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Bonjour et meilleurs voeux pour l'année qui commence.

Je vous lis régulièrement avec beaucoup d'intérêt et de plaisir aussi.
Je prépare le CRPE en candidat libre et je bute sur une question de taille.

Comment peut on mettre en pratique le prolongement de cycle dans les écoles
élementaires sans qu'il se traduise par un "(re)doublement" de la dernière
année du cycle systématiquement?
Si on considère qu'on se donne la durée du cycle pour l'acquisition des
compétences, on ne peut (sauf cas extrême) prendre de décision de prolongation
qu'en fin de cycle.
Jusqu'ici tout va bien, non seulement je comprends mais j'adhère.
Nous parvenons en fin de cycle et l'enfant conserve des lacunes importantes
dans la construction de ses connaissances. La décision est prise de prolonger
le cycle en question d'un an.
Pour l'enseignant c'est du temps supplémentaire pour aider cet enfant à
construire les connaissances qui lui manquent.
Mais pour l'enfant et pour ses parents, quelle différence cela fait-il avec un
redoublement ??
J'ajouterai dans ce cas que si c'est le mot qui fait peur, il me semble que
l'echec est encore plus total si en parlant de "prolongement de cycle" on a
souhaité le bannir celui de "redoublement" du vocabulaire scolaire.

Dans une école à classe unique, l'enfant passe plusieurs années avec un
enseignant sans que cela choque ou émeuve.

Dans une classe double de CM1-CM2, le prolongement de cycle semble plus délicat
parce que l'enfant passe 3 ans dans la même classe ou plutot avec le même
enseignant (ceci est un cas particulier que je connais)

j'ai un peu de mal à faire la part entre "l'idéologique" et "la réalité de
terrain" dans différents cas de figure comme les grandes école (+ de 5
classes), les écoles contenant des classes à plusieurs niveaux et les classes
uniques.

Pouvez vous m'aider à prendre du recul sur ce sujet s'il vous plait ???

Bonne journée
Nathalie

Bonjour,
La question que vous abordez est évidemment très importante. Elle est aujourd'hui objet de débat puisque le ministre, contre l'avis des spécialistes et même d'une partie de ses conseillers, a défendu une position assez traditionnaliste à son sujet qui avait eu le don de me faire réagir à la rentrée
http://www.prepaclasse.net/fichiers/france2.html

Prepaclasse avait déjà consacré une page à cette question, mais il est utile d'y revenir http://www.prepaclasse.net/fichiers/redoubl.html

Pour que le prolongement ne se traduise pas par un redoublement, il faut effectivement que le conseil de cycle propose un projet adapté, personnalisé pour l'élève.

Si un élève arrive en fin de cycle avec des lacunes significatives dans les compétences de base, c'est à dire des lacunes qui ne lui permettraient pas d'entrer dans les apprentissages du cycle suivant on peut d'abord s'interroger:
- Les difficultés d'un élève n'apparaissant pas du jour au lendemain, a-t-il été "repéré" dans les évaluations et en particulier nationales ?
Il existe en effet des outils institutionnels en cycle 2 et au début du cycle 3.
Si un élève a été repéré lors de ces évaluations, il convient de ne pas attendre la fin du cycle pour lui apporter des aides et des réponses tangibles.
La première aide, doit-être l'élaboration d'un P.P.A.P. - projet personnel d'aide et de progrès - qui comprendra lui même une évaluation intermédiaire permettant de faire le point à un moment donné.
Ces P.P.A.P. peuvent se relier aux objectifs d'ensemble du projet d'école. Pour aider à leur mise en place, le smaîtres peuvent trouver diverses stratégies (ateliers différenciés, groupes de besoins, décloisonnement, aide d'un autre maître dans la classe...). Lorsqu'un P.P.A.P. donne des résultats, soit l'élève a rejoint le groupe des élèves possédant les compétences de base, soit il doit encore travailler avec un nouveau P.P.A.P. mais peut-être alors faudra-t-il mettre en place l'aide des spécialistes du Réseau d'aide.
Certains élèves, très rares, peuvent avoir besoin d'une orientation spécifique et dans ce cas, on aura le plus tôt possible signalé leur cas en C.C.P.E.
Il est vrai, que parfois pour des raisons diverses, certaines équipes ne signalent pas assez tôt les difficultés d'un enfant comptant sur le temps comme seul remède. Il est vrai que dans certains cas, la seule maturité permet à l'élève de progresser et rattrapper son retard, mais les équipes ont bien compris la nécessité d'accroître la vigilance et d'agir le plus tôt possible de façon positive et constructive, c'est à dire sans enfermer l'élève dans un statut négatif mais en montrant qu'on épaule, qu'on accompagne très tôt l'élève en valorisant ses réussites, en dialoguant très vite avec la famille.

Vous dites: Nous parvenons en fin de cycle et l'enfant conserve des lacunes importantes
dans la construction de ses connaissances. La décision est prise de prolonger
le cycle en question d'un an.

Pour l'enseignant c'est du temps supplémentaire pour aider cet enfant à
construire les connaissances qui lui manquent

1) rappelons que ce doit être une décision du conseil de cycle. le sparents peuvent d'ailleurs faire recours devant l'inspecteur d'Académie
2) l'enseignant intervient auprès de chaque élève en intégrant le différencié pour tous: pour certains c'est reprendre, pour d'autres approfondir, prolonger... Cela veut dire que le maître doit intégrer le différencié au quotidien dans sa pratique et si des temps d'enseignement magistral ou "en frontal" peuvent perdurer, le différencié se fera souvent avec une organisation spécifique de la classe de type "unité pédagogique" sous la responsabilité directe du maître et "activités satellites" (ateliers autonomes ou avec d'autres intervenants dont en particulier l'assistant d'éducation...).
On voit également de plue en plus des écoles promouvoir une organisation en classe de cycle qui permet de regrouper ponctuellement les élèves tout en bénéficiant ds interactions fortes.
Pour avoir enseigné en classe unique, je dois souligner la très grande importance de ces interactions.

Vous évoquez le problème du "même maître plusieurs années". c'est ce qui fait tempérer effectivement la pertinence du prolongement si c'est "pour rester avec le même maître et refaire la même chose".
En général, les écoles avaient déjà pour habitude lorsqu'il s'agissait de redoubler , de faire que l'enfant change d'enseignant.
C'est il me semble souvent une bonne réponse mais dans certains pays, il arrive que l'enseignant soit responsable de la même cohorte d'élèves du CP au CM2.

Les maîtres qui ont enseigné sur deux années, savent que souvent la deuxième "on va plus vite". Cette réponse est souvent bonne... mais il ne faut pas systématiser car il se peut ponctuellement que l'effet maître agisse en négatif sur l'élève ou que les deux personnalités soient pour des raisons qu'il faudrait maîtriser mais qu'on ne peut nier "incompatibles".

Pour terminer, je dirai que la réalité sur le terrain dépend étroitement de la politique des circonscriptions, de la volonté personnelle de l'inspecteur d'engager un travail sur ce domaine; du choix des équipes mais également de la place accordée à l'évaluation, de la perception que l'on a ou pas du cheminement individuel.

La question de l'hétérogénéité n'est pas une question nouvelle. Elle était simplement niée autrefois par la sélection qui éliminait au fil de l'eau ceux qui ne parvenaient pas à progresser.

Il ne faut pas nier que ce courant traditionnel, souvent fort chez certains enseignants du secondaire ou chez ceux qui pensent que "le bac pour tous est une utopie" ou qu'il faut réduire la scolarité obligatoire revient dans nombre de discours... y compris aujourd'hui hélas au ministère.

Il ne faut pas nier que la politique des cycles qui se met difficilement en place pour des raisons diverses (mais aussi parce qu'un tel changement de culture ne peut s'improviser) risque d'être mise à mal par les prochains projets gouvernementaux.
Aujourd'hui la position institutionnelle reste celle que je viens de décrire, peut-être demain sera-t-elle marginalisée et faudra-t-il travailler encore pour la défendre. Novatrice, elle n'a pas l'allure du "redoublement sélectif" qui est un renoncement.
Nous, nous faisons le pari de l'intelligence chez tous nos élèves !

Bon courage pour vos réflexions !

VB

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