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problème posé:
comment
passer d'une utilisation abusive à une utilisation raisonnée
et pertinente du point de vue pédagogique et des apprentissages
?
1 Le constat
- l'usage abusif du photocopieur depuis la mort du duplicateur.
Depuis longtemps l'école a voulu reproduire pour chaque
élève des documents, des exercices... Pour témoigner
à quel point l'auteur de ces lignes fait partie de la
préhistoire, je me souviens jeune instituteur d'avoir
utilisé la "pierre humide" sorte de pâte
argileuse qui avec un carbone hectographique permettait de manière
plus ou moins hasardeuse de réaliser des tirages manuels.
Plus tard, j'achetai avec mes propres sous une bonne vieille
ronéo à alcool, autrement dit duplicateur qui permettait
de tirer des textes écrits à la main ou tapés
à la bonne vieille machine à écrire sur
des carbones qui ne manquaient pas d'être très salissants.
Le côté aléatoire de la réussite du
tirage et la nécessité de passer par un travail
de la main limitait toutefois le recours à la machine.
Les dernières ronéos à alcool sont progressivement
retirées pour des raisons pratiques et relatives à
la santé (émanations).
Progressivement, des machines électriques et en particulier
certaines qui permettaient de réaliser un polycopié
à partir d'une page de manuel en noir et blanc vinrent
faciliter le travail.
Le photocopieur vint ensuite et après l' époque
douloureuse du "feuille à feuille" où
la machine partagée tombait vite en panne, on voit aujourd'hui
dans nos écoles des machines souvent performantes, parfois
avec trieuses et agrafeuses. Des relieuses manuelles équipent
souvent les écoles.
Dans certains cas, en général hors de l'école,
il est possible d'effectuer des tirages couleurs. Les progrès
techniques accomplis en informatique permettent aujourd'hui de
réaliser des tirages à partir de documents très
divers prélevés dans des supports de nature variée.
Si le coût
économique du tirage papier reste un facteur de pondération
du nombre de tirages, dans certaines écoles bien dotées
par leur commune ou assises sur une coopérative riche,
le nombre de tirages par classe peut être de une à
trois photocopies par jour... Cela chiffre vite.
L'examen des cahiers des élèves montre une forte
présence de la photocopie de la maternelle au CM2.
Tour à tour support d'exercices ou documentaire, elle
peut être également un outil de communication ou
de mise en mémoire d'écrits. Certains cahiers d'élèves,
notamment en sciences, en histoire, sont remplis à près
de 80% de photocopies. Cela interroge évidemment sur ce
que l'on fait de ces écrits et il nous semble qu'entre
la réprobation et l'abus, il doit exister une voie raisonnée
et pertinente du bon usage de cet outil.
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les problèmes posés par la photocopie
a) ils sont d'ordre légal / relatif au droit d'auteur
Le droit de l'auteur doit être respecté, que son
oeuvre soit éditée sur papier ou numérique
(site web, cédérom).
Des normes européennes le précisent aujourd'hui:
http://ecommerce.wipo.int/survey/html/3-fr.html
Droit de citation et droit d'auteur http://www.ac-besancon.fr/siteaca/internet/apercu.php3?IdPage=1155
Un avis d'éditeur vis à vis de la photocopie des
manuels http://www.scolartek.com/reproduction.html
Point de vue de l'auteur Gilles Pellerin http://www.ledevoir.com/2004/04/23/52833.html
Le copilleur et le copillage http://fr.wikipedia.org/wiki/Copilleur
CFC CENTRE FRANCAIS DU DROIT D'EXPLOITATION DE LA COPIE http://www.cfcopies.com/V2/
Cet organisme exerce des fonctions comparables à celles
de la SACEM (oeuvres musicales) ou de la SACD (société
des auteurs dramatiques).
le SNUIPP
et le photocopillage http://78.snuipp.fr/Index/P/Photocopillage.htm
Le point de vue des professionnels documentalistes et bibliothécaires
http://www.enpc.fr/~michel-j/publi/JM295.html
b) ils sont
d'ordre économique :
Le coût par page est élevé. Au prix du papier
il faut ajouter celui de l'entretien du photocopieur . Cela dépasse
souvent celui de l'achat d'une série de manuels pour la
classe.
c) ils
sont d'ordre environnemental et d'ordre éthique
- question
de l'eedd (éducation à l'environnement et au développement
durable) / la question de la préservation de la forêt
: on connaît
aujourd'hui la nécessité de limiter la déforestation.
Plus de 20% des arbres abattus le sont pour le papier:
http://www.greenpeace.fr/foretsanciennes/papier.php3
http://alsace.nature.free.fr/Environnement/bois.htm
Si des efforts sont faits pour recycler le papier, la consommation
de papier dans le monde continue de grimper. On note également
que les photocopieurs consomment de l'énergie et que les
cartouches d'encre (tonner) doivent être recyclées
car elles sont très polluantes.
- concordance
entre la formation du citoyen et l'objectif de préservation
et d'économie : il semble difficile à l'heure où
l'eedd entre dans nos programmes de continuer à l'école
d'avoir vis à vis du papier des attitudes aussi dispendieuses.
On observe en effet, outre le problème posé par
la photocopie en elle même , que très souvent toute
la page n'est pas occupée et par conséquent un
gaspillage de papier "blanc" tout à fait significatif
qui vient s'ajouter à celui observable dans les poubelles
de classe.
d) du point
de vue du livre et de la lecture
- l'écrit photocopié est peu ou mal identifié: Il n'est pas toujours facile pour l'élève
de comprendre face à la photocopie qui en est l'auteur,
d'où vient l'extrait, sa date d'édition. le maître
note rarement les sources du document original et celui n'est
pas toujours présenté aux élèves.
Très souvent le passage de la couleur au noir et blanc
rend plus complexe encore la bonne lecture du document.
- le statut
du document n'y est pas clair (photocopie de reproductions
), place de
la consigne, collages de documents divers, part du maître
dans la création ou non d'exercices .
Par exemple,
la photocopie d'une photographie d'un tableau lui même
reproduit et peut-être recadré dans un manuel mérite
que l'on donne des clés au jeune lecteur. Très
souvent, il y a confusion entre des types de documents divers
(consigne du maître ou d'un manuel, questionnaire, reproduction
d'un document historique ou d'un extrait d'oeuvre littéraire...).
Cela impose parfois au jeune lecteur plusieurs niveaux de lecture
et rend difficile l'appropriation et la bonne interprétation
des documents.
- la mise
en page du document n'est pas en cohérence avec celle
du cahier : la
photocopie se plie, se froisse, se décolle). Les maîtres
ont de plus en plus recourt à des cahiers grand format mais
dès que l'on plie une page on peut être certain
que l'élève ne reviendra pas lire le texte photocopié.
- la cohérence
et la continuité du livre disparaissent et avec tout ce qui
est l'orientation dans l'écrit long ( la photocopie n'est
plus le livre au sens strict). On perd des indicateurs très
utiles: compréhension des titres et sous-titres, des paragraphes...
L'extrait n'est pas situé dans le livre. Pourtant il est
souvent une aide de savoir s'il vient de tel ou tel chapitre
ou partie, s'il est introductif ou marque une synthèse,
une conclusion... La page d'un livre c'est comme l'extrait d'un
film dont on n'aurait pas vu le début et dont on ne pourrait
pas toujours voir la suite...
e) du point
de vue de l'écriture
La photocopie est souvent donnée comme support d'exercices:
- la place laissée à la main de l'enfant est trop
limitée (qcm, phrases à trous ): cela n'incite
pas forcément à la vigilance orthographique
- l'espace est mal repéré (pas de lignes Sieyes
en général) et l'écriture y est maladroite
(format)
- on fait écrire très souvent au crayon à
papier comme si la photocopie imposait moins de soin que les
travaux à l'encre
- nombre d'élèves écrivent alors en script
ou en imitant la graphie imprimée sur le document. De
fait, les élèves voient moins l'écriture
manuscrite de l'adulte. Il arrive même que le maître
utilise des "polices manuscrites" qui ne sont pas la
véritable écriture manuscrite et ne respectent
pas toujours les liens entre les lettres.
- il est difficile de corriger lisiblement sur une photocopie
où les espaces nécessaires à la correction
sont souvent absents.
- Tout cela ne favorise pas le respect des programmes sur la
durée d'écrit par jour (lire et écrire au
cycle 2,2h30; au cycle 3, ah...)
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des règles de base
Nous proposons à partir de ces constats de donner un cadre
de fonctionnement:
a) tout
recours à la photocopie doit être justifié
: on ne
doit pouvoir trouver l'écrit correspondant ni dans un
manuel ni dans un ouvrage accessible même en petit groupe,
la photocopie doit permettre surtout de diffuser des documents
originaux crées par les élèves ou le maître
(elle peut même permettre d'aider à reconstituer
ou créer un livre).
b) il faut
limiter a priori le budget ( 2 photocopies par semaine serait bien ) une
dépense se prévoit et ne doit pas être à
la charge des familles. La coopérative de l'école
n'a en principe pas vocation à payer les photocopies à
moins d'un projet de classe spécifique.
c) tout
écrit doit être identifié (auteur, éditeur, date) et
doit permettre de retrouver l'écrit long original (l'idéal
étant de le présenter).
d) tout
document distribué doit faire l'objet d'une véritable
appropriation par les élèves et favoriser l'activité
de ceux - ci.
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Des pistes
-une gestion
coopérative des photocopies par la classe: on peut faire calculer
les dépenses occasionnées. L'idéal serait
que ce soit en débat réglé que l'on décide
des photocopies que l'on fera pour la classe: les élèves
peuvent décider de tirer des pages de cahier pour un élève
absent, de dupliquer une reproduction intéressante d'un
schéma scientifique ou d'une poésie... Le conseil
de coopérative peut les inciter à se responsabiliser
en connaissance de cause et comprendre que la photocopie n'est
en rien "gratuite".
- limiter
le nombre de photocopies par semaine et par élève
- préférer
à chaque fois le document original à la photocopie
: exemple
ticket de caisse, billet de train, dépliants, affiches
documents publicitaires divers qui permettent nombre d'activités.
Les élèves et leurs familles peuvent être
associés à la collecte de ces "écrits
sociaux". On peut fabriquer de nombreux jeux de lecture
ou des problèmes de mathématiques à partir
d'un ticket de caisse ou d'un dépliant publicitaire...
- disposer
d'un accès aux originaux (espace dans la bibliothèque de classe,
affichage) et repérage de la page photocopiée...
- apprendre
à organiser la page avec les élèves : celle de la photocopie
, celle du cahier en notant les références.
- apprendre
à monter la page à photocopier
- apprendre à brocher un texte et à calculer une
mise en page des feuillets
- apprendre
à photocopier et découvrir le photocopieur et les différents
appareils permettant de reproduire des textes, apprendre à
faire un recto-verso (problème de sens)
- apprendre
sur la photocopie à distinguer la consigne, les différentes
sources ou types d'informations
- mener
des lectures actives : avec les ciseaux (prélever des infos
choisir), avec le surligneur, entourer, souligner
- jouer
avec le texte:
savoir travailler sur le repère des connecteurs, des anaphores,
le squelette d'un texte (découper un texte.. bricoler
sa construction etc
.) pour mener ensuite des activités
d'écriture. Procéder par collages, déplacements,
création de puzzles...
- savoir
repérer un dialogue (mise en couleur)
- savoir
utiliser la photocopie pour mémoriser (plier la page, cacher progressivement
ou au contraire l'utiliser comme guide ou aide à la relecture)
- apprendre
à recopier une information essentielle ou à la
traduire en termes plus simples (une fois prélevée, il n'est pas
obligatoire de conserver la photocopie qui aura été
alors un simple outil de recherche, de travail , d'expérimentation...)
- savoir
coller et légender le document photocopié en le mettant en page
correctement
- savoir
concevoir une fiche documentaire à partir d'une photocopie
(mise en
page sur fiche bristol afin de constituer un référent)
- prélever
dans une photocopie des phrases ou des éléments qui serviront à
constituer des fichiers référents permettant par
exemple de procéder par analogie...
- utiliser
la photocopie de la couverture des livres pour savoir ranger les ouvrages de
la bibliothèque, ou rappeler quel livre a été
emprunté en petite section...
- utiliser
les procédés de réduction ou d'agrandissement
du photocopieur
(réaliser un dessin détaillé en bande dessinée,
agrandir un plan ou une photographie, réduire une carte
afin de faire tracer son contour par transparence...). On trouvera
de nombreuses utilisations du photocopieur en arts visuels (symétrie,
collages, figures à compléter...).
- constituer
dans la classe un album des photocopies distribuées, celui-ci pouvant
servir de matrice ou de référent en cas de besoin
ultérieur.
- veiller
à lutter contre les photocopies orphelines ou apprendre
à les récupérer comme brouillon.
- exercices intéressants :
*expliciter à des camarades qui ne l'ont pas le contenu
d'une photocopie et l'information qu'elle apporte, savoir la
résumer par écrit
*Etre capable de retrouver parmi plusieurs ouvrages ceux dont
vient une photocopie ou un extrait photocopié (peut se
faire dès la maternelle avec des pages d'albums) /nécessité
de prélever divers indices textuels, relatifs à
la mise en page, la typologie...
* être capable de retrouver parmi trois résumés
celui qui correspond à la photocopie donnée
Toute distribution
de photocopie doit s'accompagner du DQPQ
- D'où ça
vient ?
- Qui l'a écrit ?
- Pourquoi nous l'a-t-on donné ?
- Qu'allons-nous en faire ? |
La découverte
d'une photocopie doit permettre de se placer en situation problème
ou de répondre à une question.
On peut
par exemple solliciter les élèves pour des exercices
d'interprétation (par exemple à partir de la reproduction
d'un tableau ou d'un schéma, être capable d'émettre
des hypothèses, de proposer un titre ou de rédiger
une courte description : ce que je vois, ce que j'en pense, les
questions que je me pose
Cas particulier : la fiche d'évaluation réalisée
par le maître (mais là aussi il faut distinguer
ce qui est consigne, exercice inventé, " vrai faux
document " , photocopie de " vrai " document
et
vous ?
dites-nous comment vous procédez avec les photocopies
dans votre classe ?
vos réactions et contributions
prepaclasse@aol.com |