gérer et préparer une classe à l'école primaire.
pratiques et conseils pédagogiques
  Le maître lecteur

La lecture de textes par l'enseignant à sa classe a souvent été perçue comme un temps de récompense, moment un peu exceptionnel mais au final facultatif.
Avec les programmes actuels, mais aussi les travaux des chercheurs, tous s'accordent à souligner l'importance de la lecture régulière et même quotidienne de textes à tous nos élèves de maternelle et d'élémentaire et bien au delà.
Lecture de fiction, lecture de documentaires; la voix du maître vient faire entendre des textes qu'il fait vivre.
Il ne s'agit pas seulement d'un moment de plaisir : il s'agit de donner de la langue à entendre, d'enrichir le lexique et les formes syntaxiques, de développer les nuances...
Le texte lu par l'adulte en continuité conserve sa cohérence.
L'élève apprend à maintenir son écoute, à recevoir. Il écoute l'auteur par l'intermédiaire du maître respectueux du texte et mesure la permanence de l'écrit. Lu à tous, le texte entre dans le patrimoine collectif.

 

Idée force : la pratique de la lecture d'oeuvres à des publics non lecteurs ou peu lecteurs n'appartient pas spécifiquement au monde scolaire...

On a pu observer cette pratique aussi bien dans l'ancien régime ( à l'église, dans la rue ou sur des places - lectures de placards, de gazettes...) ou même à Cuba où pendant que les travailleurs roulaient des cigares, lecture leur était faite et fête d'oeuvres de Hugo ou de Zola...
Aujourd'hui, paradoxalement, en France, elle se limite à des émissions de radio plutôt écoutées par un public lettré.
Les bibliothécaires jeunesse, certaines associations, certains théâtres, pratiquent la lecture publique.

En classe maternelle comme élémentaire il est capital que les élèves entendent des textes lus par le maître à la fois pour découvrir ce qu'est un adulte lisant mais aussi pour accéder plus vite au patrimoine culturel.
Les instructions de 2002 qui font la promotion de la littérature de jeunesse comme d'autres lectures nous invitent à lire et faire lire. La place de la lecture et de l'écriture devant prendre au moins 2 h 30 par jour en cycle 2 et 2 h en cycle 3.

1) un maître lisant pour lui et pour les autres
- nous souhaitons des élèves lecteurs... mais lisons-nous nous mêmes ?
Cette question n'est pas innocente. Difficile de transmettre un goût que l'on ne posséderait pas. Problématique pour celles et ceux qui se sentent peu ou pas lecteurs...

Peut-être faut il d'une part analyser ce qui fait obstacle à l'entrée personnelle dans la lecture (temps, vie privée, manque ou perte d'habitudes...) et oser solliciter un ami, la presse spécialisée...

Il est plus facile de partir de ses centres d'intérêts personnels, d'anciennes lectures...
Tout est bon à lire: presse, polars, B.D., oeuvres longues, romans, poésie, documentaires, littérature pédagogique...

- l'idéal est que vos élèves découvrent en vous un maître lisant: sans attenter aux principes éthiques et de laïcité, promenez vous avec le roman ou la revue que vous lisez, citez vos lectures personnelles, évoquez en classe un passage qui vous a plu, un personnage...

Parfois la lecture d'un passage évoque une situation vécue avec les élèves... vous pouvez lire cet extrait à vos élèves même si c'est un livre "pour adultes"...
Montrez à vos élèves que vous utilisez vous aussi le documentaire, l'ouvrage historique ou pédagogique pour préparer la classe. Montrez toujours l'ouvrage dont vous avez tiré une photocopie.

- nous lisons pour nous mêmes, mais nous lisons aussi pour parler de nos lectures et pourquoi pas faire la lecture aux autres...

Lire à l'être aimé, à ses enfants, à ses amis... constitue presque toujours un moment fort, de communication, d'intimité. Ne vous privez pas de ces moments et si vous ne les connaissez pas encore, vraiment, osez !

Lire à sa classe c'est aussi un moment jubilatoire alliant plaisir et saveur du savoir, respiration et élargissement de la pensée vers l'imaginaire ou la connaissance... Rien de plus beau qu'une classe qui appareille pour des horizons inconnus sous la voix du maître lecteur qui prend soudain plus d'humanité.

2) un maître formé et curieux de la littérature de jeunesse
Il faudra que la formation initiale progresse encore.
Il serait pertinent que chaque école se dote d'une bibliothèque pédagogique et que les directeurs osent aussi "parler des livres" en réunion des maîtres...

Se former à la littérature de jeunesse peut se faire de mille manières. Il existe
des sites, mais aussi des librairies, des bibliothèques...

Les supports proposés par le CNDP, la liste "officielle" proposée en accompagnement des textes sont aussi de bonnes pistes...
Pourquoi ne pas réunir régulièrement le conseil des maîtres de cycle afin que chaque maître y présente une nouveauté à faire entrer au catalogue ?
Autre proposition, lorsque l'on veut connaître un album et en comprendre les clés, le lire seul plusieurs fois et confronter sa propre lecture à celle d'autres adultes permet d'en percevoir des aspects que l'on n'avait peut-être pas perçus. Evocations, citations culturelles, références, mise en abîme, réseaux, intertextualité... Les maîtres doivent entrer dans
la lecture experte.
http://www.prepaclasse.net/lecture/solotareff.html exemple à partir de la lecture d'un album
http://www.prepaclasse.net/lecture/murail.html exemple à partir de la lecture d'un roman


Les libraires de jeunesse, les bibliothécaires connaissent souvent bien les livres qu'ils aiment...


Attention à un réflexe trop fréquent: la quête du livre "prétexte"... autrement dit d'un livre qui servirait un projet extérieur à la compréhension et à la découverte de l'ouvrage lui-même...

Certes, un roman peut venir en illustration d'un thème, mais trop souvent on choisit un ouvrage pour des exploitations pédagogiques dérivées extérieures à l'album lui même...

3) lire des textes exige des compétences

- lire un texte à ses élèves exige de l'avoir lu pour soi, de l'apprécier, de bien le connaître... On ne doit pas improviser.

- puisque vous allez lire oralement face à un groupe, il n'est pas interdit au contraire de répéter cette lecture...

- vous n'êtes pas acteur ? pourtant vous exigez que vos élèves mettent le ton quand ils lisent... alors à vous de rechercher une lecture claire, audible, rythmée... et si vous osez un minimum de théâtre, vos élèves se prendront vite au jeu.

- quand vous lisez, "ritualisez" vos lectures, surtout les lectures de fiction: n'acceptez pas d'interruption, ne commentez pas votre lecture en cours, n'hésitez pas à reprendre une lecture déjà entendue pour faire le lien...

Installez vous confortablement et veillez à ce que vos auditeurs le soient aussi. On dégage les tables, il est possible selon l'heure d'autoriser la tête dans les bras...
La lumière ne sera pas trop forte...
Vous pouvez prévoir un éclairage vers votre table de lecteur...
Vous ne montrerez pas les illustrations pendant la lecture sauf si elles aident à comprendre le récit et ne vous coupent pas .

Lors de la lecture d'un texte, si vous lisez un album en entier vous lisez tout ce qui est écrit, rien que ce qui est écrit.

Si vous lisez un extrait à titre documentaire vous citez l'ouvrage, l'auteur, l'éditeur, l'endroit où l'on peut se procurer le livre...

Lire un texte c'est déjà en donner une première interprétation. A vous de choisir des textes qui ne vous enferment pas dans des stéréotypes.

Certains textes sont porteurs d'ambivalences, d'ambiguïté, de mystère... à vous d'essayer de préserver cela et d'assumer qu'un bon livre de littérature c'est à la fois un livre qui donne du plaisir, élargit l'horizon, mais trouble, questionne, déstabilise à sa façon...

4) lire pour qui ?

Certes, on peut lire à la classe entière... mais on peut lire aussi à un petit groupe en classe, lors d'un atelier décloisonné.

De la PS au CM2 tous les élèves ont le droit de vous entendre lire régulièrement des textes et vous pouvez d'ailleurs faire accéder le lecteur à des niveaux de texte qu'il ne maîtrise pas forcément lui même.

L'acte de lecture publique porte incontestablement son idée de partage, de cadeau...
Lire au petit groupe de lecteurs en difficulté est souvent un très bon moteur. Il est possible de donner lecture en amont du texte sur lequel on va travailler ensuite aux lecteurs les plus fragiles.

5) lire pourquoi ?

Pour le plaisir ! et ne pas en avoir honte !
Mais aussi lire pour redonner à une lecture longue sa cohérence...
Lire pour découvrir un nouveau texte sur lequel on va se pencher en classe...
Lire en écho à un texte connu un passage ou un texte complet...
Lire pour faire réfléchir...
Lire pour susciter des réactions et appeler au débat.
Lire pour suggérer une émotion, illustrer une situation vécue...
Lire pour apporter une information, la réponse à une question...
Lire pour vérifier la véracité d'une affirmation...
Lire pour faire rire...
Lire pour jouer (on relit un texte bien connu et on introduit quelques petites erreurs que les élèves doivent repérer)
Lire pour introduire une activité...
Lire pour conclure une activité, une journée, pour récompenser un effort...

Lire pour redonner la cohérence à un texte lu par des élèves et sans reprendre individuellement un élève donner une lecture de qualité du texte (exemplaire)...

A ne pas oublier : en Histoire, lire un extrait de roman historique ou d'une biographie, en sciences, la belle description d'un animal dans un texte scientifique ou une poésie; en géographie un extrait d'un carnet de voyages... après un match en éducation physique un bel article sur le compte rendu d'une rencontre sportive...

A noter : intéressant aussi pour le maître de lire pour "relire" un texte qu'il a écrit au tableau à la fois pour aider à sa compréhension, mais pour vérifier son orthographe et qu'il ne manque pas de mots...
Parfois aussi, le maître peut lire les productions de ses élèves à la classe ou même lire ses propres essais...

6) quand lire ?
En maternelle on réserve trop souvent la lecture d'albums à la fin de la journée.
Il nous semble tout à fait intéressant de lire chaque semaine un album en début de matinée et de le reprendre à différents moments... La valorisation du texte implique qu'on ose le placer à un moment favorable et pas seulement lorsque les élèves sont fatigués.

Chaque journée devrait comporter au moins un temps de lecture du maître (au moins dix à quinze minutes de fiction) et selon les séquences, le maître ne doit pas hésiter à lire des extraits, un documentaire... ce qui fait que dans une journée, on aura pu entendre la voix du maître trente à quarante cinq minutes.

Dans certains cas, il est possible d'imaginer une lecture feuilleton à laquelle les élèves participent, possible aussi d'écouter des enregistrements.

7) des idées :
- relire un texte connu, par exemple le chapitre déjà lu du roman, livre fermé pour les élèves...
- lire un texte que les élèves ont sous les yeux...

- proposer des enregistrements à écouter de textes lus par le maître, d'enregistrements du commerce... les laisser en audition libre (casque) avec l'album ou le roman
- inviter divers lecteurs: parents, "grands", collègues, bibliothécaire pour des moments de lecture publique
- lancer une ronde de lecture dans la classe (sur textes préparés)
- laisser en libre accès les albums et textes lus par le maître


Des évidences pratiques pour la lecture http://www.primecole.com/BoiteOutils/prat_Lect.pdf

Se situer comme sujet culturel http://www.inrp.fr/onl/ressources/prolongement/didactique/lecteur/culturel_g.shtml

Chapitre 16 : Les activités de lecture aux cycles 1 et 2 http://crpe.free.fr/contfran13.htm

groupe Lire http://www.er.uqam.ca/nobel/lire/index.html

Lectures publiques http://www.lavoiedeslivres.com/lectures/lectures.htm

Le danger des lectures publiques http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/anti/jeuxrome/lectut13.htm

Lectures publiques sous l'Empire http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/anti/jeuxrome/lectu.htm


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fiche reprise et réactualisée en février 2006