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Constat
Ce qui se percevait de façon moins aigue hier semble pour
l'enseignant d'aujourd'hui une évidence : chaque classe
est hétérogène. L'hétérogénéité
est vue par de trop nombreux maîtres comme un handicap
parce qu'elle ne permet plus une préparation et une gestion
univoques de la classe.
La mise en place des cycles successive à la loi d'orientation
de 1989 a accentué l'idée de parcours individuels
impliquant des réponses personnalisées aux besoins
des élèves.
Les programmes d'intégration d'élèves autrefois
reclus dans des structures fermées et spécialisées
impliquent des réponses spécifiques parfois associées
aux interventions du réseau d'aide.
Lorsqu'on
interroge les maîtres à propos de l'hétérogénéité
des élèves celle-ci se traduit en trois grands
domaines qui peuvent être liés :
- hétérogénéité du point
de vue des connaissances
- hétérogénéité du point de
vue de la productivité (mise au travail et vitesse)
- hétérogénéité du point de
vue du comportement (attention, acceptation de la contrainte).
Dans un cycle donné
un élève pourra faire son parcours plus vite que
d'autres et bénéficier le cas échéant
d'une prolongation d'un an à la condition que le conseil
de cycle étudie son cas et organise un programme personnalisé.
Quelques idées
clés :
- parvenir à se libérer de l'idée que l'hétérogénéité
est un handicap et complique la conduite de classe.
-Il faut d'abord accepter l'idée qu'elle a toujours
existé même si parfois le recrutement social
des élèves plus cloisonné la masquait partiellement.
Elle était donc simplement niée et l'orientation
des élèves limitait a priori le parcours de nombre
d'entre eux.
-Elle permet des interactions dont il faut tirer partie.
A ce titre, il faut convenir que les conditions idéales
pour un élève ne sont pas dans le modèle
du préceptorat où le maître accompagne et
guide chaque pas de son unique élève mais bien
d'un apprentissage de l'autonomie au sein d'un groupe, d'un apprentissage
éclairé et ouvert à la confrontation. Confrontation
des vécus, des conceptions, des représentations
et des démarches d'appropriation de la connaissance.
-Il faut se libérer de l'idée qu'il serait plus
efficace de tout individualiser ou de tout faire fonctionner
en groupes de niveaux comme il faut se libérer de l'idée
que l'on peut répondre à tous les besoins en maintenant
un fonctionnement exclusivement collectif et univoque.
-Il faut prendre garde également à l'idée
qu'il y aurait un savoir " de base " pour tous et un
savoir plus approfondi ou plus culturel pour ceux qui disposeraient
des meilleures capacités. A cet égard, la stratégie
qui est de donner seulement à l'élève plus
rapide la possibilité d'approfondir une notion n'est pas
pertinente.

- Il faut se méfier du concept de " remédiation
". Ce terme un peu barbare invite le maître à
évaluer les élèves et proposer pour ceux
en difficulté des remèdes, c'est à dire
des réponses après l'échec. Le professionnel
qu'est le maître doit " réparer " ou "
compenser " au mieux, mais il doit surtout être
capable d'anticiper les difficultés éventuelles
avant la confrontation à l'obstacle. Il est mieux d'aider
l'élève à passer en équilibre sur
la poutre, plutôt que de le laisser tomber seul, se faire
mal et n'avoir plus la motivation pour remonter ou de remonter
avec une peur qui va accroître le risque de chuter de nouveau.
-Il s'agit donc de donner de la confiance et en particulier
du sens à l'activité.
Comment
anticiper ?
- en s'appuyant sur les
évaluations nationales et en concevant au sein des
cycles des évaluations aux différentes étapes
du parcours de l'élève. A partir de ces évaluations
et tout en se référant aux objectifs nationaux
il est possible d'ajuster les contenus et leur présentation.
- En apprenant à identifier progressivement les variables
didactiques en jeu dans la construction des notions. C'est
à dire, en proposant des activités permettant à
l'élève de témoigner de la façon
dont il construit ses connaissances. Les représentations
des élèves, les formulations employées,
le type d'erreurs doivent faire l'objet d'un travail d'analyse
approfondi.
- Le travail de correction des exercices qui est mené
souvent a posteriori est très important. Mais il pourrait
souvent se situer beaucoup plus tôt dans l'activité.
Avant de tout faire les élèves sont invités
à échanger sur les outils nécessaires, les
démarches qu'ils emploient pour résoudre la situation
problème (orthographique, grammaticale, mathématique,
scientifique
). Les élèves, placés
en situation de chercheurs doivent pouvoir échanger régulièrement
à propos des stratégies qui sont les leurs. Ils
doivent par la confrontation et la justification des démarches
éclairer leurs camarades qui éprouvent des difficultés.
- Dans le même esprit les partisans de la pédagogie
de maîtrise à effet vicariant (PMEV) nous ont permis
de nous souvenir de l'intérêt qu'il peut y avoir
ponctuellement à valoriser la copie ou la prise d'indices
sur un camarade.
Cette prise d'indices
permet souvent d'aider à l'identification de situation,
à assurer la confiance
Bien entendu elle n'est rien
si elle n'est pas suivie d'explicitations, de justifications,
mais elle contribue pour part à l'émergence de
modèles de référence.
- C'est en voyant ce que son
camarade est capable de faire qu'un élève peut
élever la hauteur de ses ambitions et de ses exigences
propres.
- Anticiper peut être par exemple lors du lancement
d'une activité, prévoir des tâches différentes
selon le niveau des élèves. Certains seront
confrontés directement à la " situation problème
" tandis que d'autres disposeront d'indices aidant à
la mise en confiance, à la prise de sens, à la
conceptualisation. Mais toute la classe saura se fédérer
ensuite et se retrouver au final pour expliciter et partager
les stratégies. Différencier c'est aussi montrer
activement la diversité des chemins qui mènent
à la solution puis identifier la solution la plus économique
ou la plus efficace.
- Différencier c'est accepter par exemple lors de la résolution
problème en mathématiques le recours à la
représentation dessinée, à l'addition à
trous, à la soustraction pour parvenir au même résultat
final
mais c'est permettre aux élèves par
la confrontation de comprendre que si toutes les solutions mènent
au bon résultat certaines sont plus rapides, plus économiques
et sources de moins d'erreurs techniques.
L'hétérogénéité
du point de vue des connaissances
Elle peut être
d'ordre cognitif et ou d'ordre plus culturel. Les évaluations
témoignent qu'un élève peut avoir des faiblesses
dans tel ou tel domaine mais des réussites dans d'autres.
L'identification des divers champs de compétences témoigne
de la nécessité de nuancer les profils individuels
d'élèves. L'évaluation ne doit pas se
faire par la mise en échec, l'élimination, mais
sa vocation est d'aider à situer l'élève
dans son parcours individuel par rapport aux objectifs à
atteindre.
Les réponses seront d'ordres divers : la diversification
des activités et des situations, l'enrichissement culturel
doivent être au cur des pratiques.
La diversification des formes de travail (individuel, binômes,
petits groupes, grand groupe) est également intéressante.
On proposera des ateliers autonomes et des ateliers dirigés
: c'est l'atelier de langage ou l'atelier scientifique conduit
par le maître tandis que les autres groupes travaillent
de façon autonome. A cet égard le modèle
de l'école maternelle qui propose une unité pédagogique
(atelier dirigé par le maître) et des activités
satellites où les élèves s'exercent de façon
autonome avec rotation est facilement transposable en élémentaire. Il importe cependant que l'on
sache toujours qui a fait quoi et pourquoi. Il est donc très
intéressant que les élèves puissent parler
de leur travail, de leurs difficultés et réussites.
Les élèves apprécient en particulier de
travailler ponctuellement sur des plans de travail hebdomadaires
par exemple où ils choisissent l'ordre des tâches,
se corrigent mutuellement ou s'autocorrigent, gèrent des
grilles permettant de cibler des compétences, des tâches
à faire ou effectuées
Hétérogénéité
du point de vue de la productivité (mise au travail et
de la vitesse) :
- il est fréquent
d'observer que certains élèves vont adopter des
stratégies pour différer l'entrée dans le
travail ou carrément s'y soustraire.
- il sera utile d'évaluer ce qui peut avoir engendré
ces attitudes ou "contre-performances "
- difficulté de renoncer au jeu (l'enfant exprime un besoin
qui peut sembler régressif)
- difficulté d'accepter de se soumettre à la pression
sociale, problème de l'image du " travail "
qui peut traduire une angoisse de l'élève transposant
celle des parents par exemple. Une action peut être menée
en direction des familles. Il faudra souvent leur expliciter
le but des activités scolaires.
- difficulté de donner du sens à l'activité,
c'est à dire de percevoir " la saveur " de la
connaissance et " le pouvoir " qu'elle donne. Dans
certains cas des entrées moins scolaires par " le
projet " peuvent motiver les élèves. Le cas
est donné avec le recours à la classe de découverte
où des élèves qui écrivent peu vont
se lancer dans l'écriture.
La littérature de jeunesse où l'on va donner
collectivement des " clés " de compréhension,
découvrir les " secrets " de la construction
du texte est également une très bonne entrée.
Il y a pour ces élèves
grand intérêt à veiller à la diversification
des activités, à bien servir les différents
domaines et disciplines de l'emploi du temps. Pour ces élèves,
le menu de la journée affiché dans la classe et
que l'on suit avec ses différents rendez-vous sont autant
de moteurs possibles pour se mobiliser de nouveau.
- difficulté d'ordre méthodologique
: confusion entre forme et fond, maîtrise insuffisante
des outils
Il faut travailler l'autonomie, pour
certains élèves scinder les tâches, donner
d'une part du temps mais aussi limiter certaines activités
dans le temps quitte à accepter que tout ne soit pas fait
immédiatement si la notion semble comprise.
- Il faut aussi
travailler la place de l'erreur. L'enfant qui n'accepte pas de faire a souvent
peur de se tromper. L'erreur doit être distinguée
de la faute et vue comme le témoin d'un savoir en construction.
L'essai doit être valorisé. On barre, on
refait mais on n'efface pas ou l'on ne dissimule pas par du "
blanc ". On peut même avec l'élève examiner
les erreurs pour dire ou faire dire pourquoi on s'est trompé.
- La copie doit être
valorisée (éviter d'entretenir la confusion
avec la punition) et d'une manière générale
préparer très tôt les élèves
à écrire, copier, se relire
La photocopie
doit être vue comme un outil, un support de réflexion
et non pas un substitut de la trace écrite. Elle permet
d'encadrer, souligner, mettre en couleur, extraire de l'information
mais elle ne doit pas constituer une collection par trop fragmentée
du savoir (éclatement de la perception des liens). Le
cahier de classe aide à donner le fil rouge de l'activité
de l'élève.
- Les cahiers de classe ne doivent pas être trop épais
surtout dans les petites classes et en début d'année
: commencer un nouveau cahier c'est la chance de faire mieux.
- Dans certains cas, une pédagogie du " contrat "
peut permettre de se donner des objectifs ponctuels.
- Les consignes formelles doivent être élaborées
par la classe : on choisit la formalisation des présentations,
la couleur de l'encadrement de l'adjectif
on replace à
leur juste valeur ces aspects formels.
- On distingue avec les élèves les exercices fabriqués
pour le travail scolaire (le problème à partir
d'une vraie fausse facture du manuel), d'un vrai problème
à résoudre dans le cadre des achats de la coopérative
de la classe. Il faut noter que lorsque le problème est
du " vrai - réel " des élèves
pourtant en échec en mathématiques réussissent
mieux. Voir à cet égard les propositions de la
pédagogie Freinet (classes coopératives avec responsabilités
" réelles " exercées par les élèves.)
Chaque document étudié ou présenté
est situé : qui l'a produit ? pour quoi faire ? qu'allons-nous
faire ? comment ? Cela se fait aussi bien avec le schéma
du corps humain présenté en sciences qu'avec la
fiche de renseignements administratifs donnés par la directrice.
-
Hétérogénéité
du point de vue du comportement (attention, acceptation de la
contrainte) :
On note souvent avec inquiétude que l'on voit proposer
à l'examen de la CCPE le cas d'élèves dont
le comportement semble poser problème aux enseignants.
Si des contraintes d'ordre social, la civilisation du "
pitonage " (ou du zapping) tendent à diminuer la
valorisation de l'effort et la possibilité de se concentrer
longuement sur une tache, il n'est bien entendu pas acceptable
d'exclure des élèves du seul fait du comportement.
Les réponses sont à trouver :
- en équipe : gestion des déplacements dans
l'école, des intervenants extérieurs, représentations
du travail
- du point de vue de la gestion du temps et de la classe :
permettre à chacun de s'exprimer, d'écrire, de
produire, de chercher
donner à faire et donner
des activités motivantes y compris par la difficulté.
Si l'élève se voit proposer des activités
trop difficiles il se démobilise, mais s'il comprend que
les situations problèmes proposées ont une solution
et que la connaissance de cette solution lui apportera un pouvoir
supplémentaire par rapport par exemple à des camarades
qui n'ont pas vécu l'activité, il sera possible
de le voir s'engager plus activement.
- Du point de l'évaluation : l'autoévaluation
qui permet de rendre compte des diverses compétences en
jeu " je sais
" " je dois améliorer
" permet tout à la fois de nommer les réussites
et d'envisager des activités par exemple sous forme de
plan de travail individuel pour améliorer ses performances.
- Par exemple : un travail en dictée permettra d'isoler
des compétences qui seront travaillées en atelier,
donneront lieu à une évaluation ponctuelle permettant
à l'élève de progresser dans ce qui lui
avait posé des difficultés et qu'il a identifié
comme telles.
- Un travail sur la consigne peut être réalisé
: trop souvent elle est orale (parole du maître) avec le
cas échéant des explicitations qui éludent
toute difficulté intellectuelle.
- Une bonne consigne est une consigne engendrée par
la situation proposée et que les élèves
vont pouvoir formuler eux-mêmes à partir de leurs
observations.
- Chaque journée de travail
à l'école doit permettre à l'enfant de reconnaître
un " temps fort " dont il pourra parler le soir
à la maison.
- La prise en compte des compétences individuelles
et personnelles de l'enfant peut aider à se donner des
réussites pour l'école. Par exemple reconnaître
la langue vernaculaire du petit africain comme un savoir digne
d'intérêt c'est l'aider à mieux accepter
de découvrir l'apprentissage du français dans son
contexte.
A suivre
Vos questions
Vos
propositions ! |