L'esprit de la forêt
Roman de Moka (Elvire Murail) paru en 2003
dans la collection Neuf de l'Ecole des Loisirs.
Quelques pistes et suggestions
à partir du travail mené en décembre 2003
dans une classe de CM1,
de l'Ecole d'Application, 30 bd Arago Paris 13ème
PEMF : Marie-Claire Lereboullet
1.
Remarques préliminaires
- Comme convenu en début
d'année scolaire, en réunion des parents, chaque
élève s'est procuré l'ouvrage en question,
qu'il conservera ensuite dans sa bibliothèque personnelle.
- Chacun peut, s'il le souhaite, lire chez lui l'intégralité
du roman. Certains préfèrent avancer au rythme
de la classe.
- Avant d'entrer dans le roman, toutes les informations contenues
sur le livre sont identifiées, une " fiche d'identité
" du livre est établie présentant ses références
mais aussi une table des matières par chapitres.
Il s'agit de se familiariser d'abord avec "le contenant
" pour mieux pouvoir y chercher, par la suite, le contenu
!
- Parallèlement à la lecture de ce roman, et après
présentation de l'auteur, d'autres ouvrages de Moka ont
été mis à disposition dans la classe et
empruntés par les élèves.
2.
Différents types de lecture
Certains chapitres sont lus
en classe par la maîtresse, d'autres silencieusement en
classe par les élèves, d'autres silencieusement
à la maison (sauf pour ceux qui tiennent à faire
profiter leurs parents de certains passages
) .
Lorsque le texte s'y prête, notamment dans les passages
contenant des dialogues, les élèves relisent volontiers
le texte à plusieurs voix. Il arrive aussi que, livre
fermé, on " rejoue " tel ou tel passage avec
un minimum de mise en scène, comme ce moment plein d'humour
(ch.1) où Rose, installée dans la voiture de sa
tante qui vient de l'accueillir à la gare, ne peut ni
ne veut répondre à cette femme qui parle pour deux
: " Rose se contentait d'émettre un oui de temps
en temps. Oui ! très affirmatif. Ah oui ? interrogatif.
Et le oui neutre, juste pour montrer qu'elle suivait la conversation
ou plutôt le monologue de sa tante. "
.
3. Ecrire pour s'approprier
le texte
A plusieurs reprises, le roman
ouvre des pistes pour aller au-delà de ce qui est raconté.
Il est alors intéressant de permettre aux lecteurs d'écrire
quelques lignes à insérer dans ces interstices,
en sauvegardant la cohérence du récit.
Trois exemples :
1- "
Elle se prit à rêver. Un lynx blessé qu'elle
soignerait, un bébé loup qu'elle apprivoiserait,
un
"(Ch. 5 p. 75)
De manière simple et courte, par écrit, chaque
élève ajoute quelques animaux. Encore faut-il qu'il
vive dans cette forêt et que le conditionnel soit présent
en changeant de verbe à chaque fois ! On peut alors, à
partir des écrits individuels, constituer un paragraphe
entier :
"
Un cerf qu'elle chevaucherait, un renard qu'elle abriterait,
un chat affamé qu'elle nourrirait, un hérisson
qu'elle caresserait, un écureuil qu'elle câlinerait,
une mésange qu'elle aiderait à voler, un dragon
qu'elle réchaufferait
"
2. Ludovic raconte à
Rose sa rencontre avec le dragon. (Ch. 7)
Ce dialogue n'est pas écrit dans le roman, mais il est
évoqué par le narrateur. Les élèves
ont donc réinvesti ce qui est dit dans le texte, en reconstituant
le dialogue et en reprenant comme cadre les deux phrases de style
direct qui en annoncent le début (p. 98) et la fin (p.101).
Les enfants ont eu à cur de modifier certains mots,
comme le fait Ludovic qui, malgré lui, manifeste ainsi
un état de malaise.
-
Il faut que je te décompte comment je me suis coulé
le poignet. (p.98) Oh ! Il fait près chaud !
- Très !
- En plus, il y a ces saletés de moucherons partout, ça
m'énerve !
- Ludovic, tu veux redescendre un peu pour être plus à
l'ombre ?
- Je veux bien, mais fais attention, regarde bien avant de t'asseoir,
il y a peut-être un dragon !
- Mais non, il n'y a que des arbres.
- Il faut se méfier car les dragons ressemblent à
des troncs d'arbres morts. J'en ai rencontré un, il n'y
a pas longtemps par ici. C'était le jour de ton arrivée.
Comme couvent, j'étais parti à la classe aux dragons,
tôt le matin. Tu sais, généralement, dans
la journée, ils se cachent dans des cavernes. Dans la
forêt, j'ai lu de grandes empreintes de plâtres griffues.
Le lynx qui a établi son territoire par ici ne peut pas
laisser de traces pareilles, celles-là étaient
beaucoup trop grosses. Je me suis appuyé contre un arbre.
Tout d'un coup, au moment où je m'y attendais le moins,
le monstre a surgi.
- Le monstre ?
- Oui, enfin
le dragon ! Il s'est jeté sur moi,
sa langue empoisonnée a effleuré mon visage. Il
était d'abord gris puis rouge
Je me suis enfui en
roulant. Je tremblais de peur. J'ai dévalisé le
fente à toute vitesse et je me suis violemment cogné
contre des arbres, c'est sûrement comme ça que je
me suis cassé le poignet. Je ne sais pas pourquoi, mais
le dragon ne m'a pas poursuivi. Une fois arrivé à
la maison, je me suis aperçu que mon poignet me faisait
sale. Comme je savais que personne ne me croirait, j'ai dit à
ma mère que j'étais tombé d'un arbre.
- Mon pauvre Ludovic !
- Mais tout ce que je viens de te dire est vrai ! Je ne suis
pas un menteur ! (p.101)
- Ne t'inquiète pas, je suis convaincue que tu ne mens
pas.
(Ce texte a été réalisé à
partir de plusieurs extraits de textes écrits individuellement.)
A la suite de ce travail, à l'occasion d'un itinéraire
historique dans Paris, les élèves ont remarqué
un énorme arbre près de St-Julien le Pauvre. Nous
l'avons photographié, imprimé pour chacun, afin
d'en faire surgir un dragon. Les réalisations sont celles
qui ponctuent cette page.
3. Des histoires que Rose invente
pour Brun. (Ch. 9)
Seuls ou par deux, les élèves ont écrit
des textes plus ou moins longs (d'un à trois paragraphes)
reprenant différents aspects du roman. Les uns ont fait
en sorte que Rose intègre Brun dans ses histoires, les
autres ont avant tout voulu y placer le grand duc et le dragon,
d'autres encore en ont profité pour régler l'affaire
des poules de tante Annette !
" Un jour, Brun se réveilla, la ferme était
saccagée, il ne restait des lapins que quelques touffes
de poils et des os. On entendait des cris rauques, le sol vibrait,
des arbres s'effondrèrent, puis les bruits cessèrent.
Mais soudain, le sol vibra encore plus fort, un grand dragon
suisse planait dans les airs. Brun resta bouche bée quelques
secondes et appela Rose et Martagon. Brun dit à Rose :
" Un dragon a dévasté la ferme, mais il y
a plus grave : mon père est parti à la chasse au
chat invisible et le dragon l'a flairé ! " Brun disait
cela en même temps qu'il cherchait un escabeau pour monter
sur Martagon. " Tu viens ? " demanda-t-il à
Rose. " Galope sur Martagon, moi j'ai une autre façon
de me déplacer
" et elle cria " Grand-duc
! " Un dixième de seconde après ces mots,
Rose était à trente mètres de haut : "
Grand-duc, suis ce dragon ! " " Martagon, suis cet
oiseau ! "
Une fois le dragon rattrapé, ils détournèrent
son attention et l'attirèrent vers le lac, puis ils firent
en sorte qu'il tombe dedans. Ils réussirent. Le dragon
était vaincu. Ils rentrèrent à la ferme
et, grâce à l'argent de l'assurance du père
de Brun, la ferme se reconstruisit peu à peu. " Charles
4.
Un environnement à découvrir
- Le roman se situe près
de St-Claude, dans le Jura. Les repères géographiques
sont nombreux et évoquent des lieux surprenants : la forêt
du Massacre, le Crêt Pourri, la Mainmorte, la Tronche
Des recherches dans des atlas, sur cartes ou sur " la toile
" permettent d'identifier ces lieux qui tous correspondent
à des paysages montagnards existants.
- La faune et la flore font non seulement partie du décor,
mais ils donnent un relief tout particulier à l'itinéraire
de Rose qui vient passer ses vacances dans la région.
Ainsi peut-on faire l'inventaire des arbres de la forêt,
mais aussi de tous les animaux qu'elle y rencontre, avec une
mention évidemment particulière pour le lynx et
le grand-duc. Les élèves ont établi la fiche
du grand duc (en reprenant les rubriques déjà utilisées
pour élaborer une fiche sur les cigognes, en de toutes
autres circonstances).
L'écoute du CD intitulé " Forêts du
Jura - Royaume du Lynx de Boris Jollivet, Collection Paysages
sonores du monde " permet de mieux imaginer cette ambiance
sylvestre !
Il n'échappera pas au plus averti des lecteurs que le
brave cheval comtois du bûcheron porte le nom délicat
du lis " Martagon ", espèce protégée
dans la région
5.
Contes et légendes
Là encore, il peut être
intéressant de vérifier les références
inscrites ça et là dans le roman, pour découvrir
que le " draco helveticus bipes et alatus "(p. 65)
n'est pas sorti tout droit de l'imagination fertile de Moka,
mais qu'elle a habilement utilisé des références
à Winkelried (XIVème siècle) ou à
Athanasius Kircher (XVIIème siècle) qui a effectivement
écrit un ouvrage intitulé " Mundus subterraneus
"
Ainsi s'ouvrent plusieurs pistes de recherches, ce qui nous a
mené sur les traces
- du dragon (suisse, mais pas seulement), que l'on peut découvrir
dans différentes légendes aux quatre coins du monde
que l'on peut retrouver terrassé par St-Michel ou St-Georges,
dans de nombreuses uvres d'artistes.
A noter : Nous en avons croisé deux à Paris, surveillant
la fontaine du Bd St-Michel, et aperçu quelques autres
peints ou sculptés dans les salles du Musée de
Cluny, là où nous ne les cherchions même
pas !
- d'Alice au pays des merveilles. Le chat sauvage qui apparaît
et disparaît de manière énigmatique nous
suggère de relire l'histoire autrement, y compris dans
ses toutes dernières lignes
- des rêves d'envol, non seulement chez Icare, mais aussi
dans bon nombre de poèmes, chansons, peintures et autres
histoires
ou nous avons retrouvé toutes sortes d'oiseaux
de jour ou de nuit.
6.
De la découverte du texte à l'interprétation
A plusieurs reprises dans le
roman, les situations demandent à être interprétées,
ce qui permet des confrontations de points de vue très
intéressants, dès lors qu'ils se réfèrent
au texte.
Les élèves ont, peu à peu, acquis une grande
dextérité dans la manière de rechercher
certains passages. Ainsi leur est-il apparu qu'implicitement
tel passage éclairait ou renouvelait le sens de tel autre.
Parmi les sujets centraux adroitement imbriqués, on peut
noter :
- la maladie (sous un autre aspect mais avec la même délicatesse
que dans " Williams et nous " du même auteur),
- la découverte attirante de la Nature,
- l'espace particulier de la forêt, souvent lieu symbolique
du danger,
- les animaux comme figures emblématiques des différents
personnages, (possibilité d'établir un tableau
présentant cette mise en correspondances),
- le rôle de l'imaginaire qui, même chez les adultes
bien portants (le grand Colin, Annette et l'auteur elle-même
)
n'est finalement pas toujours synonyme de mensonge, mais plutôt
d'une quête d'histoires essentielles qui se transmettent
de génération en génération
7.
Pour clore ce travail,
chaque élève a lu à l'ensemble de la classe
" son " passage préféré, qu'il
a également recopié dans son cahier de " collection
de textes ".
Marie - Claire Lereboullet
- droits réservés |
|