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démarches
et modèles pédagogiques
Il existe de très
nombreux écrits sur la question, notre souci n'est pas
d'ajouter un énième écrit mais de rappeler
quelques idées ou d'aider à éviter quelques
pièges.
1)
la théorie nuit à la pratique :
le discours sur la pédagogie
touche vite la philosophie, la politique mais aussi la psychologie
et les sciences sociales.
Chacun de ces domaines
a généré son propre langage avec parfois
des excès justement dénoncés. Mais tout
métier a son langage. Mon plombier emploie des termes
étranges pour désigner des pièces que je
nommerai " tuyaux " ou " rondelles "…
mais il a besoin de son vocabulaire pour s'y retrouver dans la
complexité de sa tache spécialisée.
Lorsque la théorie s'exprime en dehors de toute relation
à la pratique, elle devient si abstraite qu'elle peut
d'avantage brouiller les esprits qu'aider dans la vie quotidienne
du maître.
Pourtant nous voyons bien que nous avons besoin de temps à
autre de prendre du recul :
- C'est vrai du point de vue de la question de la transmission
du savoir. Nos manières de faire sous tendent un mode
de relation au savoir, sont plus ou moins facilitatrices pour
celui qui apprend.
- C'est vrai du point de vue de l'éthique. Je dois savoir
qu'un mode de communication, qu'un geste pédagogique n'est
pas anodin. En particulier si l'on pense à la question
de l'exclusion prise dans toutes ses acceptions et qui est au
cœur du problème scolaire.
Nous avons besoin d'un
minimum de théorie pour connaître l'apprenant, l'impact
de nos modes de communication du savoir et de nos fonctionnements.
Nous devons non seulement être les dépositaires,
les conservateurs ou transmetteurs du savoir que l'Institution
nous demande de faire passer, mais nous devons être capables
d'identifier dans ce savoir ce qui constitue pour l'apprenant
un moment clé, une difficulté, un obstacle.
Par exemple, si j'enseigne la soustraction, je dois savoir ce
que cette opération demande comme compétences particulières
tant du point de vue de la connaissance de la numération,
que de l'organisation de l'espace, de la construction mentale,
des représentations chez l'apprenant.
Je dois savoir pourquoi la retenue se place de telle ou telle
façon. Je dois choisir ce qui aide l'apprenant. Je dois
savoir si je préfère qu'il adopte une attitude
" mécanique " où il reproduira un modèle
ou si je préfère qu'il comprenne ce qu'il fait
et sache par exemple identifier l'erreur de calcul dans la perspective
de la résolution de problème.
2) la pédagogie s'oppose
à la connaissance :
Pour certains, les pédagogues
en cela qu'ils travaillent trop sur les méthodes s'éloigneraient
du savoir et feraient baisser le niveau.
Ils s'en prennent à ceux qui plaçant " l'élève
au centre " auraient diminué le rôle du maître
comme passeur d'un savoir dont il est dépositaire au nom
de l'Institution.
En focalisant sur les méthodes d'apprentissage qui seraient
simplement un habillage, un enrobage destiné à
mettre en scène la classe, en sollicitant l'élève
à partir de son vécu… on s'éloignerait
du savoir.
Mais c'est oublier que tout enseignant se réfère
consciemment ou non à un modèle et à une
" mise en scène " de la transmission du savoir.
Nous savons bien que la maîtrise du domaine enseigné
est nécessaire, mais nous savons aussi qu'un maître
détenteur d'un savoir précis et riche n'est pas
toujours capable de le faire passer.
En particulier, " le spécialiste " n'est pas
toujours armé pour refaire le chemin avec l'apprenant.
Il ne se souvient plus des étapes qui furent les siennes
pour aller vers le savoir et n'identifie plus les obstacles que
rencontre l'apprenant.
Cette approche élitiste oppose souvent un " savoir
de base " qui serait destiné à tous et nécessaire
pour accéder ensuite à un savoir supérieur.
Le conflit tourne autour de la démocratisation du savoir.
Une illustration en est
la question du collège unique dont l'échec réside
probablement non pas dans l'accès de tous à un
savoir plus complexe, mais dans les difficultés d'adaptation
de l'enseignement à la diversité des publics. A
la massification du public s'est vue répondre une massification
des moyens qui ne s'est pas toujours assortie d'une évolution
des pratiques suffisante. Certains ont pu répondre à
la difficulté en voulant baisser le niveau d'exigence…
Mais c'était une fausse route. Tous les élèves
ont le droit d'accéder à la culture, à un
savoir élevé et cela tout au long de la vie.
S'il faut prendre un
peu parti, nous dirons qu'il nous semble urgent de défendre
la démocratisation du savoir en n'opposant pas des savoirs
nobles aux autres. Nous savons par exemple, que parce qu'il sait
donner du sens à l'apprentissage, l'enfant issu d'un milieu
socioculturel favorisé, où le lexique est riche,
où les interactions sont nombreuses, où la fréquentation
de la connaissance est précoce ; cet enfant là
pourra acquérir les fondements d'autant plus vite. Ces
enfants apprennent à lire sans réelle difficulté
et l'impact de la méthode de lecture est faible pour eux.
Par contre l'impact de leur environnement culturel, la capacité
qu'ils ont de se référer au patrimoine collectif
joue fortement.
C'est pourquoi nous défendons
l'idée de placer l'élève au centre…
mais au centre des savoirs !
Il nous semble important
de ne pas confondre les pédagogistes et les pédagogues,
de ne pas opposer non plus les républicains ( qui se réfèrent
volontiers au modèle de Jules Ferry et à l'élitisme
républicain) aux pédagogues.
Toute pratique professionnelle pour être efficace a besoin
d'être pensée.
3) Il existe un modèle
pédagogique imposé par les IUFM :
L'école française,
à la différence d'autres systèmes fixe les
objectifs à atteindre mais confie aux maîtres le
soin de choisir les méthodes.
C'est à la fois une chance, cela permet une certaine autonomie
des enseignants… c'est aussi une faiblesse.
Il arrive alors que l'Institution par le biais des instructions
officielles se montre fortement incitatrice et préconise
certaines démarches.
La difficulté est que très souvent l'Institution
se trouve de fait " en avance " sur les enseignants
du point de vue des pratiques et que ceux ci manquant de formation
soit renoncent à faire évoluer leur pratique, soit
les adaptent imparfaitement.
Tout cela n'est pas sans ambiguïté.
Un exemple est donné avec la question des méthodes
ou démarches en lecture. Singulièrement depuis
quelques années, le climat est si confus que les IUFM
restent quasi muets sur les méthodes. Du coup, on laisse
se développer un discours très agressif vis à
vis de courants novateurs dont on a grossi le plus souvent les
choix pédagogiques et sur lesquels ont fait porter la
faute de l'échec alors que celle-ci réside plutôt
sur le manque d'engagement de l'Institution et sur un bricolage
bien insatisfaisant.
La méconnaissance en particulier du fonctionnement de
la langue conduit sous l'influence des médias à
dire beaucoup de bêtises. Les références
simplistes à un " c'était mieux avant "
ou " le niveau baisse " ne font pas avancer le débat.
Le niveau de connaissances d'un enfant du monde d'aujourd'hui
n'est pas le même que celui d'un enfant des années
cinquante. Il est des domaines où il en sait certainement
beaucoup plus long, tandis que d'autres le montrent peut-être
plus fragile… Les comparaisons ne sont pas aisées
tant les transformations se sont accélérées.
Il suffit d'observer l'évolution du lexique depuis le
dix-neuvième siècle.
En l'occurrence, les
élèves - professeurs entendent des discours beaucoup
plus nuancés que l'on n'imagine ou en tout cas suffisamment
divers pour ne pas se sentir contraints à l'application
" d'une méthode ".
Leurs pratiques à la sortie de l'IUFM quand ils deviennent
jeunes titulaires sont souvent plus conservatrices que des collègues
chevronnés.
Une de nos difficultés
réside dans le fait que la culture professionnelle du
professeur des écoles est en pleine constitution. Il s'agit
aujourd'hui de faire la classe sur un modèle que nous
ne retrouvons pas dans nos souvenirs. Le geste professionnel
ne se fait plus par imitation mais doit être recrée
même s'il s'inscrit dans une tradition scolaire. Les IUFM
ont peut-être trop cédé à la tentation
universitaire et surtout sont peut-être trop disparates
dans leurs modes de fonctionnement et de recrutement. Ils devraient
pouvoir s'inscrire dans un établissement d'enseignement
supérieur unifié.
En un mot, c'est un peu
comme comparer le permis de conduire des années 20 où
il s'agissait de positionner son véhicule bien au milieu
de la route et de klaxonner à chaque fois que l'on croisait
un autre véhicule et le permis de conduire aujourd'hui.
L'environnement a bien changé, il s'est complexifié,
élargi, la vitesse s'est accrue. Les infrastructures se
sont améliorées, mais les accidents peuvent être
très graves.
4) Il existe un bon modèle
pédagogique
Chaque enseignant construit
son modèle en fonction de sa formation, de ses influences,
de sa culture. S'il change de contexte, il y a des chances qu'il
adapte et modifie ses pratiques.
La mobilité est un atout et gagnerait à être
valorisée.
Une donnée nouvelle
apparaît : le maître d'aujourd'hui ne doit plus travailler
seul mais dans une équipe. Cette équipe permet
d'aider à la réflexion sur ses propres pratiques.
Outil de réflexion, de remise en question ; l'équipe
pédagogique agit aussi comme régulateur. Elle permet
d'inscrire l'action du maître dans le cadre institutionnel
et de rechercher l'harmonisation.
Il semble important que
les pratiques d'un maître puissent s'inscrire dans la cohérence
à court et moyen terme et dans la continuité…
continuité en particulier du parcours de l'élève.
Ce parcours peut-être pensé plutôt que subi.
Ainsi la diversité des maîtres et de leurs compétences
devient une chance et non pas une faiblesse.
Selon les moments de
l'année, le parcours de l'élève… on
se réfèrera plus ou moins explicitement à
tel ou tel modèle pédagogique.
5) Quelques modèles :
Quand on parle de modèle
pédagogique, il ne faut pas oublier que chaque modèle
est " perméable " et se décline en toute
une série de nuances.
Nous en proposons quelques uns qui vous permettront de vous situer
et de vous reconnaître peut-être plus dans telle
ou telle approche.
Rappelons que nous simplifions exprès " à
gros traits ", à charge pour ceux qui veulent creuser
de se plonger dans les ouvrages théoriques.
Modèle
d'apprentissage transmissif ou magistral
L'enseignant fait son
cours. Il a son programme, les contenus sont définis et
dispensés du maître à l'élève
qui reçoit ces contenus et doit souvent les mémoriser.
C'est le cas où l'on utilise le manuel traditionnel, sans
manipuler, avec souvent une procédure de lecture orale
collective, non préparée, un commentaire éventuel
d'image et un résumé qui sera copié pour
être mémorisé.
En grammaire, la règle est présentée "
hors contexte " global de la langue et doit être appliquée.
Elle est souvent assortie d'une série d'exceptions dont
la liste doit être mémorisée.
Le savoir est extérieur à l'élève
qui est resté passif. Ce type de démarche n'est
pas prôné par les instructions mais ponctuellement,
dans la mesure où toutes les connaissances ne peuvent
être démontrées par l'expérimentation,
cela peut apporter un éclairage culturel.
Dans certains cas, à l'école élémentaire,
on présentera une notion que l'on ne peut démontrer
ou expliciter en classe. L'idée est de se donner le projet
de l'aborder plus tard dans le secondaire, à l'université.
L'élève qui apprend et construit ses connaissances
ne peut seul refaire le chemin de la science, tout redécouvrir.
Modèle
d'apprentissage béhavioriste. Il s'agit d'apprendre par l'entraînement.
L'informatique le favorise souvent avec par exemple le recours
à des logiciels de type QCM ou vrai ou faux. A force de
d'entraînement l'élève trouve " la bonne
réponse "… mais plus par " élimination
" que par raisonnement.
On se souvient des exercices de type " Bled " qui en
orthographe invitent l'élève à travailler
une notion isolée et travailler souvent en opposition
(à ou a). On obtient d'ailleurs de très bons résultats
immédiats avec une classe un peu préparée
et entraînée. L'ennui c'est que la notion est à
ce point " décontextualisée " que plus
tard l'élève ne parviendra pas à identifier
le problème orthographique.
De nombreux fichiers de travail proposent ce type de situation
La
démarche d'éveil . Les théoriciens de la pédagogie
en parlent singulièrement peu alors qu'elle est encore
très présente dans l'esprit des maîtres du
primaire. Elle s'est confondue longtemps pour les maîtres
avec les activités d'éveil. Il s'agit ici, à
partir des centres d'intérêts de l'enfant de lui
permettre d'apprendre, chercher, manipuler, s'exercer mais aussi
produire dans une approche dite souvent "naturelle"
partant du " vécu " de l'enfant.
C'est une démarche que l'on retrouve beaucoup en maternelle.
C'est en sciences par exemple, une approche thématique
dont des illustrations ont été données par
la pédagogie Freinet où des enquêtes conduisent
les élèves à produire des textes (c.f. les
B.T). La difficulté dans cette démarche étant
d'inscrire la discipline dans un programme et de ne pas rester
collé au vécu de l'enfant mais d'élargir
son horizon.
Cette démarche conduit cependant l'élève
à travailler en groupe, chercher des documents en B.C.D,
utiliser les documents de la vie quotidienne ou sociale, prendre
des photos…
Les classes de découverte s'inscrivent volontiers dans
cette approche. Les classes culturelles s'y réfèrent
également implicitement. La difficulté est alors
en focalisant sur un domaine d'en oublier d'autres. Il faut donc
imaginer des projets organisés (organigrammes) qui prennent
en compte la transversalité. Les instructions de la fin
des années soixante dix s'y référaient explicitement.
La
démarche constructiviste : Elle trouve son illustration par exemple en sciences
avec " La main à la Pâte ". Il
s'agit de partir des besoins des élèves; d'expérimenter,
de tâtonner, d'imaginer des procédures expérimentales
et de savoir les représenter. L'élève doit
résoudre une situation problème. Les synthèses
sont construites dans la classe et l'on évite dans cette
approche de tirer des conclusions trop rapides.
On produit beaucoup de documents. On utilise des fiches techniques
guides, des schémas, diverses représentations en
amont ou en aval.
Le document vient aider
à se poser des questions.
D'autres illustrations en sont données : par exemple en
mathématique avec la construction compréhensive
de l'algorithme de la division (voir la série de manuels
" Objectif calcul ".)
Dans cette approche on observe de nombreuses variantes. La difficulté
pour l'enfant étant à partir d'une situation problème
"expérimentale"d'élargir la problématique.
Cette démarche se retrouve peu ou prou dans les I.O. de
1995.
Le
modèle allostérique : Il trouve son illustration avec "l'enseignement
rénové des sciences " et les I.O. de 2002.
Ce modèle est promu par Giordan et s'il concerne
d'abord l'enseignement des sciences il touche progressivement
l'ensemble de la pédagogie.
Il est centré sur l'apprenant en considérant que
celui-ci construit ses apprentissages au travers de ce qu'il
est et connaît. Il ne s'agit pas simplement de transmission
du savant vers l'apprenant mais de tenir compte des conceptions
initiales de l'élève, de l'impliquer en le motivant
, en suscitant chez lui des interrogations qui vont provoquer
des perturbations et l'inciter à remettre parfois en cause
ses conceptions antérieures pour avancer. L'enseignant
joue sur l'environnement. L'affectif, le cognitif, le sens
sont liés . L'enseignant est un médiateur qui
aide l'élève à mettre en relation les divers
éléments impliqués, donne un statut positif
à l'erreur. On est là dans une approche systémique.
On fait parler sur ce que l'on a appris.
La difficulté pour l'enseignant est de savoir comment
accéder aux représentations mentales de l'apprenant,
d'isoler les variables didactiques qui font obstacle et de prendre
en compte ce qui fait conflit chez l'élève dans
la construction d'une nouvelle connaissance.
On voit bien ici qu'il ne s'agit pas d'empiler des connaissances
mais de mettre en relation. L'approche se veut rationnelle et
se fonde sur l'appel à l'intelligence.
Quand dans les I.O. on parle d'observation réfléchie
de la langue, on montre bien que c'est à partir de l'observation
" scientifique " des phénomènes de la
langue que l'élève accompagné du maître
va pouvoir découvrir le fonctionnement de la langue. Cette
découverte s'appuiera sur une fréquentation approfondie
de la littérature qui fournira comme autant d'illustrations
nécessaires.
Cela implique que les maîtres soient formés à
entrer dans les textes, comprennent comment ils sont construits
(procédés, images, références culturelles,
grammaire du texte…) .
Cela implique aussi une approche explicitement transversale :
on fait des ateliers de lecture scientifique ; on fait des ateliers
de lecture et de production de l'écrit…
Enfin, cela implique que l'on favorise à l'école
le " bombardement culturel "(Chauveau). les
élèves n'ont pas tous accès au patrimoine
commun et l'école se doit de les aider.
Ces démarches constituent
comme autant d'entrées et nous devrions dans la conception
de notre parcours de l'élève au long du cycle,
dans la programmation de la classe, y compris dans la conception
de la journée de classe en tenir compte comme nous devons
intégrer l'idée que nos élèves auront
divers modes d'approche du savoir, diverses constructions mentales
( certains étant plus visuels, d'autres passant plus par
le langage etc.).
Il nous semble stérile
d'opposer les démarches mais il nous semblerait également
dangereux de nier qu'il n'y aurait pas de risques à s'enfermer
dans telle ou telle approche.
à
lire Modèles et méthodes en pédagogie .
Morandi (Nathan Université)Collection education 128
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