problème posé: comment mener un partenariat constructif avec les parents d'élèves ?

Le discours Nombre de parents d'élèves, les médias, relaient un discours négatif vis-à-vis de l'école et des enseignants, mais si le climat est parfois tendu entre l'école et les parents, l'attitude défensive n'est pas pertinente.
La défiance, la méfiance se ressentent toujours.

Le fonctionnaire comme tout autre citoyen mérite le respect. L'attitude consumériste de certains ou simplement les tensions sociales actuelles font qu'il est conseillé aux maîtres de prendre une assurance professionnelle afin de parer à toute éventualité mais c'est en adoptant une attitude professionnelle, ouverte et constructive que l'on pourra avancer au bénéfice des élèves.

Le premier principe est de considérer les parents comme des partenaires de la co-éducation et pas seulement des usagers, responsables de l'éducation de leur enfant tout en se situant tranquillement dans le cadre institutionnel.
De son côté l' enseignant diplômé, contrôlé par l'institution et seulement par elle, sait où il va et peut expliciter ses choix qui s'inscrivent dans le cadre des programmes et de
la liberté pédagogique(voir fiche).

Expliciter n'est pas s'inféoder ni perdre de temps. Cela permet aussi de mesurer l'écart entre son geste professionnel et la façon dont celui-ci est perçu… En matière d'apprentissage, cela permet par exemple d'éviter ou de limiter des contresens, des interférences, des conflits de méthodes qui brouilleraient la perception de l'enfant.

Si parfois il est possible de dégager des convergences éducatives entre la famille et l'école, et c'est heureux, les intérêts des familles et des enseignants ne sont pas les mêmes. Le rapport à l'enfant n'est pas du même niveau. C'est normal et nous en avons pour preuve notre propre attitude lorsque d'enseignant nous devenons parent avec alors une capacité à la critique de nos collègues souvent très virulente !

La famille voit l'enfant et l'élève ensuite. Nous voyons l'élève et l'enfant ensuite… et encore ce n'est peut-être pas si simple : le rapport au savoir n'est pas le même, nos intentions émancipatrices peuvent s'opposer à celles de la famille…
La famille peut valoriser une discipline et en déconsidérer une autre, favoriser une approche et ne pas encourager l'élève dans la réflexion ou la construction d'une connaissance.

La famille construit son modèle personnel à partir de valeurs qui lui proviennent d'un héritage multiple et complexe (socio - culturel, communautaire), l'école propose un modèle fondé sur la Loi qui inscrit en France la laïcité comme principe spécifique : acculturation, rationalité, traitement équitable et démocratique, validation institutionnelle des acquis sont au rendez-vous… mais tout cela avec de multiples interférences et interprétations.

En échange de garanties républicaines, de la sanctuarisation républicaine du lieu, l'école exige le respect de règles… mais le contrat n'est pas aussi clair : les parents peuvent relativement choisir une autre école mais leur possibilité d'influence sur les programmes ou les méthodes ne passe que par le vote citoyen, ce qui semble bien différé et lointain à certains… surtout ceux de nos parents d'élèves qui ne peuvent être électeurs… sauf dans l'école où tous votent… mais justement pas pour y décider des contenus d'enseignement.

Il faut savoir communiquer sans peur et sans démagogie.
Il faut savoir éviter tout jugement sur les choix familiaux et faire preuve d'éthique et d'esprit laïque mais il faut savoir être vigilant si l'enfant est en danger.

Il faut savoir responsabiliser les parents en leur explicitant les textes et programmes officiels mais apporter d'abord des réponses pédagogiques aux difficultés scolaires.

Il faut savoir anticiper et solliciter la rencontre plutôt que de donner le sentiment qu'on répond a posteriori parce qu'un problème se serait fait jour... Autrement dit il ne faut pas hésiter à rencontrer les parents sans attendre que les difficultés soient importantes... et même s'il n'y a pas de difficulté du tout !

Il faut donc tout à la fois savoir entrer en relation directe et régulière avec les parents d'élèves, oser expliciter collectivement et individuellement ce que l'on fait et dans quel cadre, tout en maintenant une forme de distance professionnelle. Si les parents peuvent venir à l'école, l'école est l'espace des élèves, enseigner est un métier.

On notera des initiatives où il est proposé aux parents de disposer d'une salle de réunion dans l'école.



Le maître
Personnage malgré tout public, le maître est observé par ses élèves comme par les familles.
La crédibilité de son image professionnelle sera renforcée, si lorsqu'il exige l'assiduité et la ponctualité de ses élèves il est lui-même ponctuel et assidu, si lorsqu'il exige le calme, l'attention, le respect et la politesse, il sait témoigner de son côté qu'il met en pratique les valeurs qu'il défend.
C'est pourquoi le maître s'interdit de porter des signes distinctifs. Il n'affiche pas ses choix ne serait-ce qu'en circulant avec un journal d'opinion dans l'école, il apporte une certaine attention à son apparence, vigilance vis à vis de son langage... et son portable ne sonne pas en classe !

Mais il doit se préserver de toute intrusion : cela lui impose par exemple de ne pas entretenir de liens personnels avec les familles de ses élèves… règle dure pour certains.

Le maître d'une classe ne donne pas de leçons particulières et encore moins à ses propres élèves. Il ne se rend pas dans les familles.

Le rôle des parents est défini du point de vue institutionnel en particulier dans le cadre de la loi d'orientation.
Les parents sont appelés globalement à intervenir dans trois domaines principaux : le domaine institutionnel incarné par le conseil d'école et l'élection des représentants de parents d'élèves, le domaine de la classe où divers types de relations peuvent se construire au fil de l'année, le domaine du suivi de la scolarisation dans le cas des élèves présentant un handicap ou un trouble invalidant.

 

Aspects institutionnels
- les parents sont membres de la communauté éducative
: la formule est un peu vague mais les parents élus doivent voter par exemple le règlement intérieur au conseil d'école, ils doivent être associés à chaque prise de responsabilité d'ordre éducatif : par exemple ils autorisent une sortie en dehors du temps scolaire, ils acceptent ou refusent une vaccination, ils sont associés à la mise en application du respect des règles…

- tout au long de la scolarité et surtout dès lors que leur enfant rencontre des difficultés scolaires, les parents doivent en être informés par l'enseignant et - ou le directeur. Membres de droit de l'équipe éducative, ils sont appelés à participer à une équipe éducative en cas de difficulté. Les parents peuvent demander sa réunion comme toute personne exerçant une responsabilité éducative auprès de l'enfant.
A cet égard, plutôt que de se trouver convoqués un jour parce que leur enfant rencontrerait des difficultés particulières, ils doivent plutôt être invités à travailler avec l'équipe éducative de l'école pour rechercher et construire ensemble des solutions. L'équipe éducative n'est pas un conseil de discipline.

- Pour les élèves présentant un handicap, une équipe de suivi de la scolarisation, comprenant nécessairement l'élève, ou ses parents ou son représentant légal, ainsi que le référent de l'élève, facilite la mise en œuvre et assure, pour chaque élève handicapé, le suivi de son projet personnalisé de scolarisation. Elle procède, au moins une fois par an, à l'évaluation de ce projet et de sa mise en œuvre. Elle propose les aménagements nécessaires pour garantir la continuité du parcours de formation. Cette évaluation peut en outre être organisée à la demande de l'élève, de ses parents ou de son représentant légal, ainsi qu'à la demande de l'équipe éducative de l'école ou de l'établissement scolaire, ou à la demande du directeur de l'établissement de santé ou de l'établissement médico-social, si des régulations s'avèrent indispensables en cours d'année scolaire.[Décret n° 2005-1752 du 30 décembre 2005 ]. Ce décret précise que lors de la réunion de l'équipe de suivi de la scolarisation, les parents de l'élève peuvent être assistés par une personne de leur choix ou se faire représenter.

- ils doivent inscrire leur enfant, veiller à la bonne fréquentation et justifier des absences : le règlement intérieur de l'école doit le rappeler et des règles très précises doivent être données lorsque l'enfant s'absente.
Ce n'est pas l'enfant qui est coupable d'un retard ou d'une absence, mais ce sont ses parents qui en sont pleinement responsables et qui le cas échéant doivent prendre les mesures nécessaires, l'institution se réservant le droit d'effectuer si besoin les signalements réglementaires par exemple en cas d'absences non justifiées.
Le rôle du directeur est ici déterminant. La vigilance du maître est évidemment capitale avec en particulier le contrôle très précis des absences par le renseignement à chaque demi-journée et à l'encre du registre d'appel journalier.

- Les parents doivent être informés de la situation scolaire de leur enfant : cette information doit être claire, effectuée dans tous les cas auprès des deux parents d'élèves sauf si l'un d'entre eux était déchu de l'autorité parentale. Ce cas est très exceptionnel et l'école doit en être informée par un document officiel du ministère de la justice. La présentation régulière des cahiers, du livret scolaire mais également des rencontres s'imposent pour aider à cette information.

- On notera au passage qu'en cas de procédure judiciaire entre les deux parents, l'école reste neutre et ne fait qu'appliquer des textes expressément présentés et identifiés comme des pièces de justice. Une lettre d'avocat par exemple n'est pas un document " de justice ". L'école peut fournir aux familles des informations relatives à l'assiduité ou aux résultats scolaires. Elle doit prendre garde à ne pas formuler de jugement ou de parti pris que l'une des deux parties utiliserait devant le tribunal. On ne communiquera là que des informations objectives (relevés de cahier d'appel, bulletin ou livret scolaire…).

Cas du redoublement, ou du raccourcissement : Une nouvelle procédure autorise de nouveau le redoublement (voir fiche le redoublement ). Le conseil de maîtres peut proposer soit un raccourcissement exceptionnel de la durée du cycle à deux ans, soit une prolongation du cycle. Ces propositions doivent être discutées avec les parents. Le conseil des maîtres propose par écrit, puis confirme se décision laissant aux parents pa possibilité la première fois de signifier leur accord ou leur refus, la deuxième fois de déposer un recours.
Lors de l'examen des recours par la commission départementale, les parents peuvent venir présenter leur dossier. Des représentants des parents siègent à cette commission.

 

- Les parents peuvent se présenter pour être délégué de parent et peuvent voter pour élire les membres du conseil d'école. Depuis la rentrée scolaire de septembre 2004, chaque parent d'élève dispose d'une voix. Selon le climat des écoles, les éventuels conflits qui existent parfois entre diverses associations de parents d'élèves, il faut être prudent et bien savoir lorsque l'on rencontre un parent d'élève, si on parle au père ou à la mère d'un élève de la classe ou si l'on s'adresse au représentant élu. Bien entendu une stricte neutralité s'exerce là aussi.

- les associations de parents d'élèves envoient leurs représentants à diverses institutions
- les parents peuvent sous condition participer à des activités scolaires, encadrer des sorties. Il est parfois délicat de constater que ce sont toujours les mêmes " volontaires " et certains élèves peuvent se sentir mal à l'aise. Dans certains cas, le maître préfèrera se passer de tel ou tel parent dont l'attitude ne permet pas d'assurer une bonne gestion du groupe… Il faut pouvoir préciser les règles et dire qui fait quoi… en sachant aussi que ce partage là permet souvent aux parents de mesurer la difficulté quotidienne qui incombe au maître.
- Dans certaines écoles, les parents organisent via une association, des ateliers péri -scolaires, culturels, de soutien… Le contrôle et l'organisation de ces activités incombe au directeur, mais il est bien d'en être informé. On découvre parfois que des élèves ont un emploi du temps bien chargé après la classe. Cela peut peser sur leur rythme de vie.

 

Divers problèmes possibles

Voici quelques aspects qui méritent non pas une réponse individuelle, mais une réflexion collective du conseil des maîtres en accord avec le directeur.
En effet, si les parents sentent une équipe soudée, d'une part ils seront rassurés et d'autre part ils ne joueront pas les uns contre les autres.

 - la fréquentation scolaire
*il faut bien se coordonner sur la question avec le directeur, si besoin l'assistante sociale scolaire, l'inspecteur. Il est intéressant de reporter les absences en demi journées sur le livret de l'élève.
* Face à cette question délicate, bien veiller à ne pas culpabiliser l'élève


- les parents veulent choisir le maître ou la classe de leur enfant
*l'équipe doit se donner des règles claires et précises au moment du passage des élèves tout en sachant que parfois il faut s'adapter : séparer des élèves, éviter qu'un enseignant retrouve une famille avec laquelle il a déjà eu des problèmes… Dans certaines écoles on informe très tôt les élèves de leur futur maître, dans d'autres, on ne le fait qu'à la rentrée évitant ainsi les pressions...le rôle du directeur est ici capital.

- veulent dispenser l'enfant de la piscine ou d'une sortie
* les textes officiels sont clairs dans le cas d'une sortie sur un horaire obligatoire la famille ne peut s'y déroger, la natation fait partie des programmes et un certificat médical est exigible pour toute dispense… il faut bien préparer et expliciter de manière positive (par exemple en rappelant comment la sécurité est assurée, les conditions d'hygiène…)

- contestent les méthodes pédagogiques
*il faut bien préparer la réunion de rentrée pour anticiper ce problème et plutôt que de décrire " ma méthode " " mes projets ", s'appuyer sur les programmes que l'on peut citer explicitement et le projet d'école.
* Ne pas hésiter à expliciter une démarche et surtout montrer sous une activité d'apparence anodine tout le travail qui existe : par exemple en littérature de jeunesse, on ne fait pas que " lire " au sens activité de " distraction " que peuvent comprendre les familles… On peut montrer dans une " simple " opération comme la soustraction quelles sont les différentes variables didactiques que l'on va faire travailler. Noter sur les cahiers les compétences travaillées ou les objectifs de la leçon est souvent une aide qui rend plus lisible le travail.
* Ne pas hésiter progressivement, de manière organisée à inviter des parents à assister à la présentation d'un travail, un débat de classe, une séance animée par les élèves…
o La semaine de la poésie permet d'inviter les parents à entendre des textes produits par les élèves ou récités, mais aussi à venir réciter eux-mêmes une poésie de leur choix…
o Les élèves de cycle 3 peuvent fabriquer des problèmes de mathématiques ou proposer une énigme scientifique à résoudre à leurs parents… ou ils peuvent inviter ceux-ci à venir découvrir les " secrets " d'un album de littérature de jeunesse…

- critiquent l'évaluation (trop sévère ou trop laxiste)
* il faut que cette évaluation soit la plus lisible possible : grilles de compétences, livrets individuels de cycle…
* les parents peuvent être invités en fin de période à venir prendre connaissance du livret scolaire en classe : après une présentation collective du travail mené dans la période par les élèves, chaque enfant explique à ses parents les progrès accomplis dans la période donnée et son projet de travail personnel pour la période suivante (je dois travailler les accords des verbes, la mémorisation de la table 8…).
* On parle sur des compétences identifiées clairement et des stratégies sont proposées. Le maître intervient également pour aider à faire le point.
- sont incorrects
*il faut savoir mesurer ce qui relève d'une véritable incorrection d'un simple manque d'éducation…
* Certains ont la volonté de nuire tandis que d'autres sont seulement négligents. Il faut bien entendu s'obliger à une extrême courtoisie et ne pas hésiter à demander calmement à la personne de préciser son propos, lui rappeler qu'il existe des règles, des lois.. si un parent est particulièrement difficile, le recevoir en présence du directeur ou d'un collègue. Ne pas hésiter si besoin à en référer à l'IEN et aux associations de défense.

La réunion de rentrée
Elle doit se situer tôt dans l'année. Selon les habitudes, les écoles s'organisent différemment. Certaines écoles banalisent une demi-journée où élèves et parents sont accueillis pour la réunion d'information.
Dans d'autres écoles, ces réunions peuvent avoir lieu le soir après la classe en choisissant un horaire qui soit favorable y compris pour les parents d'élèves qui travaillent tardivement.
Dans certains cas on préfère tenir la réunion sans la présence des élèves. Il semble à l'expérience, très intéressant de pouvoir associer les élèves à l'organisation de cette réunion. Les salles de classe sont souvent exiguës mais il est bien que l'élève puisse présenter à sa famille la classe où il travaille, le matériel qu'il utilise, les différents espaces dévolus aux différentes activités...
Dans certaines écoles, le directeur s'il est déchargé, ou si la réunion a lieu après la classe, participera à cette réunion soit comme observateur, pour vous apporter son soutien, répondre à diverses questions d'ordre matériel que peuvent poser les parents ou a rappeler un ensemble de règles ou d'exigences relatives à la vie collective par exemple.
Dans le cas où le directeur intervient effectivement dans cette réunion, vous pouvez préparer avec lui son intervention et la situer dans votre plan de présentation.

De même, avec les élèves, vous pouvez préparer cette réunion pour définir leur rôle
: des moments où ils seront observateurs et devront écouter, des moments où peut-être vous leur confierez la mission d'expliquer à leurs parents quel type de matériel on utilise, les différents cahiers de la classe, leur gestion, le moment où les parents devront les signer, les différentes règles qui régissent la vie de la classe...

L'entrée qui consiste à présenter la classe d'une part comme un lieu géographique, un espace aménagé au service du travail, les outils et les supports va permettre très vite de montrer que l'on se trouve dans un lieu organisé, pensé... Et vous pourrez ensuite attirer l'attention des parents d'élèves sur les programmes officiels. Il est toujours bon de montrer le document. Vous pouvez pourquoi pas, photocopier pour chaque famille les horaires officiels dévolus à chaque discipline. Cela permet sommairement de commenter discipline par discipline les grands champs de compétences des programmes. Vous n'oublierez d'ailleurs pas de souligner la transversalité de la maîtrise de la langue. Bien entendu, il est utile que vous ayez lu et relu ces programmes officiels afin de pouvoir répondre aux questions. Mais il n'est pas du tout nécessaire et vous n'en aurez pas le temps d'entrer dans des détails fastidieux et encore moins de jargonner. En revanche, cette réunion doit permettre à tous de mesurer l'ampleur du travail et son importance. Il est toujours utile au passage de valoriser le niveau de la classe dans le cycle : quelques parents pensent que certaines classes sont moins importantes que d'autres ou seulement la révision de la première…

Dans certains cas, mais cela arrivera peut-être plus lors d'une réunion intermédiaire, les parents d'élèves peuvent poser des questions à propos de telle ou telle notion en contestant tel ou tel aspect. Il n'est pas utile de polémiquer. Vous devez simplement rappeler que vous vous appuyez sur les textes, les manuels en usage...
Parfois, selon les circonstances, si on se sent à l'aise avec tel ou tel domaine, il n'est pas interdit d'approfondir. Par exemple, un parent d'élève contestait le fait que nous de travaillions pas d'emblée la division sous sa forme traditionnellement apprise autrefois. Il m'est arrivé de proposer à ce parent, de manière tout à fait amicale et avec un peu d'humour de venir résoudre lui-même une division au tableau. En la choisissant un peu complexe, le père en question, tout cadre supérieur qu'il était, se trompait. De fait, en lui proposant la méthode de la classe, je démontrais que notre approche permettait une résolution compréhensive de l'opération avec des étapes bien ciblées pour l'élève...

Cette première réunion de l'année doit permettre également de préciser que les règles de fonctionnement dans l'école et dans la classe et de présenter sommairement les grandes lignes du projet que vous pouvez déjà avoir conçu : des sorties éducatives, un projet d'écriture de livre, une classe de découverte... N'en annoncez pas trop, n'inquiétez pas si vous sentez des réticences vis-à-vis par exemple d'une classe de découverte, mais ce peut-être le moment de rappeler que parfois vous aurez besoin des familles pour vous aider à encadrer les sorties. Tous ces projets doivent bien entendu être situés dans le cadre des programmes. Il ne faut pas donner le sentiment que certaines de ces activités seraient finalement facultatives ou moins importantes... Selon les cas, il est bon d'évoquer le projet d'école et les projets communs, d'évoquer le conseil de maître de cycle et ses réunions régulières qui visent à suivre l'évolution des progrès individuels.

Cette réunion doit vous permettre aussi de préciser la façon dont les élèves seront évalués et ce qu'il sera fait de ces évaluations. C'est le moment de parler du différencié, des projets personnels de travail ou des projets personnels d'aider de progrès (PPAP).
C'est aussi à ce moment-là que vous soulignerez la nécessité pour vous de rencontrer chaque famille régulièrement et que bien entendu vous ne verrez pas seulement les familles des élèves qui auraient des difficultés scolaires.

Cette première réunion ne doit pas dépasser 1 h 30. Vous devez ménager du temps aux familles pour vous poser des questions. Vous pouvez leur donner un ou deux documents écrits. Vous verrez qu'en fin de réunion des familles sont nombreuses à vouloir vous interroger où vous parler de leur cher petit : ce peut déjà être l'occasion de noter un rendez-vous.

Dans le cas vous avez une classe de cours élémentaire deuxième année, cette réunion de rentrée peut-être cumulée avec la réunion de présentation des résultats des évaluations nationales, sinon il vous faudra prévoir une réunion spécifique.

Dans le cas où vous prévoyez une classe découverte, il faudra également prévoir de nouveau une réunion d'information et d'organisation, peut-être deux. Dans tous les cas, il est utile d'imaginer une réunion intermédiaire qui pourrait avoir lieu aux alentours du mois de février et une réunion de fin d'année, plus ludique et conviviale afin de faire le bilan.

Pour chacune de ces réunions, il est bien de pouvoir noter le nom ou faire émarger les familles présentes de manière à bien savoir qui venu. Le cas échéant, on proposera des rendez-vous individuels pour compenser une absence à cette réunion. Il est d'ailleurs possible de regrouper les deux ou trois familles qui se seraient absentées. C'est une façon pour vous de montrer que vous faites un effort particulier et que vous attachez une véritable importance à un lien effectif entre vous et la famille. Il faut parfois un peu insister mais on parvient toujours à rencontrer un membre de la famille, pourquoi pas en présence d'une tierce personne s'il faut traduire…

A noter : il est très intéressant en fin de période, par exemple un samedi matin, d'inviter les parents à la présentation du bilan de la période écoulée. Les élèves exposent rapidement les projets de la classe, les notions apprises et chaque enfant présente individuellement à sa table, son livret aux parents et l'explicite. Le maître passe et commente. C'est le moment où l'on définit les projets personnels pour la période suivante. L'expérience a montré que singulièrement les parents de zone défavorisée s'impliquaient beaucoup dans ce type de présentation qui a le mérite de rendre lisible et compréhensible le libellé un peu hermétique de certaines compétences.

Les rendez-vous individuels
Pour certains enseignants, ces rendez-vous restent une contrainte et certains collègues aimeraient bien en limiter la durée et la fréquence. Il nous semble toutefois indispensable de rencontrer chaque famille individuellement au moins deux fois par année scolaire.
Certaines familles, peut-être un tiers de la classe, aimeront faire le point très régulièrement à chaque période. Bien entendu, on ne refusera pas ces rendez-vous très utiles même si tous n'auront peut-être pas une durée très longue. Il arrive également par exemple pour un élève faisant l'objet d'un projet personnel d'aide de progrès ou maintenant d'un ppre , pour un élève faisant l'objet d'un suivi particulier du réseau d'aide ou d'un suivi extérieur (orthophoniste, éducateur, suivi social...) qu'il soit nécessaire de rencontrer très régulièrement la famille ou parfois un professionnel chargé du suivi de l'élève.
Dans certaines écoles en zone difficile, ce temps peut sembler important. Dans d'autres zones plus favorisées les parents peuvent sembler un peu envahissants mais leur inquiétude à tous est légitime.

Il faut que ces rendez-vous soient préparés et centrés sur le travail de l'élève.
Le livret de l'élève peut comporter une case à cocher et une ligne à compléter qui permettra de relever les dates de rencontre avec la famille. Le maître peut ainsi programmer les rendez-vous et s'assurer qu'il a bien vu tout le monde.
À la fin du premier trimestre, chaque famille devrait avoir été vue au moins une fois.

Pour préparer ces entretiens, il est bien de disposer des cahiers de l'élève, des évaluations, du livret de cycle... L'idéal est que l'élève puisse assister à l'entretien. Dans certains cas particuliers on pourra se réserver un moment de dialogue en dehors de sa présence mais c'est une bonne chose que l'enfant entende ce que l'on dit de lui et de son travail et qu'il participe activement à l'entretien.

Pour des raisons que l'on peut comprendre, les parents se trouvent souvent accompagnés d'un ou plusieurs petits frères ou petites soeurs... ou de plus grands... Il est important d'occuper ces frères et soeurs de manière à les éloigner le plus possible de l'entretien. Si on le peut, les confier un collègue dans une autre classe, les envoyer lire en bibliothèque de l'école... . Les frères et soeurs sont en effet très vite enclins à critiquer ou commenter les résultats ou performances de leurs frère ou sœur…

Vous devez animer l'entretien. L'entretien ne porte pas sur vos méthodes, ou vos pratiques mais bien sur le travail de l'élève. Il ne s'agit pas de commencer le catalogue des échecs, des erreurs et de ce qui ne va pas mais de recenser d'abord les réussites, les progrès accomplis récemment. Vous pouvez d'ailleurs questionner l'enfant devant ses parents et lui demander ce qu'il a appris durant la période, ce qu'il a trouvé facile ou difficile et tracer ensemble les grandes lignes de son projet de travail pour la période suivante.
Dans certains cas, la famille évalue mal le niveau de son enfant soit qu'elle sous-estime ses compétences, soit qu'elle minimise ses difficultés. Sans dramatiser, il faut jouer la carte de la vérité : bien nommer les réussites mais pointer ce qui devra être travaillé. Parfois, en veillant à préserver l'anonymat, on montrera à une famille le cahier d'un autre enfant. C'est souvent un moyen simple de montrer ce qu'un autre enfant du même âge, disposant de capacités comparables, peut produire.

Bien entendu, il s'agit d'être tout à fait prudent en veillant à ne pas humilier l'enfant.

Lors de ces entretiens, les parents souvent de très bonne volonté, vont proposer de faire travailler l'enfant en dehors de la classe. En général, ce n'est pas une bonne idée. En revanche, vous pouvez réfléchir avec eux pour trouver la meilleure organisation possible pour l'enfant à la maison... Comment apprendre les leçons ? Comment vérifier le cartable ? Quels types d'activités proposer à l'enfant pour l'aider à gagner en sens des responsabilités et autonomie… on peut passer pour des points très identifiables et très ponctuels des sortes de petits contrats pour lesquels on se donnera un rendez-vous rapide sous une à deux semaines...
Le maître pourra donner une technique d'apprentissage de leçons, pointer un objectif prioritaire... Il peut être tout à fait utile de prendre quelques notes au cours de l'entretien qui se sera passé de préférence dans la salle de classe.
 L'idéal est de pouvoir s'asseoir à une table de travail, l'enfant à sa droite et les parents en face.
Chaque semaine vous verrez en moyenne deux familles (cela fait 14 familles environ par période). Vous pouvez prévoir environ une heure hebdomadaire pour ces rendez-vous. Parfois, il faudra accepter de rencontrer les familles tôt le matin avant la classe (à 8 heures) ou au contraire après l'étude (18 heures)… mais ces rencontres doivent toujours être prises sur rendez-vous.


Les livrets et les commentaires
On a bien évolué depuis les bulletins aux appréciations parfois lapidaires …enfin en ce qui concerne l'école primaire !
Les familles restent à juste titre très attentives aux commentaires portés dans le livret :
- attention à leur orthographe
- on juge le travail de l'élève et non la personne
- éviter les allusions d'ordre privé, s'en tenir à des faits : par exemple, l'impact d'absences nombreuses sur les résultats…
- évoquer des compétences précises plutôt que des généralités
- savoir être constructif et stimuler (fonction Pygmalion) mais ne pas cacher la réalité car le livret est une pièce du dossier par exemple dans le cas d'un recours de la famille contre une prolongation de cycle
- veiller à ce que les notes et les commentaires soient en harmonie

Le cahier de correspondance et les annotations écrites dans les cahiers

Quelques parents s'autorisent à écrire dans les cahiers de classe. Rappelez et précisez dès le début de l'année que seul le cahier de correspondance permet aux parents d'écrire. Collez-y les éventuels mots transmis par la famille.
Si un parent écrit un mot agressif dans le cahier ne surenchérissez jamais mais demandez à rencontrer le parent si besoin en présence du directeur.
Bien entendu aucun commentaire ni relevé des erreurs d'orthographe ou de formulation.

Vos propres commentaires dans les cahiers de l'élève doivent être soignés, lisibles, écrits sur les lignes plutôt qu'en travers et bien entendu ne porter que sur le travail. Nous l'avons dit, le maître n'est d'ailleurs pas obligé d'écrire au stylo rouge.

Dans le cahier de correspondance il peut vous arriver de noter un mot à l'intention des parents suite à un problème de comportement. Ces mots doivent être signés par la famille. En cas d'oubli ou de refus de l'enfant, on pourra faire signer ce mot par le directeur puis les parents.
Le cahier de correspondance doit comporter toutes les signatures indispensables comme les autorisations de sortie…

Défaillance systématique de la famille :
Dans certains contextes difficiles, il n'est pas possible d'obtenir de la famille un suivi du travail de l'enfant. Après coordination avec l'assistante sociale scolaire et le directeur, il peut être intéressant (surtout à partir du cycle 3) que l'élève choisisse un adulte référent parmi les membres de la communauté éducative qui suivra son travail et devra signer les cahiers, suivra le travail de l'élève… Ce peut être un autre enseignant, le directeur, un membre du personnel de service…
Bien entendu sauf mesure de justice il n'est pas question qu'il se substitue à l'autorité parentale mais parfois cela peut aider.

 D'un façon générale, on témoignera du devoir de réserve et l'ensemble des relations sera fondé sur le travail de l'élève en l'associant le plus possible.
Le maître proposera souvent des pistes pour aider à la prise d'autonomie et de responsabilités pourquoi pas dans la famille : cela commence avec " écrire la liste des courses " " acheter la baguette en préparant la monnaie "…
Le maître pourra proposer des bibliographies à lire après la classe ou pendant les vacances, des idées de sorties culturelles gratuites ou pas chères, s'informer des associations d'aide au devoir non confessionnelles, des structures comme les bibliothèques de jeunesse qui souvent accueillent les enfants dans les quartiers après la classe…

Le cas échéant il pourra être bien de conseiller la " jeune fille au pair " ou l'étudiant qui fait travailler ou donne des leçons à l'enfant. Un lien avec l'orthophoniste sera pertinent. De même, si l'enfant est suivi par le Rased une rencontre de la famille avec un membre du Rased montrera la coordination au sein de l'équipe.

Si le cadre est posé, si la courtoisie et la réserve sont de rigueur vous ne devriez pas avoir de problèmes.
Il ne faut pas hésiter à s'ouvrir des éventuelles difficultés au directeur de l'école et si nécessaireégalement à l'équipe de circonscription qui est souvent " le bureau des plaintes " et saura mieux défendre les intérêts de l'école si vous avez donné tous les éléments d'information.

Le parent d'élève a été élève lui même et tend parfois à transposer sur son enfant son vécu et ses rêves.
L'une de vos principales missions sera de lui montrer que cet enfant qui s'élève est un individu à part entière, qui réfléchit, construit ses apprentissages, fait ses premiers choix...
A vous de rassurer la famille en lui montrant que l'émancipation dont fait preuve très vite le jeune enfant est la qualité qui lui permettra d'appréhender le monde et d'y faire sa place.





et vous ?
dites-nous quels types de relations vous construisez avec les parents de vos élèves ?

vos réactions et contributions

 

droits réservés vincent breton paris pour prepaclasse.net août 2004 actualisée en mai 2006