La gestion du temps dans la classe est
à la fois affaire d'ergonomie et d'économie, mais c'est
aussi une affaire de pédagogie.
Les élèves sont très sensibles à la
façon dont nous gèrons le temps.
L'individu en possède sa vision subjective qui sera
modifiée selon qu'il s'ennuie ou se passionne, selon
l'activité et l'énergie qu'elle demande... Cette
perception est confrontée d'emblée à la
première loi rationnelle qu'impose l'horloge.
Vous verrez comme les élèves sont sensibles à la
justesse de l'heure et voudront que l'horloge et les montres soient
accordées.
Outil de structuration qui aide à se repérer
individuellement et socialement, l'horloge rythme aussi les temps
libres et les temps imposés, impose déjà la
première idée de "productivité". Pour pouvoir
être mené à bien un travail doit se voir donner une
limite temporelle. La société actuelle devient d'ailleurs
très exigeante vis à vis de cela et impose parfois des
cadences qui ne respectent pas les individus.
Le conflit entre temps collectif et temps individuel s'exprime souvent
à l'école où l'on entend à la fois les
maîtres reprocher à certains élèves
d'être trop lents tandis que d'autres seraient trop rapides...
avec sous tendue la problématique pour l'enseignant
d'évaluer a priori le temps moyen nécessaire pour une
activité.
Temps et espace dans la classe : peut-il y avoir bonne
structuration du temps sans bonne structuration de l'espace ?
Le plan de classe est plus ou moins facilitateur à la fois pour
les déplacements, la communication, le recours aux outils, la
mise au travail.
Chaque classe verra son plan de classe propre. Nous avons souvent
travaillé avec une organisation "évolutive".
L'idéal est de disposer de tables individuelles que l'on peut
disposer en grand U pour les activités collectives. Tout le
monde voit le tableau et tout le monde se voit.
Selon les activités les tables se regroupent d'un geste pour
former des groupes de travail ou peuvent se décaler pour un
travail individuel...
Le maître peut disposer d'une petite table côté
tableau, mais son bureau est en général en fond de
classe. Les circulations doivent être étudiées:
rangements des cahiers, corrections individuelles auprès du
maître...
Le
calendrier, l'éphéméride, l'emploi du temps
hebdomadaire, la date en chiffres et en lettres, l'emploi du temps
quotidien au tableau et pourquoi pas le temps donné pour un
travail, sont autant de repères visibles de tous les
élèves. Un tableau "planning" prévisionnel des
visites, sorties ou des contrôles sera bienvenu ainsi qu'un
cahier de textes de la classe consultable par les absents.Le tableau
hebdomadaire des menus de la cantine aura également sa place en
classe.
Les travaux des élèves doivent être datés en
chiffres ou en lettres ainsi que les documents ou communications
écrites soumises à signature. Un tampon dateur a toute sa
place dans la classe: il sera utile au maître comme à la
gestion de la bibliothèque de la classe.
Temps travaillé :
L'alternance des phases de travail doit être pensée
à la fois sur la semaine, la journée, la séquence
même...
On observe souvent la construction des séquences sur le
schéma suivant:
phase orale (découverte + passage de consigne) / phase
écrite (avec parfois reprises de phases orales explicatives,
dispersion des élèves entre lents et rapides)/ phase
orale (synthèses, corrections, échanges divers dont
"reprise du groupe").
Il nous semble souvent beaucoup plus pertinent de
démarrer l'activité par un travail écrit.
L'écrit s'adresse à chaque individu et exige une
implication plus forte qu'une phase orale où seuls les leaders
tendent à monopoliser la parole. L'écrit prend alors sa
valeur d'outil de réflexion et sert de supports aux
échanges. De plus en rentrant dans l'écrit on canalise si
besoin les énergies.
Une consigne écrite peut appeler les explicitations des
élèves, les inciter à une démarche plus
active que la consigne orale où souvent les élèves
vont demander des compléments d'information qui
dénaturent la démarche intellectuelle en donnant trop
d'indices.
Lire, écrire est un bon début pour une activité.
De la même façon, identifier le document, son but, son
auteur, sa nature va aider à mieux comprendre les tâches
à accomplir. Autrement dit, on perdra parfois un peu de temps
pour donner du sens à l'activité et en gagner ensuite.
On
observera, surtout le matin, en début d'activité, que les
élèves passeront proportionnellement beaucoup de temps
sur des tâches formelles: écrire la date, écrire un
titre, préparer une mise en page pour le problème de
mathématiques... On pourra alors se donner des méthodes
et en particulier distinguer le temps consacré à cette
préparation du cahier du reste de l'activité. On peut
très bien se donner collectivement trois minutes pour
écrire la date et le titre, préparer sa mise en page.
On demandera aux élèves de montrer qu'ils sont
prêts par exemple en posant leur stylo, en mettant les mains sur
la table... Montrer qu'on est prêt c'est s'accorder pour se
retrouver tous sur la même ligne de départ, c'est aussi
aider à rassembler la concentration, créer un climat de
travail... on est ici dans une activité ritualisée qui
permet de baliser et de se repérer.
C'est dans ces moments là, qu'on rappelle aux
élèves prêts de vérifier l'ordre de leur
bureau, de bien placer le cahier sur la table, d'éliminer les
objets intrus etc.
Le maître est souvent le "régulateur" ou
l'arbitre de la gestion du temps dans la classe. C'est lui qui par
exemple pourra interrompre une activité jugée trop longue
ou qui conclura une séquence sur une étape donnée
en reportant une phase ultérieure à un autre moment.
Une bonne gestion du temps se situe dans l'objectif de respecter au
mieux l'emploi du temps. Le sacrifice d'activités se fait
toujours au déficit des enseignements comme l'Histoire, les
Sciences, l'Education Civique ou physique... Cela jette un
discrédit sur ces domaines qui apparaissent alors comme
secondaires, cela contribue à appesantir la journée et
pire encore, on voit dans certaines classes les élèves
capables de "sous produire", faisant traîner les choses pour
s'économiser. Certes s'ennuyer peut permettre d'utiles
rêveries... mais de nombreuses classes n'assurent pas le
programme demandé dans une sorte d'alliance implicite entre ...
la tendance naturelle à se laisser aller au moindre effort chez
les élèves... et la facilité pour le maître
de différer certaines activités qui demandent de la
préparation, du matériel, des méthodes de travail
actives... Pour être clair, il est parfois un peu facile de
donner deux ou trois exercices de grammaire supplémentaires en
se donnant de bons prétextes et différer la mise en place
d'une expérimentation en sciences qui demande d'aller
préparer du matériel etc. Jugement un peu
sévère, mais logique hélas fréquente !
Les nouvelles instructions
officielles, la place accordée aux domaines transversaux et en
particulier l'accent qui doit être mis sur la langue devraient
aider les enseignants à mieux comprendre l'intérêt
de respecter toutes les disciplines inscrites à l'emploi du
temps.
Temps perdu : certaines mises en place
d'habitudes de travail, certains modes d'organisation... vont demander
surtout en début d'année à ce que l'on "perde un
peu de temps". Par exemple, on peut prendre le temps d'apprendre
à se déplacer dans la classe ou l'école, ou
prendre le temps d'apprendre à ramasser les cahiers de
manière organisée pour en gagner ensuite.
Pour ne pas perdre de temps: structurer le ramassage des enveloppes de
cantine, l'affichage des calendriers, l'appel matinal
(responsabilités qui peuvent être confiées à
des élèves) sera toujours très utile.
Perdre une minute pour calmer son rang dans le couloir est souvent plus
pertinent que d'en perdre dix à réclamer le silence en
classe !
Le maître évaluera aussi par exemple le temps perdu
à certaines tâches: couper, coller une photocopie...
peut-être diminué si le format est adapté au cahier
et si des règles ont été données au
départ.
Disposer d'une bonne gestion des tableaux permet à
l'élève en avance de noter ses devoirs ou un
résumé.
Rédiger une fiche de conseil collectivement pour proposer des
tâches à faire quand on a fini un travail peut-être
utile (ranger les feuilles de son classeur, faire "un tour de
correction" des cahiers ...).
Préciser aussi ce qui doit être préparé
à la maison : tailler les crayons de couleur à l'avance,
changer la cartouche du stylo... Toutes ces petites choses permettront
de ne pas perdre de temps en classe.
Il
convient également de respecter l'horaire des
récréations. les enfants vous en seront reconnaissants.
Mais le contrat est clair. Si l'on sort à l'heure, on rentre
à l'heure. D'ailleurs descendre parmi les premiers ou remonter
parmi le spremiers est toujours beaucoup plus facile que dans la cohue.
De même, il est impératif de tout faire pour
veiller à une sortie des élèves respectant l'heure
de fin des cours. Dans certaines écoles une horloge sonne
cinq minutes avant la fin. Dans tous les cas, il faut éviter les
sorties différées et d'abord pour des raisons
évidentes de responsabilité.
Selon l'activité il faudra donc intégrer les temps de
rangements, de notation des devoirs, de ramassage des cahiers.
Là aussi la mise en place d'équipes de responsables de
classe est très utile et permet de gagner du temps.
Temps choisi : nombreux sont les enseignants
qu'ils soient adeptes de la pédagogie Freinet ou qui pratiquent
la Pédagogie de Maîtrise à Effet Vicariant ou
d'autres... qui ont compris l'intérêt de proposer à
l'élève de gérer lui même le temps qu'il
consacrera à des activités. Un plan de travail en
général hebdomadaire (ou sur trois semaines pour la PEMV)
est fourni à l'élève qui devra réaliser un
parcours dont il choisira souvent l'ordre sur un calendrier
donné.
On verra aussi en cycle trois, l'intérêt de confier la
réalisation d'exposés écrits ou oraux pour une
date donnée.
Travaux individuels, ou travaux écrits... les occasions sont
nombreuses de proposer à l'élève de gérer
lui même son temps.
La simple liberté de choisir l'ordre de fiches de travail est
déjà une très grande motivation pour
l'élève. Bien entendu, le travail doit être
évalué pour ne pas être bâclé et des
mises au point faites régulièrement pour que
l'élève se situe par rapport à ses camarades.
Ce type d'activités permet aussi souvent à
l'élève autonome et en réussite d'approfondir et
d'aller plus loin par exemple dans les niveaux de fiches
proposées en coin lecture... et puis bien entendu à
l'élève plus en difficulté sur une notion d'y
passer plus de temps que ses camarades.
La gestion du temps est on le voit ici reliée à la
question de la différenciation et la mise en place des P.P.A.P.
sera l'occasion d'expérimenter des parcours
individualisés conclus par des rendez-vous collectifs sous forme
de bilans, d'entretiens, d'échanges...
Temps et pédagogie : on voit bien dès lors
que les choix de gestion du temps ne sont pas indifférents de la
pédagogie pratiquée dans la classe.
Une pédagogie active impliquera une structuration dynamique du
temps. Un mode de fonctionnement uniquement frontal avec des
leçons collectives orales suivies d'exercices d'application
n'est pas on le devine forcément le plus pertinent même
s'il est bon également d'imposer des temps et des formes de
travail qui permettront aux élèves de se comparer entre
eux pour y trouver émulation.
L'expérience
fera aussi éprouver cette intéressante équation :
plus on fait de choses diverses, moins on s'ennuie, moins on perd de
temps.