|
problème posé:
comment organiser le débat réglé dans la
classe ?
Les programmes
officiels de
2002 font apparaître à l'emploi du temps du cycle
2 comme du cycle 3 un horaire hebdomadaire de trente minutes
à consacrer au débat.
En cycle 2, le débat relève du domaine de vivre
ensemble et il est présenté comme "débat
hebdomadaire" tandis qu'au cycle 3, ce débat appartient
au champ disciplinaire "vie collective" et il est précisé
que l'on parle de "débat réglé".
Il s'agit en
cycle 2, de continuer" à construire la personnalité
de l'élève au sein de la communauté scolaire".
"Le maître doit dès que cela lui paraît
possible faire élaborer collectivement les règles
de vie de la classe, faire découvrir les conditions de
réussite d'un débat et doit faire accepter la discipline
que chacun doit s'imposer. Une heure par quinzaine doit être
consacrée afin de montrer le sérieux de l'importance
de cette démarche."
Parmi les compétences citées devant être
acquises en fin de cycle 2, "l'enfant doit être capable
de commencer à se sentir responsable, savoir prendre part
à un débat sur la vie de la classe"...
Ce travail se relie bien évidemment à la maîtrise
du langage oral qui est l'un des objectifs principaux de l'école.
Les programmes précisent qu'au cycle 2, une demi-heure
par semaine a été inscrite à l'emploi du
temps pour commencer à formaliser les moments de débat
qui portent sur la vie collective.
Il conviendrait de le conduire " de manière à
ce qu'aucun élève ne soit écarté
des échanges, à ce que chacun apprenne à
écouter tant les adultes que ses camarades" . "Dans
la mesure où la principale difficulté réside
dans la capacité de tenir compte de l'échange en
cours pour faire avancer la réflexion collective, c'est
dans cette perspective que le maître doit être particulièrement
attentif à guider le groupe. Des débats moins formalisés
peuvent avoir lieu dans les séquences d'apprentissage.
Ils doivent alors bénéficier du même accompagnement."
Au cycle trois, en continuant d'apprendre à débattre
avec ses camarades," l'élève doit comprendre
tout ce que la confrontation à autrui apporte à
chacun malgré ses contraintes. Écouter l'autre
est une première forme respect et d'acceptation de la
différence". Les programmes citent également
tout un ensemble de situations où le respect de la différence
peut s'exprimer. Il est également précisé
que les enseignants doivent veiller à ce que les élèves
se sentent responsables des lieux où ils travaillent et
doivent respecter les règles élémentaires
de politesse de civilité.
On peut voir trois intérêts principaux
au débat :
-- un intérêt du point de vue de la maîtrise
de la langue orale
-- un intérêt du point de vue de l'apprentissage
du vivre ensemble et du respect des différences.
-- un intérêt enfin du point de vue de la confrontation
des idées, de la justification et de l'explicitation,
mais non pas simplement pour le plaisir de la rhétorique
ou de l'éloquence mais avec l'idée de défendre
des échanges s'appuyant sur une argumentation scientifique
et rationnelle.
Ce point est d'autant
plus important que les élèves sont confrontés
par exemple par le biais de la télévision à
différentes formes de débats qui peuvent d'ailleurs
être suivis de votes ou de simulacres de votes. La difficulté
du spectacle de la télévision et que d'une part
il est très difficile aux points de vue nuancés
de s'exprimer, il est rare que les orateurs prennent le soin
d'argumenter en s'appuyant sur des éléments objectifs,
il est rare également que le spectacle ne favorise pas
des formes de jouxte verbale, ou que par ses applaudissements,
ses cris, ses trépignements ; le public présent
sur le plateau ne vienne offrir le contre-exemple de ce que nous
attendons de nos élèves lors des prises de parole
en classe.
On pourrait imaginer d'ailleurs une activité très
intéressante, qui consisterait à sélectionner
quelques minutes d'un tel débat et le proposer à
la critique des élèves de la classe.
Un autre
aspect semble important qui est pourtant souvent négligé.
En effet il semble que la mise en place de tels débats
au sein des classes, suppose une cohérence avec la prise
de parole dans les différentes activités. On ne
peut en effet exiger certain modalités de dialogue collectif
une demi-heure par semaine, puis abandonnerl'usage des règles
pour le reste du temps. Cela suppose à la fois une
exigence quotidienne dans la prise de parole, l'écoute
de l'autre et en particulier le respect de la parole de l'adulte...
Mais cela impose également une prise en compte quotidienne
du point de vue de l'élève et de son questionnement.
Certes, il y a des règles qui s'imposent à tous,
mais l'élève a le droit de recevoir des explications
concernant ces règles. Ces explications n'ont rien
à voir avec des négociations.
Si l'adulte exige de la part de ses élèves
un certain niveau de langue, le respect de sa propre parole,
il lui faut veiller également au respect de la parole
enfantine et si sa propre parole doit être pour la classe
un exemple, elle l'est à la fois par son niveau de rigueur,
sa clarté, la précision de la langue employée...
mais aussi par la mesure de cette parole adulte. Il
est très intéressant, ne serait-ce qu'en faisant
tourner un petit magnétophone dans la classe, que l'enseignant
soit capable d'évaluer le temps qu'il s'accorde pour parler
à ses élèves, et le temps effectif qui est
accordé aux élèves pour questionner, commenter,
s'exprimer, répéter... Dans de très nombreuses
classes les maîtres se livrent à une forme d'inflation
verbale, celle-ci trouve sa justification dans le souci légitime
d'agir auprès des élèves, de préciser
une information... Cependant très souvent le maître
pourrait utilement déléguer ce travail de reformulation
ou d'explicitation à ses élèves.
Le débat réglé s'inscrit pleinement dans
le cadre de l'école laïque. Il est un lieu d'apprentissage
de la démocratie, de la responsabilité -- et prendre
la parole en est une -- et à sa façon un des lieux
de recherche de l'explicitation rationnelle... Ce qui ne veut
pas dire intrusion dans les croyances intimes, mais possibilité
pour tout point de vue de se confronter à une réalité
différente de la sienne, confrontation qui doit suggérer
le questionnement, questionnement qui peut librement inciter
chacun à mieux comprendre, à vérifier, à
se faire une opinion...
Il nous semble donc qu'un débat réglé se
mettra plus facilement et logiquement en place dans une classe
où les pratiques démocratiques sont authentiques,
où les élèves sont conduits à prendre
des responsabilités, à gagner en autonomie... |
Les thèmes des
débats
dans certaines écoles, parfois dans des quartiers populaires,
parfois réputées difficiles, les enseignants
ont mis en place des débats dont la vocation est d'élaborer
des règles de vie collective : on pense aux règlements
de classe. Parfois, ces assemblées pour diverses raisons
que l'on pourrait expliquer, sont devenues des lieux de récriminations,
d'expression des plaintes, parfois presque de petits tribunaux
où les uns se plaignent des autres qui viennent se défendre...
Le maître, rarement témoin des faits présentés
se trouve alors dans la posture d'arbitre, de juge -- quand il
ne fait pas appel au vote, au jugement des élèves
eux-mêmes dans une attitude ambiguë de délégation
d'autorité-et très vite ces débats deviennent
assez pénibles.
Entendons-nous bien, dans des situations particulières,
où la violence physique s'exprime, il est important d'apprendre
aux élèves à transformer les coups physiques
en échanges verbaux, mais cette étape ne suffit
pas, il faut trouver des solutions pour apprendre à
vivre ensemble, partager un espace... Cet apprentissage
sera d'autant plus facilité que les adultes pourront être
présents, sauront exercer une autorité rassurante.
Il faut dire, que parfois ces débats organisés
sempiternellement autour des problèmes de relations entre
enfants, finissent pas exacerber les ressentiments, deviennent
des moments extrêmement tendus... Et l'on pourrait presque
se demander dans une certaine mesure si les élèves
ne créent pas des événements, des incidents,
de la violence pour qu'on en parle ensuite dans le débat,
histoire d'alimenter la chronique... Très exactement d'ailleurs
à l'image de la relation perverse que peuvent entretenir
les grands médias avec ceux qui créent l'événement...
Si une assemblée d'élèves, que ce soit
au sein du débat de classe ou du conseil des élèves
de l'école, se doit de discuter le plus tranquillement
possible des problèmes, le lieu du débat devient
alors un lieu de régulation ; les assemblées peuvent
être également un lieu de propositions et de construction
positive.
Ici encore, il faut rappeler la tentation somme toute consumériste,
où l'on entend des conseils d'élèves réclamer,
aux adultes, à la commune... C'est parfois tout à
fait légitime -- faire connaître son désir
d'avoir un menu plus équilibré à la cantine
-- mais c'est parfois se placer en position d'assistanat sans
mesurer les conséquences par exemple financières
d'une telle demande.
Toutes ces considérations, de
s'inscrivent pas seulement dans la vie de la classe mais dans
la vie de l'école.
Le
maître, peut cependant choisir d'inscrire le travail mené
au sein de ce débat dans le cadre de sa classe, une classe
où au quotidien et il cherchera promouvoir e la coopération,
la prise de responsabilité, la désignation d'élus...
Une classe où les élèves seront associés
à l'organisation de l'espace, à la gestion des
comptes, mais aussi une classe tournée et centrée
d'abord sur le travail.
C'est pourquoi
parmi les différents thèmes qui pourraient être
traités au sein de ces moments de débat, si l'on
peut envisager des temps de régulation, construits en
relation avec le règlement intérieur de l'école,
l'élaboration du règlement de la classe, on peut
rencontrer d'autres occasions de débattre :
-- discuter à
partir d'un support d'un grand problème du monde. La télévision
a montré des images difficiles d'un ouragan dans un pays
pauvre. Des scènes de pillage ont été observées.
Elles peuvent donner lieu à une discussion permettant
de comprendre un peu mieux la situation. Ce débat peut-être
aussi l'occasion de réfléchir à l'idée
de solidarité.
-- on peut également
aller à la rencontre des différences à la
fois pour montrer la richesse de la diversité mais aussi
pour souligner rappeler l'unité du genre humain : cela peut commencer
avec un travail de comparaison entre nos habitudes de vie et
celles vécues dans le pays dont nous étudions la
langue vivante en classe. Ici encore, on peut s'appuyer sur des
documents, témoigner d'expérience...
-- des
moments très intéressants peuvent être reliés
plus précisément aux activités de la classe
dans les différents domaines :
- en littérature
jeunesse,
on
peut décider d'organiser un débat où l'on
exprimera son point de vue sur l'attitude de tel ou tel personnage.
On peut même imaginer que certains enfants devront défendre
le point de vue d'un personnage tandis que d'autres prendront
partie pour son challenger. Des discussions d'ordre interprétatif
peuvent avoir lieu et elles sont souvent très fines. Par
exemple, très tôt les élèves peuvent
s'interroger sur les intentions de l'auteur. Ils peuvent également
comparer les différentes versions d'un même récit,
comparer la version écrite d'une histoire et sa version
filmée ou enregistrée... Les élèves
exprimeront là un point de vue qu'ils pourront argumenter.
- discussions
à propos des sciences : expliciter une expérience, se
poser des questions à propos d'un phénomène
scientifique.. Il est possible de discuter d'un problème
relatif à l'environnement, à la pollution, évoquer
les questions relatives à l'éducation alimentaire...
- discussions
en Histoire où
l'on peut amener les élèves à adopter divers
points de vue: par exemple l'impact des conquêtes de Napoléon
sur les populations...
A chaque fois ce type de discussion peut s'appuyer sur un document
soumis à la discussion: une reproduction d'une scène
historique, un extrait d'un film historique...
Il peut
être intéressant également d'avoir en CM
un bref exposé d'élèves sur un sujet qui
sera suivi d'une discussion.
l'organisation des
débats
Selon les
âges on sera confronté à des questions relatives
à la prise de parole, à l'écoute.
Certains utilisent un bâton de parole, ou un symbole qui
passe de main en main voir un microphone réel ou factice...
On peut aménager l'espace ou discuter dans un espace spécifique.
Un lieu de regroupement avec des bancs est souvent pertinent.
Très vite le maître doit veiller à s'effacer
pour que les élèves parlent effectivement.
Son rôle est de veiller au respect des points de vue, de
l'éthique, il reste neutre mais rappelle la loi. Il
fixe le cadre mais il favorise l'expression réelle de
tous.
Tous les élèves ne prendront pas spontanément
la parole, le problème peut être soumis au groupe
pour que chaque élève qui le souhaite puisse s'exprimer.
On peut avoir des secrétaires qui noteront les débats
(les mots essentiels, les grandes idées...) . Parfois
le débat peut être enregistré pour un travail
d'écoute ultérieur: on peut choisir de reprendre
un extrait du débat (pour améliorer une explicitation,
transcrire ou résumer un point de vue, confronter ce qui
a été dit à ce que l'on dit de nouveau...)...
On peut même avoir une équipe chargée de
résumer ce débat en vue d'une publication interne
à la classe ou à l'école...
Il est possible de mettre en place un cahier des "débats"qui
sera le référent de la classe.
Le débat peut être aussi l'occasion de décider
d'un complément d'information, d'introduire un thème
de recherche ou de prendre une décision...
Le débat est aussi un moment où le maître
peut annoncer un projet d'achat, une sortie éducative...
Des invités:
On peut imaginer inviter des adultes choisis
- en histoire, le témoin d'un évènement
- sur la vie dans un pays , un adulte ayant voyagé dans
ce pays
- sur la santé : l'assitante sociale, le médecin
scolaire
- sur le règlement intérieur: le directeur
- sur les problèmes de propreté: un agent d'entretien
de l'école
- pour un projet spécifique: un ou plusieurs élèves
d'une autre école
et
vous ?
dites-nous comment organisez vous ce débat dans votre
classe ?
vos réactions et contributions
prepaclasse@aol.com |