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Vous avez dit
Remédiation ?

C'est mon correcteur orthographique qui a tiqué le premier. Remédiation. Inconnu au dictionnaire. Les gens normaux vous parleront de traitement médical, de remède.
Mais de remédiation, il n'en est pas question.


Médiation, médiateur, en ces temps troublés où il semble nécessaire pour pouvoir communiquer avec autrui de se trouver un intermédiaire, on connaît. C'est même assez mode. Mais, remédiation, voilà bien un terme étrange dont sont friands les pédagogues et que nous employons pourtant souvent avec conviction et sincérité.


Pour nous, le différencié, trouve sa plus belle illustration dans la remédiation.
Pensez, cet élève en échec, il faut trouver un remède !
C'est légitime, c'est heureux : on n'accepte plus de laisser le cancre au fond de la classe, près du radiateur. Enfin, en principe. Car à bien y regarder, il n'est pas certain que l'on pense toujours à ces fameuses remédiations. Les cycles, la pédagogie différenciée, trop souvent cela ne fait que rester sur le papier.


Alors ceux qui cherchent à remédier, à soigner, à lutter contre l'échec ; nous sommes loin au premier geste de leur en vouloir. Ils ont raison. Il n'est pas question de laisser l'enfant avec son échec.
Mais qu'est-ce qui pose problème ? Est-ce que c'est simplement ce mot de remèdiation que je trouve agaçant ?


Non, mais très franchement, faire du différencié, cela consiste-il simplement à intervenir une fois que le mal est fait ?


Autrement dit, ne serait-il pas pertinent, de s'interroger sur ce qui a conduit l'enfant à l'échec et de se demander si très souvent, trop souvent, cet échec n'était pas prévisible et si nous nous pouvions pas, intervenir en amont ?


L'analyse de l'erreur, sa récurrence, la connaissance des stratégies enfantines, tout ce qui mérite d'ailleurs aujourd'hui une formalisation professionnelle plus affirmée ; peuvent nous aider à imaginer des démarches qui ne soient pas uniformes.


Nous le savons, tous les élèves ne vont pas apprendre de la même façon. Chaque élève possède ses propres représentations, intègre sa progression selon ce que nous appellerons son propre schéma cognitif.

Perceptions, expériences diverses, approches variées des problèmes rencontrés, passages par des approches auditives, visuelles, par la manipulation, est-il toujours tenu compte de cette diversité au moment où la notion nouvelle est présentée à l'élève ?


Sait-on également tirer parti des interactions qui restent souvent sauvages et impromptues entre élèves, entre élèves et maître ?
Prend-on toujours le temps, lorsque qu'une notion nouvelle est abordée, d'analyser quelles sont les variables didactiques sur lesquelles les élèves risquent d'achopper ?
Savons-nous lorsque la nouvelle notion vient devant la classe, lui donner du sens ?
Savons-nous donner du sens aux apprentissages que nous proposons ?
Peut-on faire du différencié en faisant l'économie de réfléchir à nos démarches ?


Leçon ou situation problème ? Transmission verticale du savoir ou appropriation dans une démarche constructiviste ?
Et le maître, que sait-il au juste, au fond, des notions qu'il veut lui-même transmettre ?


Il suffit de le confronter à telle ou telle question grammaticale, pour se rendre compte, que le doute est vite présent. Enseigne-on toujours ce dont on est sûr ? Vérifie-t-on l'information ?
Dans combien de classes de cours préparatoire voit-on afficher tranquillement que ce qui fait " en " dans " le chant " s'écrit " an " alors que la phonologie nous dirait plutôt que la lettre " t " fait bel et bien partie du son " en " de " chant " ?
Si nous allions un peu chatouiller les enseignants lors de la leçon de science, nous pourrions découvrir que les concepts ne sont pas forcément franchement intégrés par les adultes.
Si des carences parfois cruelles nous choquent, si l'on peut revendiquer l'urgente nécessité d'élever le niveau culturel de tous les maîtres, il est impossible d'espérer de chacun la maîtrise du savoir encyclopédique que dispensait le vieil hussard de la république.
Mais si j'en viens à évoquer le savoir des maîtres, alors que je commençais par parler de ces questions de remèdiation, c'est qu'il me semble qu'un lien existe entre la conception du savoir et sa transmission.


Nous pouvons tel le médecin allopathe prescrire des remèdes qui agiront une fois que le mal est fait. Mais nous pourrions peut-être aussi, faire de la médecine préventive ou à tout le moins avoir une bonne hygiène pédagogique qui limiterait la casse.
L'institution, en imaginant les fameux projets personnels d'aide et de progrès (P.P.A.P.), confirme vouloir placer l'élève au centre des apprentissages, marque l'urgente nécessité de lutter contre l'échec scolaire, mais attention à ne pas limiter nos interventions dans des actions a posteriori.
Nous pouvons, nous devons agir mieux au départ.


Différencier les approches, ce n'est pas forcément renoncer au collectif.


L'exemple le plus connu, est celui de la correction du problème de mathématiques, où l'on demande aux enfants, c'est tout à fait légitime, de justifier de leur démarche. Nous nous rendons compte que la correction du problème est souvent le moment le plus formateur, le plus riche. Il y aurait peut-être lieu, cela existe déjà, de développer des stratégies, de proposer aux élèves des méthodes et des outils, pour que les diverses démarches soient valorisées et explicitées au sein du groupe classe. Il n'y a qu'une solution mathématique au problème. Il existe plusieurs chemins pour parvenir à la solution. Ces chemins sont eux-mêmes les témoins de la construction du savoir de l'élève. Le maître doit savoir les observer pour mieux comprendre les diverses approches, comme pour pouvoir nommer les difficultés qui font que " ça coince ". Le maître a son objectif. Il connaît la solution (en principe !). Il accepte et valorise les différents cheminements. Par la confrontation qu'il favorise, il permet aux élèves qui manquaient d'outils d'ouvrir des portes. Plus tard, le souci d'efficacité ou d'économie, conduira le maître a inciter la classe, vers une stratégie comprise de tous, libérée des aléas fastidieux de l'expérimentation, formalisée à l'aide d'outils parfois normés qui seront d'autant mieux acceptés qu'ils seront compris comme étant les plus pertinents.
Faire du différencié en amont, c'est peut-être aussi parfois intégrer l'idée que si le programme est le même pour tous, si des rendez-vous obligatoires existent au moment des évaluations normatives, certaines progressions enfantines vont être individuelles.


Je reprends à cet égard l'exemple du cours préparatoire. C'est la classe de l'apprentissage de la lecture. Les enseignants qui ont travaillé à ce niveau, ou ceux qui ont pu y suivre des stages, ont toujours observé que c'était par vagues successives que les élèves de cours préparatoire devenaient des lecteurs autonomes. Ainsi, parfois des novembre, souvent en février puis à Pâques, des groupes d'élèves deviennent lecteurs alors que le maître n'a pas fini d'enseigner la méthode. Tous les sons qui sont présentés dans le manuel n'ont pas encore été appris et pourtant des élèves savent lire.


Leur démarche a été plus vite que la méthode. Ils ont construit au-delà de la méthode, par leur expérience, par leur développement cognitif, la capacité de maîtriser l'écrit.
Parce qu'elles sont parfois trop univoques, trop fermées sur elle-mêmes, parce qu'elles imposent probablement la voie étroite d'un chemin unique qui ne peut être compris rapidement par tous, certaines méthodes sont moins efficaces et génèrent éventuellement de l'échec.


Il faut alors y remédier. Pourtant une véritable réflexion sur la langue de la part des maîtres, la prise en compte initiale des différents modes d'approche et cheminements enfantins aurait souvent permis d'intervenir plus tôt.


La remèdiation, c'est souvent effectivement imaginer une nouvelle médiation entre le concept et l'enfant en recourant à des outils qui n'avaient pas forcément été utilisés dans l'approche initiale, c'est un moment capital qui permet de valoriser l'évaluation. Mais le terme est peut-être trop ambigu pour que l'on puisse s'en contenter. L'idée de projet personnel, avec l'accompagnement attentif de l'adulte tuteur pédagogique qu'est l' enseignant semble s'inscrire dans une dynamique libérée justement de ce côté médical qui trop souvent pollue le scolaire.


Nous avons déjà dit et nous dirons encore que le recours trop systématique à des orthophonistes du privé qui sont prescrites par le médecin pour des cas qui relèvent plus du rattrapage scolaire que de problèmes purement médicaux ou paramédicaux désigne en réalité avec virulence l'échec de pédagogues qui se trouvent des excuses dans la prétendue maladie de leurs élèves devenus des patients.


Remédiation ? le mot passe mal, ou alors l'école veut elle avouer qu'elle est malade ?

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mardi 21 mai 2002