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problème posé :
comment s'organiser pour gérer une classe de cycle 3 tant
du point de vue de la programmation que du quotidien ?
Cette question
revient souvent en particulier chez nos collègues T1 qui
s'inquiètent de ce qu'ils perçoivent comme une
difficulté supplémentaire.
Nombre de propositions
faites ici peuvent concerner aussi bien le cycle 2 que le cycle
3.
Elles s'intègrent dans le fil du plaidoyer pour une classe de cycle et dans la réflexion
pour une gestion du temps de l'élève dans une perspective
de cycle.
La classe
de cycle s'inscrit dans l'esprit des deux lois d'orientation
de 1989 et de 2005. Il s'agit d'un changement de culture et d'état
d'esprit professionnel.
Rares sont les écoles à choisir spontanément
une organisation par cycle. En général ce sont
les contraintes d'effectifs qui président à leur
mise en place. C'est aussi parce qu'elles apparaissent plus complexes
à organiser qu'elles se voient attribuées... aux
débutants... point qui peut interroger sur le fonctionnement
des équipes de maîtres.
Rappelons simplement
qu'une classe multi-âges ou une classe de cycle constitue
une chance. Elle intègre en amont l'hétérogénéité
alors que la classe à un seul niveau entretient le mythe
du groupe homogène et ne facilite pas forcément
la mise en place d'une pédagogie différenciée.
Projet des maîtres, projet du
maître.
Au demeurant,
plus une classe de cycle viendra d' un choix d'équipe,
d'un choix d'école, rencontrant l'adhésion de tous,
plus facile sera la réussite. Dans tous les cas, il conviendra
que le maître titulaire d'une classe de cycle dialogue
et communique avec les maîtres des autres classes du même
cycle, le suivi des élèves de l'école
étant l'affaire du conseil des maîtres de cycle
et du conseil des maîtres. En zone rurale, où de
nombreux regroupements pédagogiques s'organisent, échanger
avec des collègues du cycle sera évidemment un
plus.
Rappelons que
certaines
écoles ont mis en place des classes de cycle qui fonctionnent
en parallèle préférant ce type d'organisation
à des organisations où seule une classe serait
multi-âges ou à plusieurs niveaux.
Comme toute
organisation singulière, il est plus délicat de
la rendre légitime auprès des familles et des élèves
si une seule classe est constituée sur ce modèle
. La constitution d'une seule classe multi-âges singularise
aussi le maître. On emploie souvent avec un rien de commisération,
l'expression "qui se dévoue pour cette classe".
Les uns s'incarnent dans l'idée de "sacrifice"
mais de plus en plus de maîtres revendiquent ce choix et
se font même spécialistes de ce type de classe.
Il faut parfois prendre garde aux dérives de marginalisation
de la classe dans l'école.
S'il n'est
pas toujours aisé de construire un projet collectif, le
maître doit tout faire pour que son projet personnel de
classe de cycle se construise de manière dynamique et
positive et non "en creux".
Bien entendu, il faudra savoir s'il s'agit de conduire un tel
type de classe une seule année ou si le projet peut se
construire sur la durée : le maître va-t-il accompagner
ses élèves sur trois ans ? la structure en classe
de cycle est-elle appelée à perdurer ou n'est-elle
que provisoire ?
Choix d'équipes et contraintes d'effectifs contraindront
à une
négociation et une régulation dans l'élaboration
du projet mais l'impact de la mise en place d'une classe de cycle
peut être positif au delà de la classe elle même
pour toute l'école.
Une classe de cycle peut favoriser la mise en place d'échanges
de service et surtout de décloisonnements, l'élaboration
d'outils professionnels comme des évaluations intermédiaires,
une réflexion sur les apprentissages et leur progressivité
.
La classe de cycle s'oppose au pédagogisme simplificateur
lorsqu'elle ose une approche constructiviste des connaissances,
ou même une démarche sur le modèle allostérique de Giordan.
L'organisation
de la classe de cycle est une démarche pédagogique.
Si le groupe classe n'est pas mis en cause (un groupe d'élèves
et son référent adulte) , il s'agit bien de comprendre le parcours
de l'élève dans la durée du cycle, durée habituellement
de trois ans, ponctuellement de deux ans ou de quatre ans.
Ce qui permet de baliser ce parcours ce sont les compétences à acquérir
en fin de cycle
et les évaluations nationales.
Il convient de rappeler l'intérêt de constituer
des classes de cycle avec des élèves de niveaux
aussi hétérogènes que possible et non de
sélectionner ceux-ci par défaut ou parce qu'ils
seraient mieux armés pour ce type de structure: choisir
par exemple comme on le voit souvent, d'associer les plus "performants"
des CE2 avec les moins "performants" des CM2 dans une
perspective ou la croyance en une homogénéisation
des niveaux, c'est à la fois se leurrer sur les besoins
réels des élèves, brider les uns et nuire
aux autres. Dans nombre d'écoles on prive ainsi par ailleurs
les autres classes de l'apport des élèves décrits
comme les plus "performants".
Des
aspects à intégrer pour concevoir son projet de
classe de cycle
La classe
de cycle c'est une seule classe rassemblant des élèves
d'âges et de compétences diverses qui doivent parvenir
en fin de parcours aux compétences attendues en fin de
cycle.
Ce parcours est balisé par des étapes dont deux
sont institutionnelles et obligatoires : l'évaluation nationale en CE2 et l'évaluation
d'entrée en sixième .
Ces évaluations doivent aider à concevoir le projet
personnel de l'élève et orienter le projet de classe
(en relation d'ailleurs avec le projet d'école).
Il apparaît très vite utile d'imaginer des évaluations
intermédiaires.
La classe de
cycle peut s'inspirer de la pédagogie par objectifs, mais
elle ne s'inscrit pas dans l'idée d'une progression figée.
Non seulement l'ordre peut varier mais, parce que les représentations
mentales diffèrent, ce sont les approches qui peuvent
varier.
Le savoir se construit souvent de manière concentrique
et spiralaire. L'essai de l'élève traduit un savoir
en construction, une représentation qui devra évoluer
mais qui n'est ni une faute, ni une "non compréhension
fermée".
C'est pour
cette raison que la
classe de cycle valorise les interactions entre élèves,
le travail métacognitif et doit rendre effective la transersalité
de la maîtrise de la langue.
Lieu structuré,
la classe de cycle est celui de la souplesse: j'apprends du plus
âgé et je comprends mieux ce que l'on peut attendre
de moi y compris en l'imitant ou en le regardant faire, j'ai
le droit de reprendre, de refaire, d'essayer. Je suis reconnu
dans mes compétences et mes réussites avant d'être
reconnu dans mes erreurs. Je sais expliciter ce que je fais y
compris au plus jeune ce qui affermit mes propres compétences.
La classe de cycle se reconnaît plus aisément dans
un modèle de coopération que dans celui de la compétition.
L'autonomie s'y apprend par l'activité.
Dans une classe de cycle, la maître ne fonctionne pas seulement
sur le modèle magistral. Il organise, observe, incite
les élèves à observer et réfléchir,
aide à analyser les essais et varie les situations. Le
maître aide les élèves à apprendre
à questionner, mener des investigations et enfin à
mettre les connaissances en relation.
La classe de
cycle permet également aux élèves de se
forger un patrimoine tant dans les connaissances, les aspects
culturels, que les méthodes ou l'utilisation des outils
et référents.
Les programmations
et répartitions
Une
classe de cycle 3 partage les mêmes domaines disciplinaires
et la même répartition des horaires.
Chaque jour deux heures doivent être consacrées
à la lecture et à l'écriture dans les différentes
activités.
Dans la programmation des activités il faut éviter
deux obstacles:
- des redites non profitables (reprises d'un même thème
de manière systématique)
- des lacunes ou absences de traitement de certains chapitres
en faisant des impasses
Il faut à
la fois croiser les compétences et les activités
avec le parcours individuel de chaque élève.
Les compétences des programmes ne sont pas toutes de même
nature. Certaines portent sur des connaissances, d'autres des
capacités, des "savoir - faire"...
En vert cela concernerait
plutôt les CE2, en bleu les CM1 et en rouge les CM2. Mais s'il est nécessaire
qu'une compétence soit reprise ou renforcée il
faut le faire... ou si une compétence peut être
approfondie il faut également le faire.
Prenons une
compétence en géographie:
- situer
l'Europe,
ses principaux États, ses principales villes dans l'espace mondial ;
On imagine assez bien que le niveau d'exigence pourra s'approfondir
des CE2 aux CM2. Une telle compétence peut se mettre en
oeuvre à partir d'une activité à départ
commun... mais des CE2 peuvent très bien être capables
de reconnaître déjà différents Etats
et grandes villes européennes.
On verrait tout à fait les élèves s'impliquer
dans l'élaboration d'un fichier sur les pays de l'Europe;
la construction d'exposés... Un mini projet pourrait se
construire sur trois ans.
une compétence
en mathématiques:
- connaître et utiliser des expressions telles que : double, moitié
ou demi,
triple, tiers, quadruple,
quart ;
trois quarts, deux tiers, trois demis d'un nombre entier
La rencontre du vocabulaire peut se faire dès le CE2 mais
son appropriation sera progressive. Cette compétence devra
se relier à d'autres et va s'élaborer au fil du
travail sur la numération, se renforcer chaque année
et s'approcher de manière différente par des situations,
des exercices, des projets. Le maître imaginera des situations
en calcul mental, des jeux mathématiques, des situations
problèmes mais aussi des entrées "concrètes"
en relation avec la vie quotidienne (traitement d'une recette,
construction technologique...).
On voit
l'intérêt de l'élaboration de tableaux de
bord permettant d'avoir d'une part les compétences, d'autre
part les activités permettant de servir ces compétences.
Si certains projets sont programmés à l'avance,
il arrivera aussi qu'on pointe les compétences au fil
de l'eau. A cet égard, l'utilisation de l'informatique
peut-être un plus.
La programmation appuyée sur les périodes est une
bonne approche.
Enfin, le
livret de l'élève aidera à pointer où
se situe l'élève par rapport à la compétence
attendue en fin de cycle.
Cas particulier de l'enseignement de l'Histoire: il semble difficile
de ne pas respecter la chronologie et donc de s'exonérer
d'une programmation différente selon les années.
Toutefois, il sera intéressant d'imaginer des temps d'échanges
permettant de "circuler" sur la frise chronologique
et d'y affermir la prise de repères.
Des fonctionnements
possibles
L'emploi du
temps doit permettre de fédérer la classe, de donner
des repères, de structurer mais aussi de favoriser l'autonomie
et l'activité des élèves. Il est intéressant
également de se donner de la souplesse pour que l'élève
de CM1 en très grande réussite puisse approfondir
un aspect tandis que celui de CM2 qui a besoin de reprendre une
notion de "base" puisse le faire soit seul, soit en
se regroupant ponctuellement avec d'autres....
Des temps
collectifs:
Des activités pour toute la classe où tous les
élèves sont réunis.
Débat réglé, EPS, Musique, Arts Visuels,
langue vivante, audition de textes en littérature de jeunesse,
bilans d'activités et échanges métacognitifs
(explicitations).
des temps
à départ collectif suivi de différencié
avec retour:
- littérature de jeunesse, production d'écrits,
orthographe... La difficulté varie mais à la fin
les élèves se retrouvent pour expliciter ce qu'ils
ont fait, échanger sur leurs stratégies...
des temps
de travail sur projets de groupe:
- résoudre un problème mathématique ou technologique,
écrire un texte aux correspondants, produire un exposé,
réaliser un montage sonore, ateliers de lecture interprétative...
On est sur des activités où les interactions sont
au coeur.
Ces temps peuvent se combiner avec un travail sous forme d'atelier
dirigé par l'enseignant et d'ateliers autonomes
des temps
de rémédiation et de groupes de besoin
- reprise d'une notion avec un petit groupe homogène
des temps
de projet individualisé
- approfondir une notion ou la reprendre, s'entraîner.
Le projet personnalisé intègre les PPAP ou PPRE
(programme personnalisé de réussite éducative)
consécutifs aux évaluations nationales. Il prend
en compte la difficulté comme la très grande réussite
(précoces).
Ces temps peuvent être suivis d'ateliers bilan et/ou d'ateliers
de correction / validation des travaux
Il importe
en tout cas que des échanges puissent avoir régulièrement
lieu entre élèves sur ce qu'ils ont fait chacun
de leur côté, ce qu'ils ont appris, réussi
et les éventuelles difficultés rencontrées.
des temps
de regroupements pédagogiques :
On peut imaginer rassembler ponctuellement par exemple les CM2
de l'école autour d'un projet particulier ou d'activités
spécifiques (par exemple un projet en astronomie). En
zone rurale, il est intéressant de regrouper ponctuellement
plusieurs classes uniques pour favoriser les rencontres entre
pairs.
Dans une école
à plusieurs classes, les décloisonnements ou échanges
de service peuvent avoir lieu à raison de six heures par
semaine au maximum.
Un maître peut regrouper les CE2 puis /et les CM1, les
CM2 pour l'Histoire...
exemple
d'une matinée possible :
- accueil et
responsabilités individuelles, point sur les mémorisations
"menu" de la journée et situation sur le plan
de travail
- découverte
commune d'un chapitre d'un album en littérature de jeunesse
- les ce2 travaillent
sur les personnages et les liens entre eux
- les cm1 mènent
une investigation sur l'emploi des temps par l'auteur
- les cm2 écrivent
un chapitre du point de vue d'un autre personnage
- retour bilan
et échange sur les travaux
- éducation
musicale en commun (instrumentarium, chant...)
- calcul mental
en commun (tables)
- travail de
groupe "rallye mathématique" et bilan
- plan de travail
individuel : entraînement approfondissement, rémédiation
après
midi
- éducation
physique et sportive
- ateliers de
sciences et technologie (tournant sur la semaine)
- un groupe
sur un montage avec l'enseignant
- un groupe
en recherche documentaire (analyse de document en sciences)
- un groupe
en réalisation de schéma légendé
- un groupe
en recherche sur le lexique scientifique demandé
- un groupe
en mis en forme de texte sur ordinateur
- retour bilan
sur les travaux menés
- littérature
de jeunesse: lecture des textes des CM2 à la classe
- ateliers d'écriture:
calligraphie, correspondance scolaire...
- Histoire
- CE2 avec l'enseignant
- CM1 rédaction
d'un résumé en groupe à partir d'un lexique
- CM2 étude
d'un document / questionnaire
- Bilan collectif
de la journée
voir la fiche sur la programmation
en sciences au cycle
3
Qui fait quoi
?
Dans une
classe de cycle 3 il apparaît important de savoir quelle
est l'activité des élèves à tout
moment. Important également de définir le rôle
du maître: va-t-il se rapprocher d'un atelier tandis que
les autres élèves seront en autonomie ? sera-t-il
observateur "tournant" ? en position "magistrale"
?
Le maître peut aussi définir son rôle dans
la classe en l'explicitant aux élèves, en utilisant
des symboles (couleur, signal) signifiants qu'il est à
la disposition de tel ou tel groupe...
Le statut des élèves peut varier également:
ils peuvent être chercheurs (investigation en situation
problème, réflexion active en ORLF) , tuteurs de
camarades (aide à la relecture, correction mutuelle) ou
responsables d'une mission dans la classe (ranger la bibliothèque,
classer un fichier), présentateurs d'un travail (bilan,
explicitation métacognitive) , réalisateurs d'un
projet (écrire un texte, préparer une lecture,
concevoir un montage technologique) , s'entraîner (réviser
les tables, faire des gammes d'exercices) , reprendre ou approfondir
une notion (projet personnel)... La posture de l'élève
peut être notée ou formulée de manière
explicite (par exemple sur un plan de travail personnel hebdomadaire).
Chaque journée de classe devrait permettre à l'élève
de vivre ces différentes postures comme de retenir "un
temps fort" et marquant de sa journée.
L'horloge, l'emploi du temps affiché, le menu de la journée,
l'élaboration d'outils référents clairs
seront importants.
La transversalité
de la langue
Chaque
séance, chaque activité doit intégrer le
lire, dire écrire. Une classe de cycle c'est aussi
une classe où l'on prend le temps de copier un énoncé
plutôt que de coller une photocopie dans le cahier.
Chaque séance doit permettre de mettre en évidence
des mots clés.
L'espace
Dans l'idéal
une classe de cycle doit favoriser les échanges (pourquoi
pas un coin regroupement avec des bancs) le travail individuel
avec des tables pour chaque enfant, le travail de groupe.
On y retrouverait avec intérêt:
- un espace "documentation et bibliothèque"
- un coin sciences pour les expérimentations et les montages
technologiques
- un coin langues vivantes
- des tables pour les fichiers de travail et les fichiers référents
- une table pour travailler en petit groupe avec le maître
Les supports
La classe de cycle doit permettre la mise en place des supports
de cycle comme
- le cahier d'expériences en sciences
- le cahier de poésie
- le répertoire de mots
- le carnet de lectures
- mais finalement aussi l'organisation des différents
cahiers...
Les
élèves peuvent être largement associés
à l'organisation de la vie de la classe (vivre ensemble).
L'identité du groupe sera renforcée si l'ensemble
de la classe est identifié d'abord comme une classe de
cycle 3 où chacun aura son parcours à effectuer
sur trois ans.
Il ne faut pas hésiter à enrichir le patrimoine
de la classe et s'appuyer sur les essais, les explicitations
des élèves, les interactions. La communication
en direction des parents doit être régulière
et les élèves peuvent y contribuer.
A suivre
Vos questions
Vos
propositions !
les conseils de Jean Luc Mercier conseiller pédagogique :
a) pour conduire une classe à double niveau
b) pour construire un emploi du temps dans une classe à double niveau
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