gérer et préparer
la classe primaire
élémentaire
&
maternelle
la prise de parole et les interventions du maître

Problème posé: comment mesurer de façon pertinente les interventions du maître et ses prises de parole ?
 Un constat : l'image que nous avons du rôle du maître, nous incite souvent à pratiquer un certain "interventionnisme" dans la classe, c'est à dire à multiplier les actions verbales, les déplacements, les reformulations et explications diverses...
La parole du maître est un modèle nécessaire , mais elle peut s'opposer à la véritable activité intellectuelle des élèves.
Le philosophe Alain l'avait déjà souligné dans ses Propos sur l'éducation où il prônait une forme de réserve du maître.
«Il n'y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu'il entend, ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait » Pour Alain, l'école est ainsi ce « lieu où l'instituteur ne travaille guère et où l'enfant travaille beaucoup.» Le travail du maître pour Alain ne consiste pas à préparer et à faire des leçons, mais à organiser l'étude et à « graduer les épreuves »... André Giordan dans un autre contexte nous rappelle que si "l'élève est acteur, le maître est le metteur en scène".

Le visiteur qui passe dans un couloir d'école entend souvent la voix de l'enseignant qui accompagne le travail des élèves de manière très soutenue. Celui-ci est animé du souci légitime d'engager les élèves dans l'activité.
Lorsqu'il est visité, le maître ne voudrait pas non plus laisser croire qu'il resterait passif au moment où ses élèves doivent apprendre.

Pourtant, certaines de ces actions peuvent non seulement "ne pas aider", mais faire "bruit" avec le risque de s'opposer à une véritable appropriation des connaissances par les élèves.

Mise en scène :

Pour être bien identifiée, la parole du maître prend place dans un contexte symbolique, marqué par un lieu, par l'instauration du silence... Ces rituels débutent avant même l'entrée des élèves dans la classe. Le maître n'engage pas sa parole au hasard, en n'importe quel point de la classe. Il pose sa parole. Il n'élève pas la voix.


La parole du maître de la classe doit permettre aux élèves de discerner la nature de ce qui va être délivré comme message.
Une consigne ? une remobilisation ?
Mais parfois aussi, un récit qui commencera tranquillement, à brûle pourpoint... Le maître soudain offre une histoire en cadeau. Surprise...

Un objet mystérieux présenté au groupe, une affiche que l'on va dévoiler, un tableau qui va s'ouvrir...
Un mot, un indice, un texte d'élève recopié, un message codé...
La mise en scène du maître peut choisir de débuter par une rencontre qui démarre par le regard, dans le silence...
"Qu'est-ce que c'est ? D'où ça vient ? Pourquoi ai-je apporté cela ? " Et les élèves découvrent que rien n'est gratuit dans ce que propose le maître et qu'il y a cohérence dans les choix du maître, appel aux souvenirs, au questionnement, à faire du lien...
Le maître a pris la parole à peine, juste un moment, pour la donner de nouveau. Il assure le passage de relais. Il encourage. Il reformule. Il aide l'élève à prendre à son tour la parole en s'appuyant un instant sur la sienne.

Le maître économise sa parole pour qu'elle puisse conserver pleine valeur.

Joindre le geste à la parole

Regarder tous les élèves, se déplacer... pour aider chacun à se centrer... pour regarder le tableau depuis le fond de la classe. "j'ai écrit un texte au tableau, je vais me relire de loin, à voix haute pour vérifier.." Mais très vite des élèves liront en lieu et place du maître.
Le maître sait qu'il n'est pas utile de se positionner toujours frontalement. Se placer près de l'élève en difficulté, aller souffler discrètement une consigne de maintien ou de rappel près de l'élève qui rencontre un problème comportemental... Par ses déplacements calmes et vigilants, le maître témoigne de son attention aux différents indicateurs de la communication dans la classe...
L'humour bien dosé n'est pas interdit.

La consigne
Une bonne consigne sera celle que suggère la situation, l'objet proposé au questionnement... Un document, un texte... "Pourquoi vous donne-je cela ? D'où ça vient ? qu'allez-vous en faire ? " Il est possible de s'appuyer sur de l'écrit.
Possible aussi de proposer une première exploration : "je vous donne cinq minutes pour chercher ce qu'il est possible de faire et comment on peut procéder."
Une consigne simple et fermée pourra être reprise très vite et répétée par plusieurs élèves.

Le maître doit prendre garde à ce que sa formulation et répétition de la consigne ne vienne finalement à supprimer tout enjeu, toute réelle problématique... Le maître en dit tant que les élèves ne deviennent plus que des exécutants...

 

Les questions et réponses
veiller d'une part à ce que nos questions ne comportent pas déjà les réponses
laisser le temps aux élèves de chercher avant de reprendre la parole
ne pas s'appuyer sur une seule bonne réponse pour croire que "c'est compris"
éviter les questions collectives (Tout le monde a compris ? tout le monde est d'accord ? ) ou les questions qui suggèrent trop le choix...


Des aides
La préparation de la séance doit définir la nature et les formes d'aides que le maître souhaite apporter.
Des aides en amont, des aides au fil de l'eau, des aides par le biais de bilans intermédiaires...
A proscrire : le maître met les élèves au travail et ne cesse de commenter l'activité écrite... Il juxtapose et empile consignes et conseils multiples à voix haute. Ce bruit permanent crée du brouillage.

En revanche dans une approche pensée le maître peut proposer :
- des indices collectifs ou individuels : un mot clé déclencheur, un conseil écrit au tableau, la référence d'une page, le numéro d'une fiche référent, l'affichage d'un panneau (affichage d'une conjugaison, d'une "règle" orthographique, de lexiques thématiques...)... Le maître peut dispenser également des indices individuels : un post-it collé sur la table, un message soufflé discrètement à l'un... Le tout de manière économique, en ponctuation discrète mais introduite de manière circonstanciée et symbolique avec même une forme de connivence où le maître témoigne de ce qu'il a reconnu de l'activité intellectuelle des élèves...
- les élèves peuvent disposer d'un code pour demander de l'aide, signifier qu'ils ont achevé leur travail (un panneau de couleur, un point d'interrogation dessiné...).
- la représentation heuristique : élaborée par le maître et/ou la classe, permet par la mise en place d'un "brain-storming" de problématiser une situation, de capitaliser des données, de visualiser "ce à quoi il va falloir penser"
- la métaphore ou l'image mentale : peut-être proposée pour "dire autrement" le problème posé...

- la parole du maître s'appuiera sur un usage pensé et organisé du tableau de la classe dont la "mise en page" doit permettre aux élèves de trouver des repères. Ils peuvent d'ailleurs également être appelés à y inscrire une question, une proposition, un indice, une demande d'aide adressée à la classe...

Dans le travail de groupes :penser le rôle du maître (intervenir auprès d'un groupe, passer relever une information à un moment donné, passer silencieusement et noter des observations par écrit...)

Au moment des relevés de conclusion, des synthèses et des bilans :
Prendre soin que la validation soit légitime. C'est à dire ne pas s'appuyer sur une seule bonne réponse pour considérer que la généralisation peut être acquise. Solliciter les élèves (métacognition) pour obtenir une explicitation de ce qui a été appris.
S'il est nécessaire de revenir sur un point ou de couper court car la classe s'enferre ou ne travaille plus dans le cadre élaboré initialement, le maître peut noter au tableau cet aspect et expliquer à la classe qu'une clarification devra être mise en oeuvre.
Il ne s'agit ni de se laisser détourner d'un objectif, de se laisser "aspirer"... ni de minimiser ce qui peut être l'émergence d'un besoin réel.
Il peut dans certaines conditions être opportun de clarifier immédiatement un aspect.
Si le maître a pensé les enjeux relatifs à la maîtrise de la langue dans les différentes disciplines, il peut "faire une parenthèse" sur le lexique ou une formulation ou une construction complexe... à la condition que cette brève parenthèse apporte un éclairage immédiat et constitue alors un élément de déblocage.
Le maître ne se laisse pas enfermer dans sa préparation, polyvalent il sait réguler.

La valorisation et l'accueil : Tout comme le maître aura veillé à accueillir individuellement et collectivement ses élèves, il est pertinent que le travail trouve sa conclusion par une valorisation des efforts, des réussites individuelles ou collectives des uns ou des autres dans le domaine concerné, .
Le regard positif, les félicitations non pas démagogiques mais sincères sont des témoins de l'attente que vous avez de vos élèves. La valorisation de l'activité intellectuelle, la reconnaissance de l'intérêt d'un point de vue ou d'une démarche, situent les relations dans le groupe classe du point de vue du travail. Tout cela crée une bonne dynamique .

Auto évaluation du maître :
- par l'écoute des reprises langagières des élèves qui s'approprient nos tics linguistiques
- par la mesure de la fatigue de notre voix après la journée de classe
- par l'écoute d'une bande son enregistrée d'une heure de classe : combien de temps laissons nous les élèves sans intervenir ?

et vous ?
dites-nous comment vous mesurez vos prise de parole en classe ?

vos réactions et contributions prepaclasse@aol.com 

droits réservés vincent breton paris pour prepaclasse.net novembre 2005