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Quelques
réflexions...
Les maîtres de ce2 (première année du cycle
des approfondissements) sont confrontés chaque année
à ce que certains pourraient voir comme une "tradition
contraignante" qui se traduit dans leur classe par la passation
des évaluations nationales, selon des consignes strictes,
avec un calendrier et une organisation définies puis,
encore plus contraignante, par la correction suivie de la fastidieuse
saisie des codes qui aboutiront à la production d'une
batterie de résultats dont les maîtres ne savent
pas toujours quoi faire exactement.
On sait que
l'évaluation et ses représentations évoluent.
Évaluer ne doit pas prendre le pas sur les contenus à
enseigner : il faut se garder des pratiques où l'on ne
cesse de tester ou de produire du discours sans s'intéresser
à ce que doit être la véritable vocation
de l'évaluation, faire progresser les élèves,
tous les élèves.
L'évaluation, c'est l'exercice
de la responsabilité professionnelle de chaque maître
mais c'est au delà de réalités qui incombent
au contexte dans lequel vit chaque élève, le
reflet des choix pédagogiques.
Nous avons
encore des difficultés semble-t-il à travailler
à partir des résultats des élèves, à oser parler
des résultats (y compris en nommant les réussites).
L'évaluation
devrait permettre de dégager les acquis, c'est à dire de mesurer le
parcours d'un élève ou d'un groupe d'élèves
sur un temps donné. On devrait ainsi, progressivement,
pouvoir privilégier des prises de décisions au
sein des équipes d'enseignants fondées sur l'examen
des résultats rapportés aux objectifs.
L'évaluation
CE2 doit pouvoir être un outil pour les maîtres,
pour les élèves et leurs familles et un outil pour
l'institution puisque les programmes restent nationaux et la
définition du socle des connaissances est un choix "
politique " au sens noble du terme.
L'évaluation
nationale nous engage dans plusieurs directions à des
niveaux divers :
Regarder les résultats
- pour le
conseil des maîtres de cycle 2
o des indicateurs à traiter en amont
- pour le conseil des maîtres de cycle 3 à
l'entrée au cycle 3, se donner un projet d'accompagnement
des élèves tout au long du cycle jusqu'au collège
(lien avec le collège à développer).
A cet égard
deux entrées sont intéressantes :
- observer la dispersion des écarts des résultats
entre élèves pour construire un profil de classe
- s'engager vers un suivi de " cohorte " (c'est
à dire oser envisager de mesurer les progrès régulièrement,
y compris avant l'évaluation à l'entrée
en sixième), non pas pour céder à "
l'évaluationite " mais pour mesurer les effets des
pratiques et agir dès que possible.
- Pour l'école
: travailler
à ce que l'évaluation nourrisse le projet d'école (adaptations locales
nécessaires pour servir les programmes), notamment en
se penchant sur la programmation des activités et en s'appuyant
sur le croisement entre les compétences à servir,
les activités menées, les projets ou dispositifs
particuliers (mesurer l'effet d'une action).
L'observation
des résultats des élèves à l'échelon
national, nous montre une dispersion géographique de ceux-ci.
De fait, au delà de réalités sociales, parfois
avec des diversités très localisées, on
observe peu ou prou la
production implicite d'une " norme locale ", c'est à dire
d'une " moyenne " de résultats qui crée
un habitus en particulier en termes de niveau d'exigence.
Cela présente le handicap soit de baisser le niveau d'exigence
et de renoncer à demander plus à un groupe d'élèves
qui pourraient faire mieux, soit au contraire de singulariser
l'élève " moins performant " du groupe
en particulier lorsque ce dernier obtient des résultats
" supérieurs à la moyenne ".
" La moyenne
" nous
devons d'ailleurs être particulièrement attentifs
à ne pas nous laisser leurrer par cette idée de
moyenne. S'il est bon de savoir que pour un élève
de tel âge, ayant eu tel parcours, un ensemble de compétences
sont attendues (il serait inquiétant qu'elles ne soient
pas acquises ou en cours d'acquisition) ; il ne faudrait pas
se satisfaire simplement du fait que les élèves
se trouveraient dans la moyenne.
On voit parfois des équipes de maîtres prêter
une moindre attention aux évaluations nationales parce
que "globalement les résultats sont satisfaisants
"
L'élève
" moyen " est-il toujours l'objet de toutes les attentions
qu'il mériterait ?
Il est très
utile de pouvoir aller regarder les résultats d'autres
écoles, de la circonscription, de l'échantillon
national, des autres années, non pas dans l'idée
d'une compétition stupide mais pour situer le groupe de
ses élèves.
C'est aussi
l'occasion d'interroger l'évaluation, sa difficulté
etc.
Savoir nommer les
réussites :
La tradition de la notation française et une certaine
culture française ont fait que les maîtres qui savent
pourtant faire progresser les élèves communiquent
plus sur les manques que les réussites.
Ce faisant, ils ne font pas bénéficier toujours
à leurs élèves d'une dynamique de la réussite
(effet Pygmalion). Il y a là perte d'énergie.
Le suivi
individuel
Si évaluer c'est collecter des indicateurs pour l'école,
le conseil des maîtres
c'est aussi en particulier
avec ce moment de l'évaluation ce2, la possibilité
de faire
le point sur le profil de l'élève en affinant les représentations
que l'équipe peut avoir. J'ADE permet d'éditer
de nombreux tableaux et graphiques. Il ne faut pas tout sortir,
mais selon les champs, on pourra aller regarder de plus près
tel ou tel aspect
A cet égard,
la pratique des entretiens d'explicitation peut venir utilement
compléter l'évaluation. Faire expliquer à l'élève
pourquoi il a répondu de telle manière à
telle ou telle consigne est riche d'enseignements pour le maître
comme pour l'élève.
L'erreur n'est
pas de l'échec brut, elle s'explique, elle témoigne
d'une représentation mentale de l'élève,
elle est souvent " logique ", elle permet de mieux
comprendre ce qui a fait obstacle. C'est d'ailleurs là
pour le maître un moment particulièrement enrichissant
de sa pratique : élucider ce qui a fait obstacle, jouer
sur les variables didactiques pour résoudre la difficulté.
Le projet individuel
Le but à atteindre s'incarne dans les compétences
des programmes. Ce but n'est pas clos sur lui même.
L'évaluation ce2 doit permettre de nommer les réussites,
d'aider l'élève à renforcer " l'estime
de soi " en apprenant à regarder sa production de
manière dédramatisée parce qu'on saura se
donner le projet d'avancer dans tel ou tel domaine en se situant
dans la perspective du cycle.
C'est également le moment de communiquer en direction
des familles pour cesser de " parler sur " l'enfant
mais de parler plutôt de ses réussites, de ce qu'il
sait faire, de ce qu'il a fait
Le PPAP hier, le PPRE demain doivent permettre
de contractualiser
le projet
en particulier pour l'élève en difficulté
mais il semble important de définir même simplement,
un projet pour chaque élève.
Ce projet peut globalement se décliner ainsi :
- À partir de ce que l'élève sait faire
définir sur quoi il va s'appuyer pour renforcer l'ensemble
de ses compétences
- En repérant l'axe essentiel ou le champ de compétences
prioritaire qui devra être travaillé jusqu'à
la prochaine " mesure ".
L'idée
est un peu de procéder par " effet boule de neige
", une première réussite en appelant une autre.
REPONDRE AUX DIFFICULTES
:
C'est cibler
les actions en privilégiant un objectif (un champ
de compétences) à travailler pendant une période
donnée (l'échéancier de trois à quatre
semaines à raison de quatre séances par semaine
sur la difficulté est souvent préconisé,
certains travaillent par périodes de cinq à six
semaines suivies d'une semaine pour faire le point, nommer les
réussites et relancer
)
C'est prévoir
de mesurer les effets d'une action à court terme, à
moyen terme (évaluation intermédiaires en cm1),
en sixième
C'est aider
en amont :
- en anticipant
auprès des futures cohortes sur des champs de compétences
qui ont paru " défaillants " (on n'a pas
assez fait de
)
- en veillant à ce que focaliser sur un objectif ne
fasse pas en négliger un autre [Il y avait des manques
en géométrie dans une école parce qu'elle
était insuffisamment pratiquée, le fait "
d'avoir mis le paquet " sur la géométrie a
nui à d'autres apprentissages qui ont été
l'objet d'une attention moindre
]
- en aidant au fil de l'année la cohorte évaluée
dans des pratiques différenciées qui n'interviennent
pas uniquement a posteriori mais envisagent d'aider les élèves
dès le début de la séance.
o Par exemple : pour des élèves fragiles devant
décrypter un texte, on donnera des indices, des aides
; tandis que les plus compétents travailleront en autonomie.
Toute la classe travaillera sur le même objet, échangera
ensuite (interactions) et conclura collectivement. Peu à
peu les élèves en difficulté, observant
leurs camarades et conservant ou s'appropriant le sens du projet
(projet de lire par exemple
) vont pouvoir se libérer
des béquilles proposées
L'intervention en
" groupe de besoin " est alors très limitée
et n'isole pas du reste de la classe.
- En élaborant avec l'élève un plan de
travail ciblant une ou deux compétences qui pourront être
traitées de manière individualisée.
- En proposant des ateliers hétérogènes
favorisant les interactions.
- En proposant des ateliers homogènes limités
dans le temps par exemple de cinq élèves travaillant
avec le maître de manière rapprochée
Cela implique
la recherche de fonctionnements qui pourront s'inspirer d'organisations
telles que la maternelle pratique depuis longtemps (ateliers
autonomes satellites tournants et unité pédagogique
avec l'enseignant) ou des décloisonnements, des interventions
d'un autre maître dans la classe - y compris du maître
du réseau d'aide-
C'est analyser les
erreurs :
En se penchant
avec les autres maîtres sur ce qui a coincé et en décryptant
les obstacles.
En travaillant
avec les élèves d'une part dans des entretiens
d'explicitations individuels mais aussi dans des activités
collectives. Il est tout à fait possible de revenir avec
le groupe des élèves pour expliciter ensemble les
stratégies.
Ce travail
méta- cognitif peut s'intégrer aux démarches
de la classe.
Les élèves sont capables d'aller assez loin dans
la justification de leurs choix.
Par ailleurs
ils sauront souvent expliciter leurs erreurs :
" J'ai fait le dessin parce qu'il y avait un rectangle
pour dessiner mais j'avais compris le résultat du problème
dans ma tête
J'ai mis 23 au lieu de 3 parce que 3
ça me semblait être une réponse trop facile
J'ai pensé à mettre le s mais alors j'ai oublié
les majuscules
etc. "
Revenir
avec la classe sur certains exercices de l'évaluation
peut contribuer aussi à donner du sens à l'activité,
ce qu'il fallait faire et pourquoi on le faisait.
Face aux difficultés,
rechercher une diversification des réponses :
- si une notion n'est pas passée, il n'est pas forcément
utile de la reprendre de la même façon
o certaines équipes n'osant pas encore interroger les
démarches, vont pour le soutien faire appel à
un autre maître
(impact de l'effet maître),
il peut être intéressant d'aller plus loin en cherchant
les différentes entrées possibles pour aller vers
la compétence visée. Tout ce qui pourra concourir
à donner du sens à l'activité sera utile
(penser à la polyvalence, aux projets transversaux
aux diverses représentations mentales des élèves).
o simplifier,
étayer peut-être utile à la condition de
valoriser et de s'adresser toujours à l'intelligence de
l'élève et de ne pas s'enfermer dans une simplification
abusive
Pour
qu'un élève réussisse il faut croire en
ses progrès, le voir comme une personne en progrès
(principe
d'éducabilité de tous). Cela s'adresse également
à l'enfant ayant une situation particulière qui
fait apparaître un besoin particulier (cas des élèves
en situation de handicap en particulier intellectuel pour lesquels
nous devons aussi avoir une ambition adaptée mais haute).
Pour résumer,
l'évaluation au ce2 n'est qu'un des aspects de l'évaluation,
mais ce peut-être le bon moment pour les maîtres
(tous les maîtres de l'école), les élèves
et les familles de parler du travail scolaire, des résultats,
des objectifs à se donner non pas dans une vision émiettée
des compétences à atteindre mais en reliant le
projet des élèves (et les attentes des familles),
celui des maîtres, les exigences des programmes
C'est
se positionner du côté du sens (ce que veut
dire un exercice pour un élève, ce qu'il pense
qu'on attend de lui) et de l'évolution de ses représentations
C'est dans les échanges entre maîtres faire parfois
évoluer les représentations de ceux-ci vis à
vis de telle ou telle compétence, c'est les faire échanger,
rechercher, agir en professionnels face à un problème
pour trouver des solutions dans une dynamique positive (chacun
de nos élèves peut et doit progresser).
Nous sommes
loin d'une évaluation normative et figée. Il s'agit
de considérer l'élève tel qu'il est. Une
personne pensante qui s'élève.
À suivre
!
quelques liens
fiche de 2002 sur Prepaclasse
http://www.prepaclasse.net/fichiers/profil.html
l'évaluation http://www.prepaclasse.net/evaluation.html
les classes de cycle http://www.prepaclasse.net/fichiers/cycles.html
la differenciation http://www.prepaclasse.net/fichiers/differenciation.html
l'aide à l'élève en difficultés http://www.prepaclasse.net/fichiers/aide.html
le site de l'inspection de Tain l'Hermitage avec en particulier
les compétences attendues, les cahiers d'évaluation
des documents pour le ppre http://www.ac-grenoble.fr/ien.tain/download/cat.php?idcat=19
une sélection de liens http://webpublic2.ac-dijon.fr/ia/yonne/tice89/Les_Textes_/CASIMIR/body_casimir.html
et
vous ?
comment vivez-vous cette évaluation des élèves
?
vos réactions et contributions
prepaclasse@aol.com |