gérer et préparer
la classe primaire
élémentaire
&
maternelle
de l'erreur à l'essai

problème posé: comment passer de la faute à l'erreur, de l'erreur à l'essai ?

Ma très grande faute !
Nous avons souvent dans Prepaclasse, souligné combien le mot de " faute " nous semblait inadéquat à l'école.
Il reste dans notre société associé à une connotation morale.

Il souligne un échec qui peut conduire à une élimination après une évaluation sommative.
Dans le meilleur des cas, la faute appelle à une " correction ".
La correction, c'est souvent la reprise a posteriori, plus ou moins compréhensive, appuyée sur un modèle… La difficulté est que " la faute " et sa " correction " restent traitées pour elles mêmes, de manière isolée et le plus souvent ne favorisent ni attitude réflexive, ni transposition.
La faute et le risque qu'elle induit ne permet guère une appropriation et une liberté de l'élève face à sa production. L'exemple connu est celui de la production écrite, où obnubilé par la crainte de commettre une faute, l'élève produit un écrit standardisé, minimaliste… Pour éviter la faute, le mieux alors est de ne rien faire…
Attitude souvent choisie par les élèves en langues vivantes, qui préfèrent se taire plutôt que de se tromper publiquement.

La faute insidieusement favorise une représentation figée du savoir où l'idée d'une réponse unique dominerait.

Docteur !
Comprenant que ça coinçait, l'enseignant vigilant a voulu apporter " remède ". La remédiation, médecine appliquée à seulement quelques patients, possède plusieurs défauts :
- elle est appliquée souvent sur " des patient
s " dont on savait avant le travail qu'ils n'allaient pas le réussir. On se demande bien pourquoi on attend alors la mise en échec.
- elle ne présente pas toujours un projet clair d'activité : combien d'enfants comprennent clairement pourquoi ils sont en groupe de besoin ou pire encore soustraits à la classe pour des activités de soutien (y compris spécialisées) ?
- elle semble sous entendre que pour certains (les autres) " c'est suffisant ", que leur réussite n'appelle plus de regard particulier. Aucune connaissance n'est jamais définitive… "et si je veux que l'on s'intéresse à moi faut-il alors que je me mette en échec ? "

La remédiation s'inscrit souvent dans une représentation négative de l'hétérogénéité.

"Je suis obligé de différencier dans cette classe où les niveaux sont disparates."
Des enseignants prétendent que leurs classes sont plus hétérogènes qu'auparavant alors que ce sont seulement les manifestations de cette hétérogénéité qui se font plus fortes… Ni défaut, ni qualité, l'hétérogénéité est un fait. Nous sommes différents par nos approches, nos vécus, nos représentations, parce que nous avons pu développer certaines capacités. La difficulté pour l'école, c'est que seules certaines de ces capacités sont sollicitées et valorisées. Cela ne veut bien évidemment pas dire qu'il faudrait se contenter de constater ces différences et laisser croire que chacun serait enfermé dans "des aptitudes" ou une origine sociale, culturelle...

 Exercice du maître :
écrire la liste de nos élèves dans l'ordre où ils nous viennent. Savoir nommer sincèrement pour chaque élève une compétence, un "savoir faire" particulier qui sans l'enfermer dans une représentation constitue déjà un premier point d'appui. En un mot, essayer de mieux analyser ce que nous " projetons " implicitement ou explicitement sur l'enfant, ses capacités…

Le point à faire :
face aux compétences à atteindre suis je persuadé en tant qu'enseignant que tous mes élèves peuvent les atteindre ? Suis je capable d'imaginer plusieurs chemins (varier les démarches, les approches) ?
Est-ce que je peux commencer à travailler en équipe pour mieux réfléchir aux difficultés rencontrées par certains ?
Le contexte institutionnel me donne des pistes, dont celles du travail par cycle : tout en me montrant capable d'agir y compris en amont, puis-je avec mes collègues, l'enfant et les parents agir en pensant le parcours de l'élève dans le temps ?

 

La confession publique et l'aveu de la note

Dès la maternelle, on observe une activité collective, lors des regroupements de bilan, qui consiste à déterminer si une production est conforme à la consigne et à l'éliminer le cas échéant.
Certes, il est pertinent de savoir reconnaître une réussite et de la situer par rapport à un " projet attendu "…
Mais dans l'esprit de l'enfant, surtout très jeune, il ne suffit pas de " comprendre " pour réussir, il faut aussi que tout un ensemble de facteurs soient réunis : que le projet de l'enseignant et celui de l'enfant soient le plus proche possible, que le développement psychologique et moteur de l'enfant lui permette de réussir, que l'élève se soit rendu disponible et soit resté mobilisé tout au long de la réalisation. L'enfant de maternelle ne sait pas non plus toujours déterminer le moment où " c'est terminé "…
Si nombre de nos activités nous conduisent à produire de " la norme " qui impose une validation de la "conformité "… si demander la construction d'un carré à partir d'un patron ou d'une mesure doit aboutir à la production standardisée du même carré pour tous…nous percevons bien que c'est dans le"comment tu as fait ? " que l'enseignant parviendra à la réussite de tous.
En maternelle comme en élémentaire, il est intéressant de
savoir nommer les réussites et d'apprendre à décrypter les cheminements.
L'évaluation c'est alors savoir reconnaître au fil des réussites individuelles ce que l'enfant sait faire dans un contexte donné.
L'éclairage institutionnel (comme les évaluations nationales) ne doit pas venir favoriser une orientation ou un étiquetage prématuré, mais il doit nous donner des outils pour nous alerter ou affiner notre regard si besoin.
La culture de la note, qui semble une objectivation de la performance permettant la comparaison… est un leurre dont il faudra bien avoir le courage de se débarrasser. D'autres pays l'ont fait et ne notent pas les jeunes élèves. Leurs performances sont souvent meilleures que les nôtres.
Rien n'oblige un enseignant à mettre des notes chiffrées ou en lettres. En revanche, il doit évaluer ses élèves et permettre d'identifier ses réussites et le cas échéant ses lacunes.
L'analyse d'erreurs

En 2002 nous avions travaillé sur l'analyse d'erreurs en mathématiques
L'analyse des erreurs peut aider le maître à mieux comprendre le chemin des élèves, y compris lorsqu'ils donnent un résultat " erroné " pour une opération.
Nous citons souvent l'exemple suivant en orthographe : un élève a écrit " ils chantes " et un autre " ils chante "… si tous les deux ont commis une erreur, l'un s'est " moins trompé " que l'autre et c'est simplement sa représentation du problème qui doit être améliorée… même si le deuxième élève était peut-être simplement " distrait "…

Les représentations des apprenants

Dans " l'enseignement scientifique, comment faire pour que ça marche " (DELAGRAVE), Gérard de Vecchi et André Giordan nous donnent d'excellentes pistes où ils nous rappellent l'importance de travailler sur les représentations des apprenants (et les nôtres) .
Nos conceptions (élèves et maîtres) peuvent parfois faire obstacle. C'est le cas en sciences ou par exemple en grammaire…
Mais même " fausse " une conception erronée possède souvent sa propre logique qu'il nous faut savoir apprendre à interpréter.

Interpréter

Ce souci de l'interprétation est souligné par Mireille Brigaudiot dans " Première maîtrise de l'écrit " [Hachette Éducation] (lecture que nous vous recommandons fortement) où elle nous montre l'intérêt de savoir adopter une attitude positive face à la proposition de l'enfant où toute réponse est encouragée. Le maître témoigne face à la classe " qu'il comprend la logique de l'enfant " et si besoin " l'explicite à la place de son auteur ".
C'est également Mireille Brigaudiot qui indique préférer le " droit à l'essai " plutôt que " le droit à l'erreur".
M. Brigaudiot cite également E. Ferreiro qui souligne l'intérêt pour le maître de
savoir donner la parole aux enfants et de savoir les écouter.
Giordan invite aussi de son côté les maîtres à
mesurer dans une séance la part de parole accordée aux élèves par le maître. Cette " mise en mots " du travail permet une activité " métacognitive ".

L'essai parle

Essayer c'est oser.
Pour le petit enfant de la maternelle cela commence par la confrontation à une situation : un matériau, une couleur, des objets… En E.P.S des grands cartons, ou dans la classe des marottes… Premières tentatives (le jeu souvent est bon support ) qui se développeront grâce aux échanges, aux interactions, la mises en mots, l'imitation, la reproduction (monter dans les cartons, se pousser), la réalisation de projets ( faire un petit train, l'organiser…).
Essayer c'est avoir à résoudre un problème et chercher à s'ajuster face à un projet ou "produit" attendu.
Ce problème doit être clair pour le maître avant de l'être pour les élèves.

 Certaines conceptions ne permettent pas de dégager une situation problème.
Par exemple, nombre de manuels proposent des leçons sur le thème x ou y ? c'est le cas des leçons sur " ou " ou " où " ? ou " et " ou " est " ?
Le vrai problème n'est pas d'hésiter entre l'un ou l'autre… mais de savoir reconnaître pourquoi on utilise l'une ou l'autre de ces " graphies ".
Le savoir n'est pas un jeu de dés où j'aurais la chance " une fois sur deux " de m'en sortir…
Ce n'est pas non plus recourir à un " truc " (je peux dire " ou bien " ) qui ne m'explique rien du tout… En revanche, l'observation de la langue, la construction de phrases par analogies, l'explicitation seront plus utiles…
Si un élève annonce qu'il sait que " ça s'écrit - ou - parce qu'il peut le remplacer par - ou bien - " , on peut l'interroger pour aller chercher plus loin … " Voici un texte avec de nombreux " ou "… Et si je n'avais plus le droit d'employer ce mot là (ni " ou bien ") comment ferais-je ?".

Le cahier d'essais ou les essais dans le cahier

Notre souci légitime de parvenir à de beaux produits finis et donc de " beaux cahiers " pose problème.
On a souvent des cahiers de classe qui " ne parlent pas " et à côté des cahiers de brouillon illisibles…
L'effaceur, le blanc et parfois le crayon à papier et la gomme sont les ennemis de l'essai… Le traitement de texte informatique l'est aussi souvent…

Pourquoi ne pas réserver dans le cahier de classe un espace réservé aux essais ou à la recherche ?
Cet espace autoriserait en particulier le recours à la représentation.

Pourquoi ne pas abandonner le cahier de brouillon au profit d'un cahier personnel ?

Pourquoi le cahier de classe n'apporterait-il pas des explicitations : j'ai essayé de résoudre le problème de maths en comptant sur mes doigts.

Pourquoi ne nous pourrions nous pas nous appuyer davantage sur les questions formulées par les élèves ? (un affichage dans la classe des questions oriente le travail…).

Et le maître, s'il essaye à son tour les exercices proposés aux élèves, ça donne quoi ?
Quel texte a-t-il inventé lui ? Comment pose-t-il ses opérations ? En gym… comment saute-t-il le fil rouge ? (et les élèves comme les maîtres auraient des surprises, et les gamins découvriraient étonnés que si la maîtresse a su écrire une poésie, elle n'est pas très douée au saut en hauteur)

Et les élèves, découvriraient que le maître attentif à leurs propositions, valorise leur cheminement intellectuel…

Un jour, accompagnés d'une spécialiste des sciences, des élèves de ZEP observant des canards pensent qu'ils ont devant eux deux espèces différentes.
La spécialiste leur apprend alors, " qu'on pourrait le croire effectivement "... mais que ce faisant ils commettent la même erreur qu'un savant du 19ème siècle qui n'avait pas vu qu'il s'agissait en fait du mâle et de la femelle d'une même espèce… alors comment vérifier qui est qui ?
Et voici les élèves drôlement motivés parce que finalement un savant s'est un jour posé les mêmes questions qu'eux…
 

Ainsi, chaque certitude demande à être vérifiée…

Mais nos essais nous conduisent à une représentation du savoir qui plus qu'un fonctionnement par accumulation ou empilement, s'organise par la mise en relation.

Parce que j'ai su identifier et résoudre un problème, je vais reconnaître dans un autre problème ce qu'il a de commun avec le premier…
J'ai lu un texte, et je reconnais dans tel personnage des points communs avec celui d'un autre album…
Faire des essais, c'est reconnaître aussi ce qui est
" pareil ".

C'est encore, par l'expérience et la construction progressive, apprendre à mettre en mots les connaissances avec un niveau de formulation qui évoluera au fur et à mesure du parcours de l'élève…

D'où l'intérêt de la conservation des essais antérieurs : le cahier d'observations en sciences possède cet intérêt là (comparer ma représentation du corps à différents âges…)…

La trace (le schéma, la photo numérique) sont aussi de bons témoins du parcours…

Pédagogie de l'essai
C'est une pédagogie où le scénario de la séquence reste ouvert aux possibles. Où les objectifs sont définis mais où le cheminement n'est pas forcément clos sur lui même.

Je n'ai pas réponse à tout, je ne parviendrai pas à interpréter chaque point de vue, mais je suis en attente de tous.
Je valorise chaque production comme le produit d'une logique individuelle qui mérite d'être écoutée, valorisée. Je sais peut-être déjà que tu te trompes en annonçant un résultat faux, mais ce qui m'intéresse c'est de voir comment tu as construit ton chemin.
 Dans la soustraction, tu as confondu la retenue " du bas " avec une " dizaine de plus " , c'est normal, le chiffre a été écrit à gauche… alors comment faire pour éviter cette erreur là ? (l'écrire dessous, l'enfant pourra le proposer si on a mis du sens dans le travail, si on s'est référé aux colonnes du tableau de numération)… si on a cherché une approche en situation problème plutôt que la répétition d'une technique...


Il y a une logique à comprendre. Les tentatives de l'enfant sont rarement le fruit du hasard et les erreurs rarement le seul fruit de la " distraction " ou du " manque de concentration "… L'enfant n'a pas forcément manqué de concentration, il a été absorbé par autre chose… Il faudra trouver quoi et pourquoi… analyser les variables didactiques en jeu…

Enfin, si la pédagogie de l'essai nous invite à donner à chacun sa pleine place, elle se fonde avant tout sur la valorisation des interactions et de la coopération.

 

et vous ?
dites-nous comment prenez-vous en compte les essais de vos élèves ?

vos réactions et contributions prepaclasse@aol.com 

droits réservés vincent breton paris pour prepaclasse.net décembre 2004