Module Littérature de Jeunesse.
Lundi 2 décembre 96.
Utilisation d'un même ouvrage dans différents niveaux de classe:
Plusieurs " entrées " sont possibles.
Travailler un album de la petite section au CM en affinant progressivement l'analyse de la structure du récit, du vocabulaire, des personnages et des enjeux. C'est par exemple avec les plus grands décoder les allusions du texte, ce qui relève du second degré, ou reconnaître les références culturelles, les citations etc... qui échappent aux plus jeunes.
Les plus grands aiment découvrir ou redécouvrir dans un texte une richesse qu'ils ne soupçonnaient pas au premier degré. La lecture d'album peut favoriser cette prise de conscience qu'il existe plusieurs niveaux de lecture d'un même texte, prise de conscience qu'il n'est pas toujours aisé de mener à bien lors de lectures de romans complexes où il faut parfois travailler d'abord la compréhension du récit ou la pratique d'une lecture longue.
C'est permettre aux C.E. ou à des C.M. qui ne parviennent pas encore à des lectures longues de valoriser et favoriser la lecture de ces textes courts. Il est important pour un moyen ou " mauvais " lecteur de parvenir à la lecture achevée d'un livre. Ce sont des victoires capitales.
Les albums peuvent constituer des étapes progressives vers la lecture de textes plus longs, ils sont une alternative à la lecture de la bande dessinée qui relève de règles spécifiques et joue beaucoup sur les séries (mais n'oublions pas qu'il y a aussi une richesse propre à la B.D. et que l'on peut y faire des lectures à divers degrés, ne serait-ce qu'avec Astérix et ses jeux de mots qui s'adressent d'abord aux lecteurs chevronnés ou disposant d'un certain référentiel)..
Rappelons la particularité de la littérature de jeunesse qui est écrite par des adultes pour des jeunes mais qui de façon souvent implicite par ses références culturelles ou sociologiques s'adresse également aux adultes, en particulier les médiateurs que sont les parents et les enseignants. (Cf. la réglementation très stricte concernant la littérature destinée à la jeunesse qui intègre des règles " morales " montrant bien par là que cette littérature est l'objet de débats idéologiques.)
Les thématiques que nous dégageons comme le droit à la différence (Le nez de Véronique / Pussey & Boujon); la question de l'émancipation ou de l'autonomie des jeunes ( Une nuit, un chat... d'Yvan Pommaux) ou encore le problème de la protection des enfants (Jean Loup d'Antoon Krings) n'apparaissent pas en tant que telles pour les plus jeunes même si elles peuvent susciter des débats ou des réflexions enfantines. L'histoire prime. Mais sous l'histoire il y a autre chose...
On peut considérer que certains albums sont porteurs d'une certaine critique sociale, d'une certaine idéologie (comprise au sens large) et il peut-être pertinent de montrer aux enfants que derrière le récit l'auteur prend position.
Cela pourra inciter l'enfant par la suite à émettre un jugement et le cas échéant exprimer son sens critique.
Certains collègues croient qu'il y aurait " infantilisation " à travailler avec des grands CM la lecture de contes ou d'albums. Mais les grands peuvent d'abord tirer un vrai plaisir de ces lectures et de plus prendre du recul.
( Un exemple classique est celui de l'analyse comparée de différentes écritures d'un même conte, voire de ses adaptations ou parodies...). C'est probablement également le moment d'aider les enfants à situer les albums dans le contexte de la production éditoriale et commerciale: les albums issus du dessin animé télévisé ou pour le cinéma; les albums " séries " où aucune vraie narration n'existe et que l'on peut réécrire à l'infini (on peut faire analyser facilement la construction, la syntaxe, l'usage des temps pour les comparer à d'autres productions)... Les enfants perçoivent assez vite les stéréotypes, ils sont étonnés également des adaptations commerciales faites des grands contes classiques et qui vont toujours vers un certain appauvrissement, une aseptisation des caractères et de la richesse du récit. La place de l'auteur est importante aussi à souligner (plus l'oeuvre est commerciale, moins l'auteur est présent... c'est l'éditeur ou la firme qui tient le projet dans un vaste stratégie commerciale). Compte tenu de l'écart énorme qui existe entre de véritables productions artistiques et une littérature de super - marché, il est important que les enfants puissent désigner les différences. On peut objectiver cette critique en travaillant sur l'organisation du texte, le vocabulaire, les personnages, les sentiments sous forme d'inventaires.
L'image:
Par ailleurs les élèves des grandes classes peuvent travailler plus loin l'image, analyser les procédés, les couleurs dans le cadre des activités d'Arts plastiques. ( On peut imaginer par exemple un travail comparatif des représentations du Loup ou des sorcières dans des différents albums). On peut faire avec les plus grands une analyse critique du message porté par l'image (critique sociale ou expression d'un conformisme...)
La production actuelle permet de découvrir un réel travail artistique et esthétique. L'album en est l'un des rares lieux accessibles aux enfants.
On trouvera très vite intérêt à des activités inter - âges (groupes hétérogènes en âges)... L'intérêt est de profiter d'un ensemble d'interactions qui vont de la reformulation pour les plus grands, à l'intégration du vocabulaire pour les plus petits. Du point de vue de l'utilisation de la littérature de jeunesse cela implique l'appel à des textes au contenu riche de sens et d'émotion. L'idéal serait que les enfants de l'élémentaire puissent s'adresser à ceux de la maternelle tout en recevant de leurs camarades du collège...
Les activités peuvent être de deux types.
Des ateliers grands/petits où les grands lisent ou écrivent pour les plus jeunes.
Des ateliers " décloisonnés ", hétérogènes où l'on peut travailler avec des enfants de différents niveaux reprenant ce qui se passe par exemple en classe unique ou en classe à double niveau. Ces ateliers ont pour avantage de rendre actifs les plus jeunes également. Ils permettent d'envisager des activités par petits groupes qui favorisent le contact avec le livre tout en se libérant de formes trop scolaires. Le livre devient objet et prétexte de rencontre.
Types d'activités possibles:
Ateliers grands / petits : sous forme de prise en charge d'un ou plusieurs enfants (type parrainage) les grands sont chargés de lire des albums aux plus petits. Ils préparent la présentation et la lecture de l'ouvrage.
Des ateliers de grands rédigent de petits livres " à la manière de " à destination des plus jeunes ( voir pourquoi et comment fabriquer un livre?)
Ateliers décloisonnés:
- présenter l'album sous forme de montage audiovisuel (conception de diapositives, enregistrement du texte et d'une illustration sonore et musicale). Les échanges sont ici très riches et permettent d'envisager des projets relativement ambitieux intégrant des plus petits.
- théâtralisation d'un album ou spectacle marionnettes ou ombres chinoises etc...
- travaux thématiques à la B.C.D.: réalisation d'une exposition sur un thème. Le recours aux plus grands permet aux petits de résoudre les problèmes d'écriture...
Ateliers " B.C.D. ": comités de sélection d'ouvrages, club de lecture... service de prêt ou présentation d'ouvrages à prêter etc...
Possibilité de monter des parcours jeux dans la B.C.D. ( type jeux de piste) ou d'imaginer des jeux à l'intérieur d'un album (jeux sur les personnages, l'image etc...).
A noter: il faut dans la constitution des groupes veiller à ce que les grands ne puissent pas systématiquement assister les plus jeunes et qu'ils soient préparés à recevoir et accepter leurs propositions. En général ils se montrent assez bienveillants en la matière.
Pour envisager un travail en ateliers décloisonnés de nombreuses solutions sont possibles: on intègre les P.V.P., on travaille avec des intervenants...
Dans la mesure du possible, il faut bien penser à intégrer une évaluation qui sera d'autant plus facile et claire si l'on a fait le choix d'un projet.
Il faut impliquer les enfants dans l'évaluation (elle commencera par le jugement des plus petits sur la qualité des lectures qui leurs sont faites...).
Le choix des ouvrages pour des ateliers multi - âges :
Il est très large. Il permet de proposer des histoires accessibles mais de vocabulaire riche. C'est le cas du " Nez de Véronique " dont le vocabulaire est parfois complexe.
Deux grands axes constituent des orientations riches:
- le conte traditionnel ou non
- les albums qui initient de manière directe ou non aux grands problèmes de la vie.Exemples du jour:
JEAN LOUP d'Antoon Krings chez Lutin Poche / École des Loisirs
Une nuit un chat. Yvan Pommaux. Idem
Le nez de Véronique. Pussey illustré par Boujon. Joie de Lire / École des Loisirs.Une autre approche à ne pas négliger est celle qui intègre un travail en relation avec des adultes: parents ou grands parents (cf. travail de certaines classes avec maisons de retraite...)
On peut enfin imaginer la lecture de textes complexes aux enfants qui permet d'accéder à des lectures d'un niveau légèrement supérieur au sien [cf. certaines pratiques privées ou à l'école de lectures de romans... et les pratiques de lectures dans les réfectoires, les entreprises (encore en cours à Cuba!), les institutions religieuses..]