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Un témoignage reçu à
Prepaclasse :
ce témoignage
a été reçu en février 2003. Il est
signé d'une jeune collègue qui débute en
zone déducation prioritaire et fait part de son désarroi.
Ce désarroi,
n'est évidemment pas unique et peut même être
partagé par des collègues plus anciens dans le
métier.
Pour aller un peu plus loin que le simple constat d'échec,
il nous semble utile de tenter d'ouvrir des pistes qui peuvent
d'ailleurs relever tant du cadre institutionnel que des équipes
ou de l'enseignant lui même dans sa classe.
Bien entendu, vos
commentaires, vos propositions, vos récits d'expériences
sont bienvenus.
Débuts difficiles
en ZEP
Bonjour!
Voilà 5 mois que la rentrée a eu lieu et je me
sens toujours aussi débordée!
Certains départements
comme celui de Paris, ne permettent pas à un débutant
T1 d'être affecté en ZEP / REP. Cette règle
s'applique également aux classes de CP et de CM2 .
Bien entendu, une année ne suffit pas forcément
pour se renforcer et se montrer alors capable d'assumer la prise
d'un poste en ZEP/REP.
Propositions
: généraliser ce système , imposer que le
stage d'accompagnement à l'entrée dans le métier
comprenne une préparation à l'enseignement en REP.
Faire que toute affectation en REP/ZEP soit assortie d'un stage
de formation .
En fait, il m'a été
très difficile d'anticiper en début d'année
et à présent j'ai l'impression de courir après
le temps.
Très souvent en ZEP les
questions relatives à la discipline prennent du temps
et risquent de voir se réduire la part consacrée
aux apprentissages.
Dans certains cas cependant assez fréquents, c'est la
mise au travail tardive des élèves qui favorise
leur dispersion, leurs réactions agressives...
Propositions
: procéder à un audit du temps dans la classe et
l'école. Analyser les déplacements, la place des
différentes leçons et cours en fonction des contraintes
locales, tenir compte par exemple du moment où la classe
voisine est bruyante ou calme.-
Travailler "à l'horloge" avec les élèves
en "offrant" du temps pour des travaux personnels ou
sur plans de travail. Oser placer dans l'emploi du temps la lecture
feuilleton par l'enseignant en début d'après-midi,
les activites sportives et artistiques en deuxième partie
de matinée...
Essayer d'analyser dans la journée quel temps on a perdu
et pourquoi ? Une logistique inefficace? Un embouteillage dans
les escaliers ? Un passage intempestif de la dame de serviec
avec le cahier d'appel ?
Même les taches administratives quotidiennes comme l'appel
ou le relevé de la cantine doivent être pensés
(on peut recourir à des responsabilités d'enfants).
Je connais beaucoup
de difficultés. Je fais mes premiers pas en ZEP et c'est
vraiment dur dur. Je pensais que dans les écoles des ZEP,
ily avait plus de solidarité entre instit ... hé
bien non! On est seul!
Il est vrai que
le sentiment de solitude peut être très fort. Dans
certains cas, il arrive même que le nouvel arrivé
dans l'école se voit attribuer la responsabilité
des élèves au comportement le plus difficile.
Propositions
Il faut jouer sur plusieurs tableaux. Tout le monde n'est pas
fermé au dialogue ou aux échanges dans une école.
Par conséquent il faut d'une part dialoguer avec le directeur,
les collègues du même niveau, les collègues
du conseil de cycle.
L'idéal est de parvenir à intervenir de façon
"dédramatisée", c'est à dire non
pas en termes "d'appel au secours" mais de "qurels
outils utilisez-vous ou pourrait-on inventer pour améliorer
les apprentissages dans l'école ? "
Certains auront des discours désespérés
ou défaitistes, d'autres auront renoncé, mais il
existe toujours un collègue qui essaie et réussit
dans des domaines intéressants.
C'est en privilègiant l'entrée par les apprentissages
plutôt que par le comportement que l'on avance en général
le plus.
Il est bien aussi de contacter l'équipe de circonscription
et le conseiller pédagogique qui doivent pouvoir assurer
un suivi .
Par ailleurs, sans "psychologiser" à outrance
il faut également travailler avec le réseau et
s'appuyer sur les évaluations.
Seul dans sa classe pour affronter
des élèves qui n'ont que très peu de limites!
Quand j'entends parler des programmes ... je me mets en colère
parce que je n'arrive pas à les suivre! Depuis le début
de l'année je n'ai réussi à faire que des
math et du français correctement!!!
Il faut essayer
de situer le niveau des élèves en termes de profil
individuel et de classe. C'est au Conseil de Cycle de travailler
à la répartition des programmations, de voir quels
objectifs on veut valoriser.
Le constat qui est de dire que seuls le smaths et le français
sont faits "correctement" est paradoxal. Les domaines
"scolaires" passeraient le mieux. Il s'agit probablement
d'un problème de démarche et de sens des activités
pour les élèves.
Les nouvelles instructions insistent d'ailleurs sur la transversalité
du "lire, dire, écrire" dans toutes les disciplines.
Propositions
Pour l'enseignant comme les élèves, il faut parfois
s'interroger sur le sens que l'on donne aux activités
disciplinaires, l'intérêt qu'on leur porte. Lire
à ce propos les travaux de Gérard Chauveau qui
parle de l'intérêt du"bombardement culturel".
Une journée bien rythmée par le respect des activités
prévues à l'emploi du temps stimule les élèves.
Le menu de la journée est affiché au tableau. Si
le travail prévu n'est pas achevé, on peut s'accorder
une souplesse mais il faut analyser les raisons du retard : problèmes
de compréhension des consignes ? mise au travail trop
longue ? aspects matériels ? En tout cas, il faut passer
à la suite (ce qui n'empêchera pas bien au contraire
d etravailler la langue française y compris écrite
au travers des diverses activités).
Une attitude de l'enseignant qui témoigne d'une connivence
avec ses élèves dans le partage du savoir qu'il
leur propose non seulement le plus savoureux possible mais comme
un "plus" sur les autres est souvent une bonne aide.
Mes élèves parviennent
un peu à travailler le matin, alors j'en profite pour
faire le maximum de français et de math ...
Il semble que cette
attitude d'ailleurs fréquente nuise justement à
la valorisation des différents champs discplinaires alors
que par exemple une activité scientifique ou une lecture
en Histoire sont très formateurs.
Il faut là essayer de se départir d'une vision
binaire des connaissances où celles "de base"
seraient disjointes des connaissances culturelles". Car
ce sont souvent les connaissances culturelles que l'on forge
en classe qui forment le patrimoine culturel qui va aider les
éloèves à donner du sens aux activités
fondamentales.
Il faut donc ici s'interroger sur nos propres représentations
du savoir mais aussi travailler sur celles des élèves.
mais après la cantine,
c'est trop difficile; ils reviennent en classe surexités
et on passe beaucoup de temps à régler les conflits.
Problème très
fréquent où l'on gère a posteriori un probléme
que l'on sait récurent.
Propositions
mettre en place des contrats avec les partenaires municipaux
gestionnaires du temps d'interclasse. Il est possible par exemple
de prévoir des ateliers calmes, il doit être également
possible de travailler à l'aménagement du temps.
Le Conseil des Maîtres, puis d'école (voire l'Assemblée
des élèves) peuvent s'emparer de la question.
A court terme, il est possible aussi de passer contrat avec les
élèves : proposer un atelier dans le cadre des
heures péri éducatives où les volontaires
sont accueillis par exemple en informatique, en bibliothèque
etc.
Créer aussi dans la classe, y compris symboliquement des
espaces "de paix" (symbole affiché au tableau)
où l'on fait un travail écrit, une lecture silencieuse
mais on ne dialogue plus avec les autres .
Réduire la part d'interventions orales de l'enseignant
souvent trop grande.
Demander aux élèves qui ont "des plaintes"
contre d'autres de les formuler par écrit afin de les
traiter plusieurs jours après dans un temps de débat
institutionnalisé.
Veiller à monter un rang calme et si possible rentrer
le plus tôt avec sa classe.
J'ai toujours peur que ça dégénère!
Rien n'est jamais gagné! Rien de ce que j'ai appris à
l'IUFM ne me sert ... bien au contraire.... Au plus je m'éloigne
des grandes idéologies, du travail de groupes, de la littérature
de jeunesse... au mieux je parviens à tenir ma classe!
Je suis obligée de faire des leçons comme on nous
disait de ne pas faire à l'IUFM... Tout ce qu'il y a de
bien traditionnel marche bien mieux!!!
Il faut ici essayer
de comprendre que ce qui est en cause ce sont les représentations
que maîtres et élèves ont du savoir. Les
enfants de ZEP, souvent issus de l'immigration ont une perception
très verticale et effectivement très transmissive
du savoir.
De façon étonnante, une classe de ZEP un peu nerveuse
se calme bien mieux dans un exercice écrit traditionnel
où les interactions sont limitées.
En l'occurence ce n'est pas tant la leçon magistrale qui
fonctionne le mieux que l'exercice écrit de type modélisé
ou répétitif.
Il n'est pas forcément néfaste de s'appuyer sur
ce type d'approche à la condition d'en percevoir l'intérêt
et les limites.
On voit ici que les formes de travail comme celles "en groupe"
sont vécues comme perturbatrices. Mais travailler en groupe
n'est pas un but en soi. Il faut pouvoir intégrer l'intérêt
de travailler en groupe, avoir devant soi un véritable
enjeu intellectuel, une situation problème identifiable
mais déjà ambitieuse, savoir également prosaïquement
qui fera quoi dans le groupe : mise en commun d'intelligences
et partages de taches pour un meilleur rendement étant
les deux intérêts principaux du travail de groupe.
De très nombreuses activités peuvent s'introduire
avec une entrée par l'écrit : l'élève
écrit pour s'interroger, formuler des hypothèses,
se remémorer une leçon.
Il existe ensuite plusieurs modalités de mises en commun:
communiquer au grand groupe oralement, confronter avec un voisin,
avec un texte écrit au tableau ou dans un manuel...
Il ne faut pas confondre fond et forme mais bien veiller aux
deux aspects.
S'il y a échec
souvent du passage immédiat des propositions faites dans
les cours en IUFM au terrain, c'est qu'il manque la mise en perspective.
Les IUFM peuvent mieux faire, mais par exemple les modules professionnels
ou ateliers de pratique professionnelle témoignent que
l'on peut avoir une démarche pertinente, constructiviste
voire allostérique qui soit efficace en termes d'apports
de connaissances.
La littérature
de jeunesse a sa pleine place en ZEP. Pour l'avoir pratiquée
il me semble que bien introduite elle est au contraire apaisante
et enrichissante. Mais le livre ne doit pas devenir un pensum
avec son questionnaire associé, pas plus qu'il ne doit
se contenter d'enclencher des activités périphériques.
Ce que les élèves
apprécient, c'est d'entrer dans les secrets du livre ou
de l'album. Voir à cet égard les pistes du site
cousin Prepalire.
Attention ! si
les IUFM doivent s'amender, ce n'est pas qu'ils se trompent forcément
de stratégies, c'est surtout que l'institution laisse
trop peu de temps pour former correctement les étudiants.
Propositions une formation
en IUFM en trois ans après un DEUG refondé autour
de la culture générale, un concours en début
de formation et un véritable examen professionnel chaque
année. La troisième année étant conçue
en véritable alternance IUFM/terrain sous le contrôle
des inspections académiques.
Une formation approfondie en littérature de jeunesse et
en connaissance de la langue.
C'est
désespérant de voir à quel point nous ne
sommes pas préparés à ce qui nous attend
! Je ne fais pas mon rôle de maîtresse! J'ai l'impression
de poursuivre mon boulot de pionne du temps où j'étais
à la fac! Je suis hyper frustrée et hyper mal!
Je me languis la fin de l'année car ma vie à l'école
est bien trop dure!!!Carole
On touche ici très
probablement la question de la "représentation"
que l'on se fait du rôle du professeur des écoles.
Ce témoignage semble situer la problématique dans
la dualité maître / élèves. Nous savons
que la réalité est multiforme et qu'il est pertinent
de savoir analyser ce que les élèves savent faire
et de noter qu'un même élève peut avoir des
réussites diverses dans un même domaine.
En ZEP, il est souvent très utile de faire travailler
les élèves avec des grilles de compétences
permettant de désigner les réussites et de se fixer
des objectifs contractuels pour avancer.
Il convient également be bien analyser les facteurs environnementaux,
y compris internes à la classe et de voir sur lesquels
on peut jouer : le plan de la classe, l'emploi du temps, les
apports culturels.
A LIRE
COMMENT LES
ENFANTS REUSSISSENT EN ZEP / CHAUVEAU RETZ
ORDRES ET DESORDRES
SCOLAIRES /GASPARINI GRASSET
VOS TEMOIGNAGES ET PROPOSITIONS
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