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Mon fils
est précoce ! Bonjour, Les médias
se sont emparés de la question de la précocité
désignée parfois sous le terme de surdouance. Il faut le dire, l'influence de la Presse n'a pas eu que des aspects bénéfiques. Parfois, des parents se sont persuadés que leur enfant était "surdoué". Alternant stress et stimulation, ils ont pu placer leur enfant dans une situation psychologique délicate. Au delà, certains s'appuient sur ces différences pour proner une vision inégalitaire et élitiste de la société, proposant une école pour les "surdoués" et une école pour "les autres"... Il me semble d'une part qu'il est capital que le précoce puisse rencontrer un autre précoce mais aussi tous les autres enfants. Par ailleurs, tout enseignant doit faire le pari de l'intelligence chez tous ses élèves. Autrement dit, je me suis toujours donné comme enjeu d'aller chercher quel pouvait être le domaine d'excellence de chacun de mes élèves en affirmant que chacun d'entre eux était à sa façon "un surdoué qui s'ignore". Le tout est de trouver en quoi. C'est pour cette raison en particulier que je défends farouchement la nécessité de pratiquer tous les enseignements à l'école: artistiques, scientifiques, l'histoire, la géographie, le sport... car c'est précisément dans ces domaines que l'intelligence pourra aussi s'exprimer et que certains élèves précoces (ou non) vont se révéler. Bien entendu, l'intelligence peut aussi se révéler dans des domaines plus scolaires comme les mathématiques ou le français mais ce sont parfois des domaines que l'élève précoce voit avec peu d'intérêt. J'ai pu avoir en classe à divers moments des élèves précoces: tel s'exprimait à travers une connaissance de l'histoire ultra pointue, tel autre de l'astronomie, tel autre s'était "révélé" à moi en hurlant littéralement les solutions complètes de problèmes difficiles sans avoir à poser les calculs ni rien écrire... lui même ne percevait pas que son raisonnement était juste car son image de gamin de zep n'était pas valorisée... l'important est de donner à chacun de ces élèves la possibilité d'exprimer son talent, sans dramatiser, en valorisant, en poussant le gamin à chercher plus loin quand on sent que c'est possible. Comme toute différence, celles qui témoignent de grandes capacités d'ordre cognitif ont eu du mal à se faire accepter par l'Institution mais depuis le rapport Delaubier et la circulaire Lang, le ministère a prévu effectivement qu'il fallait que les écoles proposent une pédagogie adaptée à ces élèves. Le QI
est un indicateur mais il faut savoir qu'il est très contesté,
en particulier parce qu'il repose sur une approche fermée
et par ailleurs parce qu'il n'est pas indépendant des
aspects culturels (en particulier pour ce qui touche au langage). Si l'on comprend bien la souffrance d'une famille qui pense que son gamin ne s'épanouit pas à l'école, il faut aussi comprendre la perplexité du directeur ou d'une équipe de maîtres lorsqu'on vient leur dire tout de go que le petit est "précoce" ou surdoué. Le maître commence par avoir peur d'être dépassé par l'élève... mais plus délicat encore, il arrive aussi, qu'influencés par la littérature, les parents croient fermement que l'élève est surdoué alors qu'il a simplement de bonnes capacités... ou une différence psychologique. Etre
précoce n'est pas une maladie. Il faut me semble-t-il
chercher d'abord à ce que le gamin puisse exprimer ses
divers talents et progresser à son rythme. En effet,
lorsqu'une école primaire est organisée en cycle
(loi de 89), chacun peut progresser à son rythme. L'émission de France 5 "Les maternelles" avait invité un directeur d'école lyonnaise travaillant ainsi. Chaque classe de l'école est étiquetée "Cycle2" ou "Cycle 3" et rassemble des élèves des trois niveaux d'âge... ainsi le précoce ou le moins doué s'y retrouvent ! Je pense qu'il faut ouvrir calmement- le dialogue avec le directeur de l'école et les enseignants, sans les mettre en doute a priori, sans générer plus d'angoisse pour vous comme l'enfant... Il faut
veiller à ne pas isoler celui-ci, lui offrir la possibilité
de s'exprimer : théâtre, écriture, musique,
sport, relations diverses avec des enfants y compris plus âgés
que lui. L'ennui est souvent discrédité. Il est parfois problématique et peut-être enfermant mais il invite aussi à réfléchir sur soi et le Monde (pensons à Stendhal !). Le cerveau du précoce bouillonne souvent. Il se fatigue à l'idée de devoir rendre des comptes systématiques. Ce qui nous fait peur parfois c'est la liberté d'une intelligence qui nous dépasse. Avec l'école, il faut chercher à offrir à cet enfant (mais aux autres aussi !) de la culture, des voyages, l'oxygène de la découverte des richesses culturelles et scientifiques. Il faut accepter d'emblée un chemin qui sera peut-être différent, marginal mais qui appartiendra à la personne. Si l'on comprend l'inquiétude parentale, il faut aussi, j'en ai la conviction personnelle, que le parent puisse se montrer présent, attentif... mais libre aussi dans sa propre vie, capable de valoriser l'intelligence de l'enfant, de lui faire confiance, mais de ne pas confondre son propre destin avec le sien, de ne pas faire peser sur le gamin ni sa propre angoisse, ni ses ambitions personnelles parfois non réalisées... Être parent de précoce c'est peut-être devoir accepter plus vite que les autres que l'enfant tracera son propre chemin ! Bon courage
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