lire au cp repérer les difficultés pour mieux agir

 

Analyse du document lire au cours préparatoire : repérer les difficultés pour mieux agir

 Le ministère, sur son site pédagogique Eduscol a mis en ligne le livret pour les maîtres du cours préparatoire.
Ce document s'inscrit dans le cadre du plan de lutte contre l'illettrisme.
S'il présente des objectifs spécifiques à la question de la lecture, il nous semble que pour grande part la démarche qu'il propose pourrait être transposée à différents domaines où différentes pratiques d'enseignement.
Mais que veut faire ce document ?
Son but premier est de favoriser un meilleur repérage des compétences décisives, autour desquelles doivent s'organiser les apprentissages. Il s'agit d'identifier les principaux obstacles que les élèves ont à franchir pour apprendre à lire.
Il s'agit d'aider les maîtres de cycle 2, et spécialement ceux du cours préparatoire à se saisir des indices qui traduisent les difficultés auxquelles les élèves pourraient se heurter et mettre en place des situations pédagogiques favorisant la réussite.


Ce livret est
une oeuvre d'experts mais il est soumis à l'expérience professionnelle des collègues, autrement dit il est explicitement amendable et devrait progressivement s'enrichir des différents apports et suggestions qui pourront être faits.
C'est une approche intéressante, qui se veut moins verticale que par le passé, plus ouverte aux réussites du terrain.
Ce document nous rappelle que lire c'est mettre en jeu des capacités, des savoirs, des savoir-faire. Mais tout est en interaction et il n'est pas question d'imaginer qu'il y aurait des prérequis qui fonctionneraient indépendamment des autres connaissances.


Le livret insiste également sur l'idée qu
'il revient aux maîtres du cycle d'établir une progression dans l'apprentissage de la lecture. Par ailleurs il leur faut cerner les besoins, en s'aidant du réseau d'aide. On notera avec intérêt qu'il peut être envisagé des interventions partagées du réseau dans les classes.
Il s'agit toutefois de bien identifier en distinguant les élèves souffrant de troubles spécifiques par exemple de type sensoriel ou moteur ; des élèves qui sont en difficulté. C'est le cas des élèves lents qui ne maîtrisent pas les acquisitions de l'école maternelle.
Il s'agira de les aider à franchir pas à pas les difficultés le livret donnant des indications pédagogiques et méthodologiques.
On note également le souci d'associer les parents à la démarche.
Un chapitre intéressant est consacré à la prévention des difficultés. Il s'agit de s'intéresser à l'activité intellectuelle des élèves.


Le constat d'une difficulté ne suffit pas. Il faut en analyser les causes, en un mot être capable d'identifier les différentes compétences ou variables qui jouent et consolider si besoin ses compétences pour aider l'élève à progresser.
Mais il convient de bien veiller au repérage des acquis qui sont des leviers de motivation.
Le livret insiste sur l'idée d'observation individuelle des élèves lors des tâches pour bien comprendre les procédures qui sont les leurs pour apprendre à venir. C'est à partir de ces observations qu'il conviendra d'organiser des temps d'apprentissage dédié à la maîtrise de compétences fines.
Il s'agit bien de prendre en compte les différences dans la conduite de la classe :
-- ne pas maintenir un enseignement totalement identique pour tous
-- ne pas attendre passivement un effet de maturation ou enfermer les élèves dans des activités qui seraient finalement trop faciles pour eux, autrement dit baisser les exigences pour les élèves les plus faibles.


Il s'agit bien de viser les mêmes objectifs pour tous mais simplement de veiller à ajuster les stratégies.

Une idée très pertinente est rappelée dans ce livret :
intervenir avant les temps collectifs. Autrement dit ne pas se placer dans la seule idée de remèdiation. On invite fortement les enseignants à prévoir une phase préalable pour les seuls élèves en difficulté.
Quelques stratégies sont proposées :
-- reprendre ou poursuivre des enseignements engagés précédemment. On va recourir ici à des tâches déjà bien connues des élèves. Ces tâches ritualisées permettent à l'élève de prendre de l'assurance, de devenir expert sur ces consignes.
Il s'agit également de conduire autrement les activités habituelles :
-- aider l'élève à bien identifier les tâches et ne pas être bloqué par le contexte
-- mettre en place des stratégies pour aider les élèves
-- tenir compte du rythme
-- travailler particulièrement les consignes
-- stabiliser le déroulement des tâches (rituels) permettant en plus d'anticiper sur leurs bonnes résolutions
-- encadrer, guider l'activité, faire préciser auprès des élèves leurs attentes face à la tâche.
-- réduire ponctuellement la part d'inconnu.


Cela nous fait penser, à ce que l'association française pour la lecture disait il y a bien longtemps, à savoir que pour s'emparer d'un texte, le lecteur avait besoin d'être assuré face à lui. On dit d'ailleurs qu'un lecteur qui s'empare d'un texte en connaît déjà 80 %. Il sait quel type d'écrit il a face à lui. Nous nous engageons rarement dans la lecture d'ouvrages dont nous percevons bien que par le lexique, l'organisation, les domaines traités; nous seront rapidement perdus. Moins le lecteur est assuré, plus la part d'inconnue et grande, plus il lui est difficile d'oser entrer dans le texte. Pour prendre une image tout à fait comparable, la piscine affole l'apprenti nageur qui n'en voit pas bien le fond, qui ne sait pas s'il pourra traverser sans couler et s'il n'est pas assez rassuré pour faire seul le petit chien ou patauger par ses propres moyens, s'il prend trop vite la tasse et vit une expérience malheureuse, il ne risque pas de se jeter à l'eau. Pour l'apprenti lecteur c'est un peu la même chose. C'est bien l'idée qui prévaut ici lorsqu'on dit qu'il faut réduire ponctuellement la part d'inconnue.


Le maître peut aménager les tâches, il peut centrer l'attention des élèves sur l'objectif qu'il jugeait lui-même prioritaire.
Il est aussi tout à fait possible de dispenser une aide plus forte aux plus faibles y compris en collectifs.

 


Il est intéressant de noter que le livret souligne que plutôt que refaire à l'identique une activité il vaut mieux encadrer, préparer celle-ci; contraindre plus fortement l'activité des élèves dans un premier temps pour qu'ils puissent s'assurer, gagner des premières réussites et installer des premiers automatismes.


Cela ne veut pas dire non plus, qu'il faille artificiellement isoler tous les éléments qui constituent l'acte de lire. C'est d'ailleurs impossible si on veut faire un véritable lecteur et non pas simplement un lecteur alphabétisé.
Le livret propose également d'organiser le groupe classe de manière souple. Explicitement on incite le maître de CP à conduire la classe comme un cours multiple. Par exemple, la découverte collective d'un texte peut être suivie d'un travail autonome par un groupe qui se débrouille bien tandis que le maître se trouvera auprès des élèves en difficulté. Ces temps d'activité séparée, seront suivis de temps collectifs, qui peuvent être vus comme des synthèses, des moments où par les échanges, les interactions diverses, les élèves identifieront les difficultés rencontrées. Ils peuvent d'ailleurs nommer également leur réussite. Comment as-tu fait pour réussir et comprendre tel passage d'un texte ? Qu'est-ce qui était difficile dans le décryptage de tel ou tel passage ? Quelle stratégie individuelle ou collective a-t-on mis en oeuvre pour résoudre une difficulté ?

En montrant à l'enfant qu'il n'est pas seul face à les difficultés, que d'autres de ses camarades les ont rencontrées, ont su les surmonter ; on ne lui redonne pas simplement courage et espoir pour la suite, mais on lui propose de nouvelles approches pour entrer dans le texte et l'aider à résoudre les problèmes qu'il se pose.

 


En ce qui concerne les difficultés individuelles, le livret insiste sur l'idée d'analyser les erreurs pour rechercher des solutions. Il faut savoir se poser les questions clés pour connaître la situation de chaque élève dans son parcours d'apprenti lecteur.
Le document du ministère, propose deux tableaux de synthèse qui vont permettre d'analyser les stratégies de lecture de chaque élève à l'entrée puis à mi-parcours du cours préparatoire.

On distingue ainsi cinq domaines :
-- comprendre/comprendre des textes
-- établir des correspondances entre l'oral écrit
-- écrire
-- identifier les composantes sonores du langage
-- dire, redire, raconter, lire à haute voix

On va pouvoir ainsi par une sorte de listage de points, évaluer le parcours de chaque enfant et si nécessaire mettre en place des activités soit pour anticiper, pour pallier, pour remédier tel ou tel type de difficultés.

Le livret présente ainsi toute une série de fiches techniques. Il ne s'agit pas de prérequis stricto sensu mais de repérer ce qui fait défaut. Les compétences ne se construisent pas séparément à elles interagissent les unes entre elles.
Par exemple en début d'année à la question : " l'élève peut-il situer les mots d'une phrase écrite après lecture par l'adulte ? " Si la réponse négative, il conviendra de mettre en place qui est proposée dans la fiche B1.
Chaque fiche est organisée d'une part en mettant en évidence la problématique, en la reliant aux tâches et aux compétences associées ; aux questions à se poser face à une difficulté. Il est proposé alors d'une part des suggestions de travail et d'autre part des références vers lesquelles les maîtres sont invités à se tourner.


On voit bien intérêt de ce livret, qui se situe dans une pratique professionnalisante, il fait le choix très intéressant de développer l'analyse d'erreur.


Il y a bien entendu un double risque : le premier consisterait à vouloir appliquer à tout prix et de façon exhaustive l'ensemble des suggestions faites dans les différentes fiches;le deuxième consisterait à limiter son intervention à ce qui est contenu dans ce livret.

Il est tout à fait possible que l'on rencontre des difficultés qui ne sont pas explicitement citées ici au qu'il soit nécessaire de s'adapter à un public spécifique d'élève.

Autre problème de qui doit peut-être faire l'objet d'une véritable réflexion : même si ce livret rappelle que la lecture d'une affaire de cycle, le titre même du document tendrait à laisser croire que les activités qui s'y trouvent proposées ne concerneraient ni la grande section ni le cours élémentaire première année.


Il nous semble que pour être véritablement efficace, l'enseignement de la lecture devrait être pensé en cohérence à l'intérieur du cycle, en ménageant à la fois les ruptures nécessaires entre l'école maternelle et l'école élémentaire, mais en soulignant également les continuités.


Ce document de travail, doit également être relié d'une part à l'évaluation menée en cours préparatoire dans le domaine de la langue, mais il doit bien entendu être relié aux résultats de l'évaluation nationale menée en cours élémentaire deuxième année.


On pourrait même dire, que le cycle 3 ne saurait faire abstraction de ce qui a été fait en amont et ne doit pas considérer bien entendu, que l'apprentissage de la lecture ne serait plus sa préoccupation essentielle.


Il nous semble, que pour être efficace, la mise en place de ce type de livret doit être l'affaire de tous dans l'école et peut même nous inciter à réfléchir sur d'autres domaines où nous pourrions tout à fait agir d'eux-mêmes.


Si l'objectif principal est la lutte contre l'illettrisme, la démarche proposée ici peut-être tout à fait transposée par exemple l'enseignement des mathématiques.

En filigrane, on sent bien que se pose outre la fameuse question de l'enseignement différencié, l'idée de la détermination d'une part d'un profil de classe et d'autre part du profil individuel de chaque élève.


C'est aussi nous interroger sur la place de l'évaluation, qui doit non seulement être formative mais pourrions-nous dire pour nos collègues, incitative, c'est-à-dire vue comme le témoin d'un savoir en construction, construction que l'oeil du professionnel sait analyser afin d'anticiper au mieux les difficultés, de baliser le cheminement qu'il va proposer aux élèves pour moins se situer dans la perspective de réparation que d'aide à la stabilisation et à la construction, à la mise en confiance, à l'assurance.


L'image qui vient à l'esprit, c'est celle de l'élève que l'on prépare en éducation physique à traverser la poutre. On peut choisir de le laisser avec sa peur et le risque qu'il n'ose jamais traverser. On peut également le pousser où le forcer quitte à le laisser tomber. On pourra le relever, mais l'enfant qui s'est fait mal sera nettement plus inquiet pour reprendre son chemin avec le risque de retomber encore. On peut veiller à la parade, l'encourager, le guider, dans certains cas lui tenir la main un temps pour le lâcher ensuite et le laisser traverser seul, mais c'est avant de le laisser partir qu'il faut avoir choisi de l'aider ou de ne pas le faire.

 


En matière de lecture, cela veut dire aussi que les enseignants, par leurs réflexions et leur formation initiale ou continue seront capables d'identifier ce que c'est vraiment l'acte de lire, quelles compétences et difficultés, il met en jeu.

 


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