes remarques et le recul dont tu fais preuve.
L'objet de mon message est une préoccupation qui m'habite depuis 4 ans maintenant que j'enseigne... Comment corriger, ou plutôt annoter (sans noter) les travaux quotidiens d'élèves (en dehors des évaluations) ? Après 2 ans en CM1/CM2, je vais enseigner en CE1 et en CE1/CE2 (je fais la décharge de la directrice et d'une collègue à mi-temps). Je ne souhaite pas employer les termes "bien", "assez bien"... qui me semblent émettre un jugement de valeur vague et sans rapport avec la compétence travaillée... J'ai un temps utilisé des petits bonhommes, type "smileys", mais cela ne me satisfait pas. Cela suffit-il de mettre quelques mots de commentaires / conseils ? Et qu'écrire dans le cas d'un enfant qui a fait sans erreur le travail demandé ?
Merci d'avance de ta réponse (même si je suppose que la réponse unique et magique à ma question n'existe pas...). Bonnes vacances.
Claire.
Bonjour,
La lecture des annotations sur les cahiers, écrites le plus souvent en rouge, peut parfois laisser rêveur : s'agit-il d'un commentaire adressé à l'élève ? Dans quel but ? Aux parents ?
Le stylo rouge sur le cahier c'est souvent une des dernières marques de l'autorité supposée du maître. On voit d'ailleurs parfois des parents qui s'autorisent à écrire dans le cahier de l'enfant soit pour y ajouter eux-mêmes une annotation, soit pour commenter celles de l'enseignant...
Effectivement, des formules trop générales n'apportent pas grand chose...
Encore moins efficace l'injonction de bien écrire si la plume du maître est grossière, en travers du cahier ou des commentaires lapidaires sur l'orthographe... si l'orthographe de la maîtresse n'est pas parfaite à ce moment là.
Les annotations doivent être à mes yeux utiles, porteuses de sens pour l'enfant, économiques et exemplaires.

Utiles : elles doivent l'engager à reprendre un travail mais aussi l'aider à repérer ses réussites.
Le code de correction très tôt mis en place peut aider (un petit signe qui permet de donner une typologie à l'erreur, une indication qui incite à reprendre un document, se référer à une affiche, un référent...).
La grille de correction isolant quelques items simples et complétée par l'élève peut-être efficace. De même les activités de correction collective (corriger ensemble un texte au tableau - bientôt les tableaux électroniques aideront à le faire mieux).
La note (dont l'usage doit être limité) et son barème doivent être élucidés. Parfois il peut-être pertinent de noter le temps passé pour le travail, si l'élève a travaillé seul ou en coopération...
Pour que la correction prenne du sens, il peut être intéressant de se ménager ponctuellement des moments individualisés où l'on va corriger avec l'élève auprès de soi, en dialoguant, en l'interrogeant... Tout cela doit s'inscrire dans une pédagogie où non seulement l'erreur est permise et élucidée (on apprend à faire parler les erreurs en débat réglé: "pourquoi je me suis trompé ?") mais où l'essai est encouragé (preuve d'un savoir en construction).
On prendra soin également de distinguer ce qui relève de la forme (c'est juste mais pas très propre ou lisible) du fond... et l'on veillera dans les échanges et les débats méta-cognitifs à valoriser les différentes formulations ou présentations possibles d'une même réponse...
Les encouragements peuvent créer une dynamique s'ils nomment sincèrement une avancée ou un point positif identifiable.
Il me semble donc que la correction du maître doit être claire, que le pouvoir de corriger n'est pas forcément à réserver au maître... Il n'est pas certain que l'usage du rouge soit le plus aidant (alors que les élèves adorent écrire en rouge, le maître pourrait chosir le noir ou le violet et à eux le rouge pour corriger ou agir sur un texte...).
La correction doit être économique parce que la correction est vite dévoreuse de temps pour le maître et que pour l'enfant en grande difficulté trouver sa page entièrement constellée d'annotations n'est pas forcément une aide. Il est vite submergé. Par exemple, dans le cas d'un problème orthographique lourd, on pourra noter : "il y a de nombreuses erreurs, je repère aujourd'hui les erreurs sur le pluriel" . L'élève travaillera ensuite à la correction de ce point ou effectuera un travail individualisé sur ce thème.
Finalement on commente toujours le travail, mais on ne juge pas la personne.
Si je crois qu'il n'est pas utile d'alourdir les annotations, en revanche, le maître peut construire sous forme informatique ou manuelle, qu'il complète au fil de l'eau, de petits tableaux récapitulatifs des erreurs les plus fréquemment rencontrées. Cela peut permettre de proposer ensuite des ateliers de remédiation.
Il me semble également utile, lors de la réunion des parents, de préciser ce que l'on attend selon les âges et quels types d'annotations on portera sur les cahiers. Le code de correction conçu par ou avec la classe peut être explicité aux familles. Les élèves peuvent être associés régulièrement à l'évaluation de leur travail (voir ce que je disais sur les grilles de compétences) et noter en fin d'activité ou de journée: "j'ai bien réussi à..je dois améliorer..." Très tôt, il est possible de responsabiliser les élèves.
Les activités qui consistent également à se donner régulièrement du temps pour relire dans les cahiers ce que l'on a fait au long d'une semaine ou d'une période sont très riches. Elles aident l'élève à prendre du recul.
Une annotation peut aussi porter dans le cahier une explicitation rapide d'une stratégie plus ou moins aboutie. "Elodie a bien pensé au pluriel, mais elle a utilisé le pluriel des noms pour les verbes." La faute est explicitée, l'explicitation engage le travail suivant.
Enfin, pour l'élève en réussite, on peut lui demander de noter ou noter pour lui le temps passé pour le travail, la manière de s'organiser pour le réussir et peut-être lui donner alors la possibilité d'accéder à un travail "plus difficile".

Bien cordialement VB 08/2005