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querelle des anciens
et nouveaux ? l'affaire de la méthode syllabique et de sa médiatisation |
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Depuis maintenant quelques années, avec une ampleur assez vive et pour des tirages significatifs, des éditeurs ont choisi de faire la part belle à plusieurs auteurs dont l'antienne est de revendiquer le retour "aux bonnes vieilles méthodes". Du point de vue de l'enseignement de la lecture, cela s'incarne dans la fameuse "méthode syllabique". Largement relayés par
les médias, les écrits de ces auteurs font grand
bruit. Pour ces auteurs, il existerait
de "bonnes vieilles méthodes" qui auraient
fait leurs preuves, mais ces méthodes seraient devenues
aujourd'hui suspectes ou prohibées par l'Institution,
les inspecteurs, les formateurs... Dans un autre registre, des orthophonistes, proposent une méthode de lecture, certes actualisée dans sa forme, mais qui reprend sur le fond une méthode syllabique traditionnelle. Aujourd'hui, en particulier grâce au relais d'Internet, une large campagne publicitaire vient promouvoir la diffusion d'une méthode de lecture syllabique qui s'adresse aux parents afin qu'ils enseignent la lecture avant l'école primaire puisque celle-ci est défaillante en ce domaine. En novembre 2005, le journal télévisé de France 2, a diffusé au "20 heures", un reportage particulièrement favorable à la jeune institutrice pratiquant cette fameuse méthode syllabique. Ce reportage, procède comme les ouvrages évoqués plus haut : les enseignants qui pratiquent les méthodes traditionnelles devraient le faire dans la clandestinité, les méthodes pédagogiques nouvelles seraient mauvaises... Le journal, ne dit pas tout de suite qu'il nous présente la jeune auteure du pamphlet largement diffusé. La journaliste se garde bien de permettre qu'une contradiction s'exprime. À aucun moment, il n'est évoqué le lien pourtant très étroit qui existe entre tous ces auteurs et le mouvement "Sauver les lettres". Ce groupe en fait pourtant large publicité sur son site et les divers sites amis. Plus qu'un mouvement structuré
qui serait né d'un projet ou d'une école pédagogique,
"Sauver les lettres" rassemble des personnalités
qui veulent d'abord marquer leur opposition à la rénovation
des programmes et ce en particulier depuis le ministère
Allègre. Le modèle transmissif semble être
le modèle préféré de ce mouvement
qui s'en prend à ce qu'il nomme "le pédagogisme".
Ce "pédagogisme" s'incarnerait principalement
dans le modèle "constructiviste". "Sauver les lettres
"semble également nier ou considérer comme
quantité négligeable l'apport des neuros - sciences.
Les IUFM ne seraient par ailleurs que le lieu du "jargon"
où la défense de la transmission des connaissances
et de la Culture serait abandonnée... Il est difficile de mesurer
l'importance numérique réelle de ce groupe dont
l'impact est cependant significatif notamment auprès de
la Presse où se comptent nombre d'anciens enseignants. Sur Internet, une poignée de ses sympathisants pratique ce que certains décrivent comme de "l'entrisme", une forme d'infiltration systématique, au sein de diverses listes de discussion ou des forums à caractère pédagogique, y engendrant parfois des débats très vifs, voire virulents assimilés à ce que d'autres décrivent comme du " troll ". Du point de vue des procédés,
nos auteurs fonctionnent sur le mode du dénigrement systématique.
La posture qui vise à discréditer sans cesse tous
les acteurs institutionnels, les formateurs, les collègues...
qui seraient tous ligués pour faire échouer les
élèves est pour le moins ambiguë et l'on se
demande pour ces fonctionnaires où se situe "le point
de non retour". La mauvaise foi avec laquelle les difficultés sont décrites, c'est-à-dire dans une représentation globalisante (comme la méthode globale qu'ils réfutent alors qu'elle n'est pas mise en oeuvre en France), représentation absente de nuances ou avec une sélectivité subjective par exemple de l'information relative aux évaluations ne peut que troubler.
Lorsque la jeune auteure publie
son " journal d'une institutrice clandestine " ; elle
oublie cependant de préciser qu'elle est bien professeure
des écoles. À ce titre, depuis 1990, les
maîtres de l'enseignement primaire sont cadres A, c'est-à-dire
qu'ils voient leur liberté pédagogique renforcée.
Difficile de se présenter en victime quand justement on
enseigne en sortant d'ailleurs du cadre des programmes où
en affirmant qu'on n'est pas contre "une petite tape
sur les fesses "
. Les programmes sont nationaux
mais les projets d'école locaux doivent permettre de répondre
aux besoins spécifiques des élèves. Les
inspecteurs, évaluateurs, peuvent conseiller des approches,
aider les maîtres à mieux mettre en oeuvre les programmes,
mais ils n'imposent au final ni méthode, ni manuel... Du point de vue des préconisations
relatives aux méthodes, le ministère et ses relais
comme l'Observatoire National de Lecture ou le Conseil National
des Programmes, insistent sur la double nécessité
de travailler justement le code et le sens, de développer
la maîtrise de la langue orale, les pratiques de l'écriture
de la lecture à tous les niveaux. Aujourd'hui, le pragmatisme
prévaut sur le dogmatisme. Du point de vue du fonctionnement de la langue, les chercheurs s'accordent sur l'idée que le français écrit n'est pas la transcription directe et stricte de l'oral. La langue française fonctionne comme un pluri système (Voir Nina Catach). La connaissance de la syllabe et de ses combinaisons ne permettraient pas à elles seules de comprendre ce qui est lu, pas plus que lire ne serait se contenter de deviner. Nous savons par exemple que le mot " femme " ne pourra jamais être lu par la seule approche syllabique. Les élèves qui prononcent [an] dans " ils chantent " ont été abusés par une méthode trop syllabique. Les élèves qui rencontrent la célèbre phrase " les poules du couvent couvent " ne pourront la lire que s' ils connaissent les éléments relatifs à la syntaxe comme du lexique... Autrement dit, si par souci de rationaliser, les tenants de la méthode syllabique " pure et dure " veulent donner priorité exclusive à l'analyse, nous savons que la construction de la capacité de lecture ne s'élabore pas de manière linéaire ou successive mais se fonde sur de nombreuses interactions Lexique oral, perception auditive
et visuelle, conception de ce qu'est un mot, mais aussi de la
phrase, du texte...découpage des syllabes mais également
des phonèmes, le tout articulé dans le contexte
de la phrase, du texte... la recherche du sens. Le projet de lire et d'écrire doit parce qu'il sollicite un effort significatif surtout pour l'élève peu équipé culturellement, être porteur de sens. Lire doit donner un peu de pouvoir au lecteur. C'est là tout l'enjeu pour le maître qui sait par ailleurs que chaque élève vient à lui avec sa manière de penser, ses connaissances personnelles et culturelles propres, son affectif, ses représentations. Le chemin n'est pas le même pour tous, le but à atteindre est identique. Ce n'est probablement pas d'une méthode figée dont nos élèves ont besoin mais c'est d'une démarche qui tienne compte des objectifs à atteindre, des réalités de la langue, de ce que sont nos élèves. Si la réitération conforte, la répétition n'est qu'une entrée. L'élève répète mieux ce qu'il comprend. Les tenants du "syllabisme
pur et dur" par leur pratique réductionniste et simplificatrice
voudraient nous faire croire avec une évidence toute cartésienne
que ce serait finalement simple. Il y a longtemps pourtant que
nombre d'auteurs critiquaient les élèves ânonnant
leur lecture. Ces enseignants négligent
souvent eux-mêmes tout ce que l'élève construira
à leur insu " malgré la méthode
" avec en particulier le recours à la voie directe,
la mémorisation de mots outils qui ne seront pas déchiffrés
etc. Avec une représentation un peu figée de la connaissance et du rapport au savoir, ces mêmes tenants des méthodes purement syllabiques tendent à opposer plaisir et effort, jugeant le premier suspect. Pourtant, dès l'école maternelle, nombre de jeux sur les syllabes et les mots -- s'ils sont bien pratiqués en vue d'objectifs définis -- associent attention, concentration, effort et plaisir. On se souvient également par exemple, des classes tchèques, il y a quelques années, où apprendre à lire se faisait dans la joie, les chants, la bonne humeur et une dynamique qui ne refusait en rien pourtant les temps de travail systématique. Une meilleure connaissance des différentes pratiques étrangères éclairerait d'ailleurs la nôtre. Dans certains pays, le choix
des méthodes de lecture n'est pas laissé aux enseignants.
La lecture pour transposer la définition de système de Von Bertalanffy est " un tout non réductible à ses parties ". La littérature de jeunesse doit également aider à répondre aux besoins de l'élaboration d'une culture commune ambitieuse. Elle ne s'oppose aucunement à des activités systématiques de décodage, activités qui par une observation réfléchie des phénomènes de la langue peuvent aider à donner du sens à l'orthographe. L'orthographe devenant alors une aide à la communication écrite. À cet égard,
les méthodes " purement et exclusivement syllabiques
" parce qu'elles refusent de mettre en avant nombre d'aspects
relatifs au fonctionnement de la langue (lettres muettes, accords...)
n'aident pas à améliorer l'écriture. Peut on exprimer dans un contexte
médiatique peu favorable, qui préfère le
raccourci et le scandale, des points de vues à la fois
nuancés et volontaristes ?
PS : il est vrai que j'ai pris le parti de ne pas citer des auteurs qui bénéficient déjà d'une large publicité... mais ce n'est pas une affaire de personnes...
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