Réguler sa pratique :
conseils pour la conduite d'une classe maternelle

Préparer et réussir sa première rentrée.

 En observant le travail mené dans les classes maternelles par nos collègues débutants, plusieurs points nous semblent mériter une attention particulière. Bien entendu, ces besoins ne sont pas identiques pour tous, mais ce document a pour vocation d'aider à lister et orienter le travail.

1) la programmation :
Elle doit s'inscrire dans le cheminement de l'enfant dans l'école.

On veille à la fois à la cohérence et à la continuité en variant les thèmes traités d'une année à l'autre tout en permettant de réinvestir les compétences.


La programmation doit tenir compte des besoins réels des élèves.
Elle implique donc un travail collectif en conseil de cycle.
Dans la classe, elle doit permettre de mener à bien un cycle d'activités, un projet, de ménager des temps d'évaluation.


Une programmation annuelle découpée ensuite par périodes ou à la semaine peut permettre de faire le point régulièrement.

 

2) l'emploi du temps :

Il ne s'agit pas d'assurer des horaires disciplinaires quantifiés strictement comme en élémentaire mais de veiller :

- au respect des différents domaines d'activités décrits dans les IO ( le langage, vivre ensemble, agir et s'exprimer avec son corps, découvrir le monde, sensibilité imagination création ) sachant que la première année de chaque cycle doit appliquer les nouvelles instructions.
- Au respect des rythmes individuels avec pourquoi pas la prise en compte de l'environnement
( on sait par exemple que les acquisitions structurées sont plus faciles de 9 h 30 à 11 h 30 et de 14 h 30 à 16 h 30).
- A ne pas confondre les temps éducatifs avec les temps d'apprentissages.

Les temps éducatifs comprennent parfois des temps d'apprentissage mais pas exclusivement.
Dans les temps éducatifs on recensera : l'accueil, la remise des élèves aux familles (qui ne doit pas être trop long) , la récréation, l'habillage et le déshabillage, le passage aux toilettes, la sieste, les temps de repos, la collation ou les goûters….

Exemple de la collation : elle répond ne répond que dans des cas limités à un besoin physiologique et elle ne doit pas être trop tardive. Il serait bien d'éviter les gâteaux et autres sucres rapides au bénéfice d'aliments structurants.
La collation temps éducatif permet de servir certains apprentissages relatifs à l'autonomie, la vie collective, l'éducation nutritionnelle (varier les goûts) la motricité (couper, tartiner), la langue orale (échanger, remercier) la langue écrite ( tableau des services, menus du goûter, docs sur l'alimentation…) Autrement dit, la collation doit être pensée à la fois en relation avec l'acte éducatif et les apprentissages (approche transversale).

Les temps de récréation doivent permettre aux enfants de s'oxygéner, profiter du soleil , trouver un espace libre d'activités. Les enseignants doivent animer la récréation (proposition de jeux libres ou collectifs…)

 

 

3) Les activités, les démarches :

3 types d'activités sont principalement proposées.

- Celles où le projet est premier : ne pas confondre le projet avec un thème déclinant dans tous les domaines le même sujet mais comme la fédération autour d'une production collective de préférence coopérative. Le projet s'il est compris par les enfants permet de donner du sens à l'activité. Il permet d'expérimenter mais de réinvestir des compétences. Il enrichit le patrimoine de la classe et s'évalue par le plaisir qu'il procure, la qualité de la production…
- Celles où la situation est première : situation qui pose un problème et suggère une réponse enfantine. C'est le cas par exemple lorsqu'en motricité on présente aux élèves des cartons de tailles différentes ou des obstacles à franchir
- Celles où la notion est première : lorsque par exemple dans un jeu d'écoute le maître veut travailler la reconnaissance d'un phonème…

Il convient en tout état de cause de varier les approches et de privilégier dans les différentes approches que ce soit par le projet, la situation, la notion ; la rencontre et la résolution de situations problèmes.

Le maître choisit une compétence, précise les objectifs intermédiaires, prépare la situation d'enseignement, définit le contexte, dresse l'état des connaissances et des représentations enfantines.
Il va en fonction de ces représentations ou de ces connaissances ajuster les objectifs et saura jouer sur les différentes variables :
- choix du matériel
- durée générale , temps de manipulation, temps de parole, temps de représentation…

Il faut bien entendu choisir les procédures à mettre en œuvre (travail collectif ? par ateliers ?)

Cela implique une évaluation intégrée :
- Observer les attitudes, les échanges, les modalités d'observation (on peut se construire des mini fiches d'observation que l'on complète au fil de l'eau, observer les travaux de l'enfant, les procédures…).
- Il conviendra d'étayer les observations en proposant des activités permettant de réinvestir, retrouver les consignes…

Selon les situations l'enfant est conduit à s'entraîner, transformer, repérer, évaluer, produire, réinvestir… Il est très intéressant de le faire s'exprimer sur ses réussites et ses procédures, ses choix…

Quelques points à ne pas négliger :
- le langage oral
Outre les temps d'échange " au fil de l'eau ", les jeux d'écoute, l'audition ; il convient de ne pas oublier les activités relatives à la perception auditive, à la compréhension, à la restitution, à la formulation ritualisée.
On jouera alors aussi bien sur les registres relatifs à l'expression dramatique (théâtrale) que des jeux articulatoires ou la formulation précise (grammaire textuelle, grammaire orale). Un lien avec l'écrit se fera très vite. Oralisation / mémorisation des " formules " du conte entendu, transposition orale puis écrite d'un conte ou d'un album.
- la place de l'écrit
Faire place pleine à l'album de littérature de jeunesse et pas seulement pour dire / écouter / restituer mais travailler véritablement sur l'image, la construction, les personnages.
Par exemple : mettre en scène les personnages à partir de silhouettes photocopiées, recréer un univers (maquette) , placer des livres en réseau (reconnaître un héros, associer des livres sur un thème), écrire une nouvelle page " à la manière de ", donner les ouvertures ou indices culturels en relation avec l'ouvrage présenté…
- les rituels et les repères dans l'espace et le temps :
Ils font partie du patrimoine de la classe. Construits avec les élèves ils permettent de se situer dans le temps, dans l'activité, de s'identifier. Ici on invente " la chanson de la classe ", là on se fait la carte d'identité, on organise la reconnaissance et l'appel, le menu de la journée est affiché et l'on repère l'avant et l'après dans les transitions entre activités, les travaux sont identifiés, datés, rangés avec les élèves, les éphémérides, le calendrier " horloge " sont en place… Les déplacements eux-mêmes sont codifiés de façon ludique…Les rituels permettent à la fois de rappeler les règles de vie, de marquer les transitions, de ponctuer la journée, de s'identifier et de se rassurer, se structurer.
- Le jeu qu'il soit libre ou proposé ou organisé a sa pleine place. Le recours aux coins jeux est pertinent s'il est intégré et si l'on veille à la diversité. Par ailleurs, le jeu comme situation d'apprentissage (en découverte du nombre par exemple) est très porteur. Du jeu libre au jeu réglé on peut se donner tout un programme (en passant par la création et la fabrication de jeux, la modification de règles, l'écriture de règles…). Ne pas confondre cependant " jeu " et " travail ". Ne pas négliger les jeux d'imitation…
- L'activité motrice chaque journée doit permettre de pratiquer des activités motrices diversifiées et adaptées (par exemple, le recours au parcours doit être pensé. On installe trop souvent un parcours qui sera utilisé par tous les niveaux sans analyse préalable des compétences visées et des objectifs..). Laisser des temps de découverte, de familiarisation, d'approche progressive…
- l'adaptation aux besoins et aux capacités : veiller à la fois à répondre aux enfants qui peuvent " aller plus loin " tout en respectant les rythmes et les compétences des autres. Prévoir à la fois de favoriser les interactions comme d'alimenter à juste hauteur les uns et les autres.




mercredi 20 novembre 2002

 

vincent breton. paris. droits réservés