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chronique

 

éthique,foulard, et laïcité

Merci Elisabeth !

Oui, merci à Elisabeth Badinter pour son dernier livre, paru chez Odile Jacob "Fausse Route" (17 euros)...
Certes l'ouvrage agite entre autres le milieu associatif féministe qui a pu se sentir mis en cause. En effet, pour Elisabeth Badinter la voie qui consiste aujourd'hui à victimiser systématiquement la femme, victime de l'homme "bourreau" et de sa sexualité est dangereuse. "L'égalité se nourrit du même, non du différent" rappelle Elisabeth Badinter qui souligne les dangers de la parité qui voit d'abord le citoyen par sa "qualité" sexuelle et fait que l'on "surestime la différence et relativise l'égalité".

"La différence des sexes est un fait mais elle ne prédestine pas aux rôles ou aux fonctions." L'auteur rappelle à la fois le cadre social et républicain et la liberté individuelle qui fait que rien "n'est figé dans le marbre" .


Il semble difficile pour nombre de mouvements associatifs très impliqués dans la lutte, de prendre du recul et d'accepter la critique, un peu comme auparavant, il fut difficile pour SOS RACISME d'accepter la critique concernant certaines de ses approches.
A vouloir lutter contre l'exclusion, on peut exclure à son tour...


Le combat peut être juste, l'oppression exister, mais l'identification des causes et les armes utilisées inadaptées.
Le plus intéressant dans ce livre d'Elisabeth Badinter c'est qu'il nous invite à comprendre en quoi certains de ces militants finissent par prôner un nouvel ordre moral qui finalement rejoint paradoxalement les plus réactionnaires (en particulier lorsqu'il s'en prend au sexe par exemple...).


Plus loin que la polémique, ce qui mérite d'être retenu dans cet ouvrage concerne bien entendu l'école. Chaque maître ayant face à lui des filles et des garçons, doit s'assurer que son enseignement, l'organisation de la classe permet bien à chacun d'être traité en toute égalité.

Importance de la présence d'enseignants des deux sexes à l'école, importance aussi de trouver des maîtres capables de se présenter comme "modèles" qui ne se contentent pas d'aider leur femme dans les taches ménagères mais valorisent le partage effectif... jusque dans leur classe. Important aussi lorsqu'un texte décrit un rôle dévolu selon le sexe, de savoir le "contextualiser" auprès des élèves. Il reste encore des manuels de lecture qui véhiculent des stéréotypes.


Aujourd'hui les choix de vie d'un individu ne devraient plus être conditionnés d'abord par son sexe même si cette donnée entre forcément dans sa personnalité. L'école doit permettre à chacun de dépasser sa condition, de se libérer même d'une origine culturelle, philosophique ou religieuse pour trouver son propre chemin.


Elisabeth Badinter rappelle à propos du débat sur le port du foulard, "qu'en acceptant le port du foulard dans les écoles publiques, la République et la démocratie française ont peut-être fait oeuvre de leur tolérance religieuse, mais elles ont carrément abandonné l'exigence de l'égalité des sexes sur le territoire national."


Car le port du foulard est bien d'abord une mesure discriminatoire à l'encontre des femmes et qui leur impose de se cacher aux yeux des hommes afin de ne pas susciter le désir, comme si le désir de l'homme était une pulsion incontrôlable... On sait d'ailleurs, paradoxalement, que c'est peut être justement dans nombre de zones défavorisées où le foulard est le plus porté que l'on connait des agressions sexuelles violentes, une sexualité détournée et cachée, la prohibition entraînant une exacerbation des pulsions.

On sait très bien que c'est en apprenant l'autre, dans ce qu'il est y compris son corps que l'on peut réduire ces tensions.
La présentation de la pornographie qui valorise un modèle agressif et réducteur de la sexualité prend certainement d'autant plus d'ampleur qu'une pudibonderie, une absence de capacité à parler du corps ou du sexe et des sentiments domine aujourd'hui.Il n'est qu'à voir la difficulté de mettre en place une éducation sexuelle et une éducation du corps.

Enfin, ce qui fait bonheur à lire chez Elisabeth Badinter c'est le rappel à l'universalité des valeurs. Le livre cède peut-être au pessimisme. En s'en prenant ainsi à des militants "de bonne foi", elle rencontre l'incompréhension. Il reste maintenant à Elisabeth Badinter et à d'autres intellectuels d'oser proposer, d'oser s'engager pour promouvoir un modèle de société laïque et républicaine qui n'est en rien archaïque mais reste au contraire d'une urgente actualité si l'on veut savoir donner du sens au projet social comme aux projets individuels.
Vous avez dit "idéal républicain" ?

VB



maître de toile: Vincent Breton prepaclasse@prepaclasse.net Paris. Droits réservés

 

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