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En
France, les écoles primaires (élémentaire
ou maternelle) ne sont pas pour l'instant des établissements.
À la
différence des lycées ou des collèges, les
écoles ne gèrent donc pas de budget et l'essentiel
de leurs dépenses relève du budget communal.
Par ailleurs, nous savons qu'avec l'obligation scolaire s'ajoute
la gratuité jusqu'à 16 ans.
Du point de vue de l'éthique, on comprend que la nécessaire
égalité scolaire trouve sa pleine légitimité
dans cette gratuité. On ne doit pas, ou plutôt on
ne devrait pas solliciter les familles pour participer financièrement
aux activités scolaires.
Certaines communes sollicitées éventuellement
par les conseils école, assurent l'ensemble des fournitures
nécessaires à la scolarité des élèves
: manuels, cahiers, contenu de la trousse de l'élève...
Tout est fourni.
D'un point de vue éthique comme d'un point de vue pratique,
on imagine aisément l'intérêt qu'il peut
y avoir à ce que tous les élèves disposent
du même matériel, des mêmes stylos... L'équipe
pédagogique assure une meilleure maîtrise du choix
des outils, on observe une certaine unité de ceux-ci,
cette égalité là évite nombre de
conflits, de jalousies...
Pour l'avoir vécu en tant qu'élève, je me
souviens qu'à l'école primaire nous avions chacun
une boîte en plastique qui contenait le matériel
dont le maître nous rendait responsable. Par exemple, le
renouvellement d'un crayon ou d'un stylo imposait que l'on vienne
montrer au maître qu'il était temps de procéder
à son remplacement.. Le maître ou de grands élèves
géraient le matériel et cette petite épicerie
gérée au sein de la classe permettait aussi de
responsabiliser les élèves.
Car la mise à disposition gratuite du matériel
impose que l'on fasse connaître aux élèves
le fait que la communauté s'est engagée financièrement
pour permettre à chacun d'étudier. Un tour par
les catalogues de commandes qu'utilise le directeur de l'école,
outre le fait qu'il permet d'imaginer des problèmes en
mathématiques très concrets, contribue à
cette prise de conscience. C'est aussi une manière de
montrer où va l'impôt tant aux élèves
que leurs parents...
Bien entendu,
chacun sait que les communes ne sont pas égales entre
elles. C'est pourquoi, il serait intéressant que les
politiques s'engagent à mettre en oeuvre un système
de péréquation qui permettrait à celles-ci
de disposer du même budget par élève, ce
qui n'est hélas pas encore le cas.
Cette disparité
de situations, le fait également que les écoles
ne disposent pas de budget propre, a engendré divers besoins
d'argent. Ces besoins se sont accrus notamment avec l'ouverture
des classes vers l'extérieur : sorties éducatives,
visites de musée, matinées récréatives
et spectacles, déplacements ou encore activités
particulières dans la classe avec utilisation de matériel
audiovisuel, de supports visuels, activités scientifiques
ou technologiques... Sans compter souvent l'usage intensif de
la photocopie... Les petites dépenses s'accumulent vite.
Trouver de l'argent...
Pendant de
nombreuses années, on a vu diverses stratégies
et parfois l'argent a circulé de la main à la main
avec très peu de contrôle.
Plus tard, se sont créées des coopératives
scolaires. La majorité d'entre elles relèvent de
l'office central de la coopération école 0.C.C.E, organisme habilité DEPUIS 1928 à
gérer des fonds, recueillir des dons... D'autres écoles
ont préféré créer des associations de types de loi 1901. Quel que soit le
système choisi, il doit impérativement respecter
les règles comptables et les trésoreries sont susceptibles
d'être contrôlées par les membres et leurs
représentants, mais aussi par les services fiscaux.
De très
nombreuses coopératives scolaires trouvent l'essentiel
de leurs recettes dans des dons sollicités auprès
des familles. Ici aussi, il faut souligner à quel point
il peut être délicat d'en appeler à la générosité
des familles qui peuvent vivre des difficultés financières,
ou simplement trouver légitime de s'en tenir à
la gratuité.
C'est pourquoi, les écoles organisent souvent des fêtes,
font réaliser des travaux qui sont vendus au profit exclusif
de la coopérative, sollicitent dans certains cadres d'autres
organismes susceptibles de subventionner tel ou tel projet.
On sait, malgré des textes parfois un peu ambigus publiés
par le ministère, que les écoles profitent souvent de
ristournes accordées par les photographes qui viennent
effectuer chaque année photo de classe et photos individuelles.
Certains photographes gonflent singulièrement leurs prix
pour permettre que cette ristourne ait lieu. On sait que pour
ces professionnels cette pratique constitue une véritable
manne mais il y a lieu de s'interroger. Trop souvent, la vente
de photographies scolaires s'apparente à une vente quasi
forcée car il est difficile aux parents de refuser à
leur enfant l'achat d'une photographie que ses autres camarades
ont effectué.
Du point de vue de l'éthique, on s'interrogera également
sur certaines pratiques qui perdurent : des libraires ou des
éditeurs installent des stands dans les établissements
scolaires, proposent des ouvrages à la vente aux parenthèses
et sous forme de ristournes ou de dons d'ouvrages à la
bibliothèque de l'école rétribuent ainsi
les écoles qui ont pu les accueillir.
Cette pratique n'est pas conforme au respect de la laïcité.
Les établissements scolaires publics n'ont pas à
devenir des officines commerciales.
La même réserve doit s'effectuer avec rigueur lorsqu'on
voit qu'une rencontre sportive se trouve subventionnée
par un partenaire commercial, ou qu'on a laissé à
la fête scolaire s'installer le stand promotionnel d'un
distributeur de boissons...
Ces pratiques, souvent insidieuses, ne sont pas acceptables à
l'école publique.
Ce contrôle
doit s'exercer en permanence, y compris le vis-à-vis de
la publicité qui émerge souvent, mine de rien au
détour d'une page Internet, sur des affiches dans la classe,
ou des objets généreusement offerts par un commerçant.
Vigilance
Autre précaution importante à prendre. Elle concerne
tout ce qui est relatif à la circulation de l'argent.
Trop souvent, les maîtres qui recueillent des fonds, sont
conduits à les conserver par devers eux. Il faut prendre
de nombreuses précautions vis-à-vis de l'argent
liquide tout comme des chèques.
En aucun cas, les sommes relatives à la coopérative
scolaire ne doivent transiter par les comptes personnels des
maîtres. Par exemple, la pratique qui consiste à
réunir l'argent liquide, à le garder pour soi et
en échange fournir un chèque à la coopérative
de l'école n'est pas légale.
De la même manière, la pratique qui consiste à
avancer de l'argent pour un règlement au nom de la coopérative
et se faire rembourser sur son compte personnel n'est pas non
plus légale. Elle n'est pas conforme aux règles
de la comptabilité. Les fournisseurs doivent être
payés directement par la coopérative de l'école
et doivent toujours fournir des factures utiles.
Certaines écoles, avec la mise en place d'associations
de types loi 1901, permettent à chaque classe, sous réserve
du contrôle du trésorier de la coopérative,
de disposer d'un chéquier sur lequel le maître a
signature.
Dans de nombreux cas, le regroupement de commandes auprès
de fournisseurs connus, permet de le faire régler ses
factures par le trésorier de la coopérative.
Il est impératif que les comptes de la coopérative
soient parfaitement clairs : les cahiers de comptes doivent être
tenus avec la plus grande rigueur, chaque dépense doit
être assortie de la facture correspondante.
La gestion d'une coopérative surtout dans une grosse école
peut être vite très contraignante. Elle engage chacun
et les contrôles doivent être précis, rigoureux...
Le trésorier de la coopérative n'est pas forcément
le directeur de l'école. De même, chaque dépense
doit être votée.
Coopérative
et vie civique
Dans certaines écoles, seuls les adultes gèrent
la coopérative et les élèves ne connaissent
rien des ressources ou des dépenses de celle-ci.
Les parents d'élèves, en général
au sein du conseil d'école, peuvent dans certains cas
demander des comptes. En l'occurence, il apparaît pertinent
de publier régulièrement ceux-ci auprès
de toutes les familles.
Une véritable coopérative scolaire, n'est cependant
pas simplement une caisse et un budget. C'est une véritable
activité de l'école, activité qui prend
sa pleine place au sein des domaines d'apprentissage. Elle
favorise d'ailleurs diverses approches transversales : vivre
ensemble, débat réglé, éducation
civique mais aussi maîtrise de la langue et enseignement
des mathématiques sont les principales occasions de faire
vivre la coopérative.
Activité
de la classe,
la coopérative scolaire est aussi ce qui fédère
l'ensemble des classes d'une école : les réunions
des délégués des élèves peuvent
être l'occasion de prendre des décisions et de les
voter.
Il importe qu'une organisation soit prévue qui permette
à la fois de s'assurer de la régularité,
de la continuité et de la neutralité des activités
de la coopérative.
La coopérative scolaire qu'elle soit d'école
ou de classe s'inscrit pleinement dans une pédagogie du
projet.
Une classe, animée par exemple par un projet de voyage
de découverte peut solliciter la coopérative de
l'école et obtenir d'elle une subvention. Les élèves
doivent alors construire un argumentaire, le cas échéant
le présenter sous forme d'exposé afin de convaincre
leurs camarades.
La coopérative
de l'école s'incarne d'abord dans ses membres : les élèves
doivent être membres actifs. D'autres dits" membres
honoraires" peuvent les épauler dans cette tâche
: enseignants, anciens élèves, parents d'élèves,
délégué départemental de l'éducation...
S'il faut des adultes majeurs pour gérer des fonds, la
coopérative permet de confier des responsabilités
à des élèves élus par leurs camarades.
Travaillert
en toute clarté avec les élèves et les représentants
des parents d'élèves, permet d'abord d'éviter
toute ambiguïté vis-à-vis de la gestion des
sommes, mais incite l'ensemble de la communauté scolaire
à réfléchir à la pertinence des choix
effectués, à s'interroger quotidiennement sur l'objet
de la coopérative.
Dans l'esprit tel qu'il est développé par l'office
central de la coopération école, il s'agit d'aider
les élèves à : "développer l'esprit
de compréhension, d'entraide, de solidarité ; de
resserrer les liens d'amitié entre l'école et les
parents d'élèves ; de favoriser les activités
collectives des coopérateurs sur le plan culturel et sur
le plan moral... " La vocation de la coopérative
est également de prendre soin des locaux, d'enrichir les
ressources de la bibliothèque scolaire, d'organiser des
fêtes, les expositions, des classes découvertes
etc.
La coopérative
scolaire n'a pas vocation par exemple à acheter des manuels
ou des cahiers.
Il serait
intéressant ailleurs, de se poser la question du budget
relatif aux photocopies : il est souvent particulièrement important
et il doit en tout cas être limité.
On peut très bien faire fonctionner une classe en limitant
le nombre de photocopies à deux par semaine ce qui est
déjà important.
À
partir du moment où une coopérative scolaire existe,
il faut absolument éviter de solliciter les familles par
exemple pour une sortie éducative. Une visite de musée, une sortie
au cinéma... Toutes les sommes dépensées
doivent l'être par la coopérative scolaire. En
aucun cas, un enfant doit être interdit de sortie parce
que ses parents n'auraient pas apporté leur contribution
sous une forme ou une autre. Les cotisations des familles
à la coopérative scolaire restent facultatives.
Plus la coopérative scolaire saura se passer des dons
des familles mieux cela sera.
Des activités
pratiques
Intégrer
la coopérative scolaire à la vie de la classe,
permet de réfléchir en termes de pédagogie
de projet : on a travaillé sur des albums de Claude Ponti
et l'on souhaiterait en acheter d'autres du même auteur,
il va falloir mener une recherche de prix, calculer un budget,
peut-être écrire une lettre au rédiger un
bond de commande, se rendre chez un libraire, tenir les comptes...
Les élèves, responsabilisés auront à
coeur de ménager les livres et de veiller haut bon rangement
de la bibliothèque...
Dans le cadre d'une activité en technologie, on a besoin
de petits moteurs électriques pour construire des voitures...
Il faudra là aussi mener des recherches, apprendra à
lire un catalogue, effectuer des calculs...
Dans la majorité des écoles, lorsque les cotisations
sont recueillies, chaque classe verse un pourcentage à
la coopérative centrale de l'école chargée
davantage de projets collectifs. Ce calcul des pourcentages,
qui permet de réfléchir à la problématique
de la proportionnalité, lorsqu'il devient concret, nous
avons pu l'aborder dès la classe de CE2.
Il importe ici que le maître concède une part de
son pouvoir personnel aux élèves pour que la démocratie
qu'il propose d efaire vivre soit guidée mais sincère.
Les élèves
s'intéressent particulièrement au prix des choses.
Les plus jeunes d'entre eux ont cependant beaucoup de difficultés
à se donner des ordres de grandeur. Concevoir un budget,
c'est savoir se donner un projet qui peut s'inscrire sur le moyen
terme. De la décision à la commande, jusqu'à
la livraison... Il faut attendre, s'organiser...
La classe,
doit élire son représentant la coopérative
générale de l'école. C'est donc l'occasion d'un travail
sur le vote à bulletin secret qui peut être mené...
Au sein de la classe, on peut élire des trésoriers,
les présidents de séance et secrétaires
en veillant à ce qu'au fil de l'année ce type de
responsabilité puisse tourner.
En
classe de découverte
Évoquons son passage la question relative à l'argent
de poche qui peut être emportée par les enfants
à l'occasion d'une classe de découverte. La poste,
fournissait encore il y a peu, des petits chéquiers pour
enfants qui permettaient que chaque élève ouvre
un compte auprès du « maître -- banquier »
et vienne selon ses besoins effectuer des retraits pour ses menues
dépenses... La disparition progressive du chéquier
au bénéfice de la carte de crédit tend à
faire disparaître cette pratique. Il y aurait d'ailleurs
une réflexion à mener vis-à-vis de la dématérialisation
de l'argent, du crédit...
La question
de l'argent, est une question sensible qui mérite discussion,
vigilance...
Les récentes catastrophes en Asie du Sud-Est ont incité
spontanément nombre d'écoles à solliciter
les familles pour effectuer des dons... Il faut prendre garde
à ce que la laïcité se trouve cependant toujours
parfaitement respectée... Si ce sont les enfants, qui
réunis en assemblée proposent de verser un don
ou d'effectuer une vente en faveur d'une cause de ce type, on
peut l'envisager à la condition que l'organisme choisi
respecte parfaitement la neutralité et la laïcité.
Si ce sont les adultes de l'école seuls qui sont à
l'origine d'une telle initiative, on peut s'interroger sur le
fait que l'école risque de sortir de son rôle :
pourquoi une cause plutôt qu'une autre ? Pourquoi un organisme
plutôt qu'un autre ? Les familles doivent en toute occasion
conserver la certitude de leur liberté de choix, de donner
ou pas, à tel ou tel... Si nous avons le sentiment qu'une
seule famille risque d'être perturbée par ce type
de demande nous devons nous en dispenser. Cela n'empêche
pas d'exposer les faits et de rappeler que la solidarité
peut trouver différentes façons de s'exprimer.
L'éthique parfois semblera s'opposer au bon coeur, elle
osera ne pas céder à la démagogie.
Autre exemple
concret: la vente de petits pains à la récréation.
Attention ! trois problèmes peuvent se poser:
a) relativement à l'éducation à la santé
où l'on sait qu'il faut éviter de multiplier les
pauses alimentaires et surtout celles avec des sucres rapides...
b) relativement à la revente si les petits pains n'ont
pas été faits dans l'école et aux conditions
d'hygiène (attention aux allergies et à la sécurité
alimentaire)
c) relativement à la concurrence: le boulanger du quartier
risque de ne pas apprécier l'initiative !
Enfin, nous
savons que dans des quartiers favorisés les classes peuvent
se retrouver à la tête de budgets importants (1000
euros annuels...) tandis que d'autres réuniront à
peine 100 euros par an ... ici aussi il y a lieu de s'interroger
sur l'inégalité géographique et en tout
cas, toujours réfléchir à dépenser
à bon escient...
et
vous ?
dites-nous comment gérez vous la coopérative de
classe ?
vos réactions et contributions
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