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Elément fondamental de
la préparation de classe, la consigne constitue souvent
un moment décisif de la séance. Il faut réussir
à capter l'attention du groupe, faire comprendre à
chacun ce qui est attendu, définir quel type d'aides on
va apporter à l'élucidation de la consigne.
Parlons de la consigne
!
1) Première
entrée : détour par le dictionnaire
consigne n. f. 1. Ordre sous
forme d'instruction donné à une sentinelle, un
surveillant, un gardien, etc. Donner, passer la consigne. La
consigne est de... Par ext. Instruction.
2. Punition infligée à un soldat, à un élève,
consistant en une privation de sortie. Quatre jours de consigne.
Élève en consigne, en retenue.
3. Endroit où l'on met les bagages en dépôt
dans une gare, un aéroport. Mettre une malle à
la consigne. Consigne automatique: placard métallique
muni d'une clé qu'on obtient après paiement en
pièces de monnaie introduites dans cet appareil.
4. Fait de consigner; somme rendue en échange d'un emballage,
d'une bouteille. Cinq francs de consigne.
© Hachette Livre, 1998
a)Le premier
sens induit une verticalité de l'ordre qui implique une exigence
d'exécution.
Pour que je puisse exécuter la consigne il faut plusieurs
conditions :
- que je comprenne la demande
- que je perçoive " ce que l'on attend de moi au
final "
- que j'accepte cette demande
- que je sois capable de l'exécuter
- que je sois capable d'évaluer si j'ai exécuté
cette consigne.
Je peux
être dans " le faire " sans comprendre pourquoi
je fais
b)"
Donner ou passer la consigne " est très intéressant
du point de vue pédagogique.
Je dois être capable de reprendre à mon compte,
traduire ou reproduire et transmettre une consigne en m'assurant
qu'elle a bien été comprise et reçue.
c)Le sens
relatif à la punition me rappelle aussi que la consigne
" me retient ". Je dois rester " dans la consigne
ne pas faire du " hors sujet ". Elle est mon gardien.
Je fais " en fonction de la consigne "
ce qui
veut dire que j'oublie peut-être pour bien l'exécuter
d'autres contraintes périphériques
En
focalisant sur une consigne, l'élève perd la capacité
de maîtriser certains savoirs encore non automatisés
ou fragiles. Je pense à accorder le pluriel des noms
mais j'oublie les adjectifs.
d) Le lieu
où je dépose mes bagages pourrait symboliser par extrapolation
ce que j'enferme de mes connaissances " le temps de la consigne
"
Autrement dit, l'activité qui m'invite à
produire me fait oublier une part de mes connaissances ou bien,
ces connaissances ne seront mises à jour qu'une fois le
travail achevé. La consigne " restituée "
m'éclaire sur ce que j'ai fait. Est-ce valide et conforme
?
5) La dernière
acception nous rappellerait-elle que " tout travail "
(ou production) mérite salaire ? Autrement dit, avoir exécuté
une consigne et produit un travail mérite " reconnaissance
"
(réflexion à mener sur l'accueil du
travail fait par l'élève). Cette reconnaissance
passe par la valorisation de l'activité intellectuelle
d'une part et par la mise en exergue de "ce que l'on
a appris de nouveau" ou ce que l'on sait mieux faire.
2 ) entrée par
les situations de classe
a) en
maternelle
- le travail en ateliers contraint souvent les enseignants en
début d'activité à un long exposé
de consignes qui pose des problèmes divers.
En classe maternelle, l'enseignant privilégie l'entrée
orale et la présentation collective alors que très
souvent le travail se déroulera par ateliers et que toutes
les consignes ne concernent pas chaque élève en
ce temps T.
- l'adresse " impersonnelle " ne capte pas l'attention
des élèves
- la tentation est souvent grande de juxtaposer des consignes
d'ordre et de natures diverses
- la consigne n'éclaire pas forcément sur les obstacles
en jeu et pas toujours sur le produit final ou le résultat
attendu.. d'autant plus par exemple en arts visuels, qu'il n'existe
pas forcément " une production type ou modèle"
On voit alors
des stratégies où chaque groupe d'élèves
part rejoindre son atelier ou alors l'enseignant contraint de
jouer " les garçons de café "
va répéter à chaque groupe, voire à
chaque individu la consigne demandée
En maternelle,
comme le rappelle Denise Durif, on a grosso modo trois types d'entrées
:
- par la notion : par exemple " dessus - dessous
" qui va imposer une consigne fermée. Cette entrée
est assez limitée en maternelle, car elle tiendrait peu
compte des représentations initiales des élèves
- par la situation : c'est la rencontre d'un environnement
pédagogique crée par le maître qui va appeler
des essais de l'élève, des confrontations entre
les membres du groupe, des échanges oraux, des verbalisations,
des comparaisons, des reprises avec la mise en place d'une trame
de variance . Par exemple : des cartons sont disposés
en file dans la salle de motricité et les élèves
vont jouer avec. A partir des observations des différentes
réponses motrices et essais des élèves (
aligner, empiler, monter dedans, se pousser, se tirer
)
l'enseignant va enrichir le catalogue d'expériences motrices
des élèves et faire le lien plus tard avec d'autres
activités (raconter, représenter, reconnaître
la photo d'une mise en place
). Les consignes seront des
consignes d'accompagnement, formulées au fil de l'eau,
" in situ ".
- par le projet : on veut réaliser un gâteau,
un tableau, lire une histoire
les élèves
sont placés en situation problème et vont devoir
s'interroger sur ce dont ils ont besoin pour mener à bien
ce qu'il faut réaliser, avec quels outils et matériaux,
avec quelles procédures. Les interactions vont aider à
préciser et ajuster le projet. Si le projet de l'enseignant
est éloigné de celui de l'enfant, le sens va manquer
et la réalisation deviendra plus complexe. |
Des
propositions :
- choisir
des ateliers qui ne juxtaposent pas des consignes complexes :
o un atelier où la situation sera première (le
matériel ou matériau sera inducteur de réponses)
o un ou deux ateliers de réinvestissement ou de reprises
d'activités " connues " (entraînement)
o un atelier " projet " qui sera en général
l'atelier guidé par l'enseignant et à teneur cognitive
" forte "
o un atelier " notionnel " s'il a été
bien préparé et ne comporte pas de difficulté
lourde (reproduire un modèle, effectuer un classement
)
Les ateliers
tourneront au long de la semaine et on pourra choisir de faire
passer d'abord les élèves capables de mieux réussir
un atelier ou laisser le libre au choix aux élèves
(ce qui revient souvent au même)... ces élèves
seront plus tard les transmetteurs des consignes...
L'enseignant
doit éviter d'en dire trop et laisser les élèves
découvrir, questionner, dire
Il peut s'appuyer :
- sur des productions antérieures
- des affichages avec des écrits et des dessins
- la découverte du matériel préalablement
installé
Les élèves
travaillant par rotation peuvent expliciter les uns aux autres.
Les retours ou bilans ne doivent pas tant inviter à
vérifier la validité de la production par rapport
à la consigne mais surtout permettre la mise en place
d'entretiens d'explicitations où les élèves
vont raconter " ce qu'ils ont voulu faire, ce qu'ils pensent
avoir fait et comment ils l'ont fait ".
De nombreuses observations pourront être notées
par l'enseignant qui doit aider le groupe à décrypter
dans le geste enfantin ce qui répond à une démarche
intellectuelle de l'enfant.
Le temps de bilan doit valoriser cette activité intellectuelle
de l'élève.
b)
en élémentaire :
Très vite il faut " contextualiser "
la consigne. Il s'agit d'aider l'élève à
se situer :
- exercice d'application ?
- travail de recherche ?
- évaluation ?
L'exercice
d'application focalise sur une notion. On sait d'ailleurs que
l'enchaînement de deux exercices sur des notions très
différentes induit souvent chez l'élève
une tendance à réitérer la consigne du premier
exercice sur le deuxième
La lecture prend ici une grande importance : la consigne
écrite doit être identifiée et distinguée
des autres écrits. Elle ne doit pas donner lieu à
une " oralisation " prématurée mais être
elle même l'objet d'une traduction ou " transmission
interactive " entre élèves.
Deux défauts sont à proscrire : lire trop
tôt la consigne à l'oral et l'accompagner prématurément
d'un ensemble de " sous - consignes " ou de conseils
oraux divers formulés par le seul enseignant qui alors
noie les élèves
Le recours systématique
à l'oral fait que l'élève ne va pas prendre
le réflexe de lire ce qui est demandé mais va constamment
solliciter l'adulte pour élucider ou redire la consigne.
Il faut donc travailler impérativement et très
tôt l'autonomie quitte à refuser de répondre
et d'aider l'élève dans un premier temps pour proposer
par exemple après quelques minutes un échange sur
les stratégies à mettre en uvre ou les problématiques
rencontrées.
L'enseignant aura pris soin de vérifier la validité
de la consigne ou l'absence d'ambiguïté en particulier
par rapport au résultat obtenu
Il n'y a pas toujours
une réponse unique et fermée, certains manuels
comportent des erreurs
Pour le
travail de recherche, l'enseignant doit proposer une approche
très ouverte où l'enfant sera libre d'essayer en
s'appuyant sur divers outils. Plus loin que l'erreur, le fait de
parler d'essais suppose une véritable mise en situation
problème : voilà, je vous propose cette situation,
comment feriez-vous pour la résoudre ?
Il sera très intéressant ensuite de faire parler
les élèves sur ce qu'ils ont fait, ce qu'ils ont
compris qu'ils faisaient en valorisant leur activité intellectuelle,
en les aidant à élucider où ils en sont
de leurs représentations
(voir analyse d'erreur sur la division )
La consigne
d'un travail d'évaluation suppose que l'enfant puisse
anticiper le plus clairement possible l'objet attendu. La consigne
doit être claire, fermée, possible à réaliser.
Stratégies
:
- plutôt qu'un questionnement des élèves
par le maître, on cherchera à placer les élèves
en situation problème.
- Cela commence dès la simple distribution d'une fiche
photocopiée : on doit laisser les élèves
découvrir le document, réagir, dire ce que c'est,
d'où il vient (le document)et ce que l'on va en faire.
Quand une consigne demande quelque chose, il est bon de connaître
l'auteur de la consigne et pourquoi le cas échéant
le maître reprend cette consigne à son compte...(lien
entre l'exercice du manuel et l'activité de la classe)
- On peut lancer l'activité et proposer un bilan à
mi parcours où les élèves vont expliciter
ce qu'il faut faire et comment ils font
- On peut favoriser un travail par ateliers comme en maternelle
où peu à peu ce sont les élèves qui
vont formuler ou redire les consignes.
- On peut proposer aux élèves de demander "
une roue de secours " en cas d'incompréhension ou
d'obstacle ponctuel. Selon les cas, cette demande de " roue
de secours " ou d'indice supplémentaire sera adressée
à l'enseignant ou à la classe. Par exemple, le
maître peut souligner un élément de l'énoncé
pour attirer l'attention dessus, écrire " un mot
qui aide " au tableau, faire le lien entre un énoncé
et un autre
mais chaque aide ou indice en appelle à
l'intelligence de l'élève. Trop souvent les explications
qui accompagnent la consigne " déflorent le sujet
" ou dénaturent les enjeux en ne faisant plus des
élèves que des exécutants
ce peut
être pertinent très ponctuellement, mais le risque
est grand alors que les élèves perdent le sens
de ce qu'ils font.
-
De nombreux
jeux d'élucidation de consignes peuvent être inventés
:
- la dire avec d'autres mots
- la traduire par écrit avec d'autres mots
- la traduire par le dessin
- la mimer
- entourer, repérer les mots essentiels (souvent des verbes)
- souligner les mots incompris pour des demandes d'aide
- rédiger la consigne d'un travail fait
- proposer des jeux d'attention du type " Jacques a dit
" ou des consignes par empilement d'action.
(Je me lève. Je me lève et je me touche l'épaule.
Je me lève et je me touche l'épaule et je me gratte
le menton) Dans un jeu collectif chaque enfant peut ajouter
une consigne
- travailler sur des énoncés et des mises en pages
diverses
des liens
La consigne
en art plastiques
http://www.ac-grenoble.fr/savoie/mat/group_de/domaine/arts/consigne.htm
dix conseils à propos de la consigne
http://www.ien-landivisiau.ac-rennes.fr/debutants/consignes.htm
évaluer la compréhension de consignes en maternelle
http://ienbonne.edres74.ac-grenoble.fr/groupres/gpe_eva/eva_gscp/langue/EGSAB03I.pdf
conclusion
provisoire
Trop souvent
la consigne est vue comme une amorce ou un élément
extérieur à l'activité alors qu'elle en
est un élément constitutif. Elle doit déclencher
l'activité intellectuelle de l'élève. Tout
en en offrant un minimum de résistance et en invitant
à l'effort, elle doit contribuer à donner du sens
à l'activité et favoriser la mise en relation,
en abîme ou les liens qui permettront de faire écho
chez l'élève.
Nous verrons
dans une prochaine fiche, le type de consignes proposées
par les enseignants en classe et les manuels...
et
vous ?
dites-nous comment passez vous vos consignes et quels problèmes
rencontrez vous ?
vos réactions et contributions
prepaclasse@aol.com |