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Décriée, reléguée,
méprisée... voici que la copie fait son retour
!
Adeptes de la "vicariance",
ils sont nombreux à percevoir la richesse des interactions
qui existent lorsque le regard ose se porter sur le cahier du
voisin et aide alors à comprendre mieux "comment
il faut faire".
Copier, c'est d'abord
comprendre mieux ce qui est attendu au final et c'est se structurer
aussi en apprenant à placer son pas dans celui d'un autre...
D'où les limites
de la copie. Le moine copiste, parfait artisan, parfois artiste,
pouvait ne pas comprendre ce qu'il recopiait...
Le menuisier qui "tire
parti du bois" comme le chante Guillevic, ne saurait assembler
ses planches sans avoir vu un jour le modèle attendu.
S'il crée ensuite, c'est parce qu'il maîtrise son
art.
Le musicien commence
par imiter... Le boulanger a souvent appris "en voyant faire".
Alors ne méprisons
pas la copie et même parfois, osons la favoriser, la stimuler,
la valoriser...
A l'école,
souvent dans l'intention louable de "gagner du temps",
la photocopie est venue se substituer à la copie.
Le geste graphique
a consisté alors trop souvent à cocher, rayer,
écrire avec parcimonie dans des espaces limités
faisant perdre souvent l'autonomie et la capacité de réfléchir
ou d'appropriation qu'autorise l'écriture.
La photocopie devrait
se limiter à deux ou trois usages principaux :
- proposer à la lecture des supports documentaires que
l'on ne saurait trouver ailleurs
- permettre de travailler sur l'écrit, autrement dit,
faire sur la page photocopiée ce que l'on n'oserait pas
faire sur la page du livre: noter, colorier, entourer, relier,
commenter...
- reproduire pour la collectivité scolaire les écrits
et productions individuels.
La
copie :
Elle a sa place à
tout niveau. Au cycle 1, copie de formes, d'un prénom
, au cycle 2 et 3 copie progressive de textes, de consignes,
d'énoncés.
Copie de textes ou
de phrases que l'on a aimés. L'enfant peut tenir des "carnets"
de notes où il recueille des idées, des "bons
mots", des passages de livres, de poésies qu'il a
appréciés... Autrefois, lorsqu'on s'écrivait
entre amis, il n'était pas rare de se copier des extraits
d'auteurs aimés. Les diaristes aussi aiment citer.
Copier la consigne,
savoir y souligner les mots clés c'est se l'approprier.
La copie de l'énoncé mathématique, si elle
est bien préparée incite l'élève
à la lire.
De nombreux aspects
sont en jeu dans la copie.
Ils tiennent à
la lecture.
On se souvient des
travaux de Richaudeau sur la lecture rapide. On sait aujourd'hui
que "lire n'est pas faire la course" et que si le lecteur
est rapide c'est souvent une capacité développée
par ses compétences et non pas la cause de ses qualités
de lecteur. Néanmoins, le lecteur entraîné
sait prendre ses repères. Il sait peu à peu, élargir
sa prise" d'empan" ou la rendre rationnelle.
Autrement
dit, pour bien copier, je dois "prendre un morceau du texte",
un morceau que je maîtrise à la fois par sa taille
(ce que mon regard peut "prendre") et par le sens qu'il
porte...
En cycle 2 il faut
relier cela à des groupes de souffle assez brefs au début
(cf. les test de lisibilité de Flesh qu'on doit trouver
dans la plupart des traitements de texte). Le mot, un groupe
de mots associés... c'est ici que la compréhension
de la ponctuation prend toute sa force.
C'est ici aussi, que
l'observation réfléchie de la langue prend son
sens.
J'observe la phrase
: "Les lapins dansent dans le bois" .
Si avec les élèves on prend le temps:
- d'expliciter la situation
- d'observer les marques orthographiques (les lapins) et le "ent"
... il y a des chances que la copie soit correcte.
Quelques
variables
importantes
dans la réussite de la copie :
Pour la copie parfaite
plusieurs aspects jouent sur des niveaux divers pour
chaque enfant :
- la position du
lecteur par rapport au tableau
* si l'enfant doit se tourner sur sa chaise, se pencher pour
voir... c'est difficile. Le plan de classe doit l'aider à
voir. Penser qu'il est intéressant aussi d'apprendre à
recopier une feuille près de soi en apprenant à
la placer sur la table ou une affiche... ne pas oublier que l'angle
de vision d'un enfant n'est pas le même que celui d'un
adulte.
- la compréhension
du texte
* cela semble évident,mais trop souvent l'enfant copie
une poésie, des textes au vocabulaire peu clair...
- la possibilité
d'anticiper par le contexte le mot suivant
- la perception des
césures dans le texte
* il faut comprendre que les coupures du mot "au tableau"
ou sur un texte écrit dans une graphie qui n'est pas celle
de la copie en cursive peut être un obstacle à la
compréhension et à l'anticipation. On voit même
des élèves couper le mot ou aller à la ligne
"comme au tableau" alors que cela n'est pas justifié
par l'espace de la page sur le cahier.
- l'observation des
particularités orthographiques (prendre le temps de les
regarder et les commenter..là la double lettre, ici un
accord...)
- la transposition
de l'espace "tableau" à l'espace "cahier" autrement dit le
problème de l'adéquation entre "la ligne tableau"
et celle du cahier qui fait
que les mots sont déplacés en raison de la taille
de l'écriture, de la
longueur de la ligne ... (intérêt des grands cahiers)
- la transposition
éventuelle d'une graphie script en cursive
- la relecture
On peut très
bien décider d'une "progression" à mettre
en place pour l'activité de copie au fil de l'eau avec
des compétences que l'élève pourra identifier
:
Pour bien
copier je sais:
- m'installer correctement et bien placer ma feuille
- choisir le bon stylo
- lire une première fois le texte pour le comprendre
- choisir des morceaux du texte dont je peux me souvenir
- me relire et vérifier au fil du travail
- me relire une fois la copie terminée
Chacun
déterminera avec sa classe des compétences pertinentes
à traiter. On peut laisser aux élèves "un
aide mémoire" sous forme de document personnel ou
d'affiche méthodologique.
N'oublions pas des questions relatives au choix du scripteur,
à la
position du cahier sur la table...
Propositions
:
- donner des phrases à copier en utilisant différents
supports ( photocopie,
tableau, cahier)
- donner des phrases recopiées sur le modèle du
jeu des "7 erreurs " à
retrouver (vigilance)
- proposer des phrases courtes où l'on effacera un mot,
deux... puis toute la
phrase pour aider à la mémorisation avant de la
recopier
- proposer un atelier où l'on va choisir ce que l'on copie
sur deux ou trois
courtes phrases "morceau par morceau" (détermination
des groupes cohérents)
avec vérification / validation successive
Mais aussi
Rechercher des situations
"projet" où l'on va demander des copies parfaites
pour être compris...
Mettre en place des
ateliers de correction mutuelle...
Et surtout : des temps
de bilan et d'échanges collectifs entre élèves
sur
leurs propres stratégies et ce qui est difficile ou facile
pour eux dans l'acte de copier.
N'oublions pas que
la copie doit concerner chaque domaine disciplinaire et s'intégrer
aux 2 h 30 en cycle 2 et 2 h en cycle 3 à consacrer à
la lecture et à l'écriture au quotidien. |