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Un collègue
nous transmet le problème suivant :
J'ai une classe à trois niveaux et en plus il y a une
grande hétérogénéité. J'avoue
que j'ai du mal à gérer la situation les jours
où ils sont très énervés. Il est
vrai que j'ai déjà donné des punitions collectives
que j'ai dû justifier auprès de certains parents.
En plus j'ai 30 élèves : 12 GS, 7CP et 11CE1. Le
bruit des grandes sections est difficile à supporter aussi
bien pour moi que pour les CP/CE1. Soit c'est moi qui réclame
le silence ou un élève de CP ouCE1.Je n'ai pas
plus de résultat avec l'une ou l'autre solution. Si quelqu'un
a une meilleure idée, je suis toute ouïe. Plusieurs entrées pour analyser ce témoignage.
Tout d'abord, il faut souligner l'importance pour un maître
d'oser témoigner de ses difficultés.
Ce n'est pas si facile. Chacun
dans notre métier nous avons connu à un moment
ou un autre, une classe difficile, des difficultés de
gestion et cela pouvait être dur au quotidien.
En parler, c'est donc la première stratégie
à la condition que l'on n'en vienne pas au sein d'une
équipe qui serait un peu en difficulté à
se renforcer mutuellement dans une représentation négative
de ce que seraient les élèves, le niveau scolaire
ou l'éducation de ceux-ci
Je ne dispose d'aucun élément complémentaire
précis pour faire des propositions...
On peut analyser cependant ce témoignage
:
- du point de vue du maître
- du point de vue des élèves
Du point
de vue du maître :
- celui-ci enseigne dans une classe lourde : 30 élèves
C'est une réalité incontournable qu'il faut éclairer
par la réalité locale. Les autres classes sont
elles à ce point chargées ?
Est-il envisageable d'envisager des organisations pédagogiques
ponctuelles de type " regroupements " ou " décloisonnements
" avec une autre classe, de solliciter l'aide d'un assistant
d'éducation, d'un parent, d'un éducateur sportif
? Toutes ces organisations s'envisagent en conseil des maîtres
et en relation avec le conseil d'école, la commune, l'inspection
de l'éducation nationale
- c'est une classe " multi âges
" de cycle 2 mais le maître la présente comme
une classe à trois niveaux.
On note ici que le modèle " dominant " d'une
représentation de la scolarité découpée
en années scolaires perdure
alors qu'en réalité
la scolarité est organisée en cycles depuis
1989
! L'Institution a encore des progrès à faire
mais les maîtres et les familles aussi
A quand l'abandon
des appellations désuètes de CP, CE, CM ?
Passer d'une représentation de la classe à trois
niveaux à celle d'une classe de cycle, permet d'envisager
la classe dans sa continuité mais en tenant compte des
parcours et compétences individuels au delà de
la position de l'enfant dans le cycle. Autrement dit, l'élève
de CE1 qui doit se renforcer en lecture peut travailler avec
les CP et celui de GS qui commence à apprendre à
lire peut très bien s'engager dans cet apprentissage.
L'évaluation et des points réguliers permettent
alors de savoir où en est chacun et le cas échéant
qui a besoin d'une année de plus ou qui a besoin d'une
année de moins
Il faut s'appuyer sur des outils
comme ceux déjà mis en ligne pour le CP et la GS
http://eduscol.education.fr/index.php?./D0135/accueil.htm
Ces évaluations seront bientôt complétées
par des outils pour le CE1 et le sont déjà par
l'évaluation nationale au début de cycle 3 qui
permet d'isoler les compétences " de base "
(nécessaires pour suivre le cycle 3 sans difficulté).
Bien entendu on n'oubliera pas le contexte particulier de
la grande section qui tout en étant une classe de cycle
2, reste une classe de maternelle.
Cela implique encore beaucoup de temps pour renforcer les apprentissages
sensoriels, relatifs au vivre ensemble et de laisser encore sa
place au jeu, de valoriser le langage au sein de toutes les activités
- " Il y a une grande hétérogénéité
" : nous l'avons déjà dit, il nous
semble que le discours sur l'hétérogénéité
vue comme un handicap est ambigu. L'hétérogénéité
n'est probablement pas plus forte aujourd'hui qu'hier entre nos
élèves, elle est simplement plus visible entre
autres parce que le rapport de la population à son école
s'est défait pour grande part du sentiment de hiérarchie
du maître vers l'élève pour lui substituer
celui de " consommation d'un service " l'école
où le consommateur attend souvent davantage d'effort du
prestataire que de lui même.
Un élément de réponse est dans l'idée
de faire passer " parents " et " élèves
" d'une position de consommateurs à une position
" d'acteurs ". Il s'agit d'impliquer les parents
et les élèves
mais rendre acteur suppose
paradoxalement que le maître se départisse de certains
pouvoirs qu'il croyait détenir pour restituer son autorité
dans " la vraie valeur ajoutée " apportée
par la connaissance qui prendra le maximum de sens si elle confère
un peu plus de pouvoir aux élèves.
Dans une classe multi - âges, le "
pouvoir gagné " par l'acquisition d'une compétence
c'est par exemple, d'avoir le droit de " lire un album à
un petit ", d'écrire une lettre à un auteur
ou un responsable de la commune, d'effectuer des tâches
ou des missions dans l'école , de transmettre des connaissances
aux autres
le droit d'organiser, de proposer (vous avez
compris le cycle de vie de la plante, vous allez pouvoir commander
les graines à semer de votre choix avec le catalogue et
en utilisant la coopérative ; vous avez étudié
" l'escargot " vous allez pouvoir présenter
votre exposé à une autre classe
Les parents peuvent être impliqués sans complexe
: telle maman connaît des contes régionaux anciens,
tel papa sait monter un mur " droit " et va pouvoir
nous aider à mieux comprendre la verticale, tel autre
joue d'un instrument
La confrontation des parents au groupe
va leur montrer aussi qu'un enfant ce n'est pas la même
chose que trente et la réalité que vit le maître
sera mieux mesurée
L'hétérogénéité
peut si elle est intégrée à notre pratique
être vue comme un plus.
Voir à ce propos la présentation
http://www.prepaclasse.net/presentation/D1_fichiers/frame.htm#slide0001.htm
et la fiche sur la différenciation
http://www.prepaclasse.net/fichiers/differenciation.html
- " J'avoue que j'ai du mal à gérer
la situation les jours où ils sont très énervés
" dit notre collègue.
Il faudrait donc tenter de voir si ces moments sont prévisibles
ou aléatoires.. L'énervement chez les enfants
est souvent communicatif comme un fou rire. On peut probablement
trouver des stratégies en anticipant les moments où
l'on sait qu'il y a risque de dérapage.
Par exemple, les retours d'une récréation énervée
pourront inviter à passer par de l'écrit très
individualisé, sans communication orale
Ou bien
on pourra favoriser des temps d'écoute collective d'une
histoire lue.
Il faut également procéder à
une analyse de l'organisation de l'espace.
On tend dans les classes enfantines à éloigner
les petits et c'est alors qu'ils déconcentrent parce
que loin de l'autorité du maître.
Il faut parfois que le maître se déplace plus.
L'analyse de l'emploi du temps doit aussi permettre de voir si le maître
en concevant trois cours juxtaposés où il sera
indispensable à un groupe tandis que deux autres devront
être en autonomie ne multiplie pas les difficultés.
Il est tout à fait possible de concevoir
pour nombre de séances des départs collectifs avant
séparation en ateliers :
- en lecture : écoute de l'histoire pour
tous, celle-ci sera retravaillée dans un deuxième
temps
au fil de l'année progressivement, les ce1
liront des extraits qu'ils ont aimé à la classe
Les jeux sur les sons peuvent être partagés à
l'oral , approfondis ensuite selon les compétences
- en expression écrite : la dictée à l'adulte
peut impliquer tous les élèves chacun apportant
ses connaissances
les uns proposant juste la structure,
les autres réfléchissant aux mots
et l'on
peut même envisager des ateliers d'écriture rassemblant
des élèves " écriveurs " avec
des élèves qui apprennent
Les uns demandent
des comptes aux autres, les petits se faisant expliquer, les
grands ayant à cur de reprendre les plus jeunes
- en arts visuels, en musique
en éducation physique
on peut tous travailler ensemble
- en découverte du monde, si le travail sera différencié
dans un deuxième temps, les situations problèmes
scientifiques pourront être partagées
tout
comme le "lire, dire, écrire" dans ces disciplines.
-
Il est vrai que j'ai déjà donné des punitions
collectives que j'ai dû justifier auprès de certains
parents : on comprend bien le désarroi du maître,
mais la punition collective, déjà génératrice
d'un sentiment d'injustice chez les plus grands ne peut prendre
sens chez les plus petits. Elle va vite générer
des problèmes légitimes avec les familles.
Le travail sur le " vivre ensemble " suppose l'élaboration
d'un règlement de classe qui prend appui sur le règlement
intérieur de l'école.
Voir http://www.prepaclasse.net/fichiers/reglement.html
Et sur les punitions http://www.prepaclasse.net/fichiers/punitions.html
La valorisation de ceux qui respectent
les règles, montrer que ce sont ceux-là qui attirent
notre attention est souvent un plus.
- Le bruit des grandes sections est difficile
à supporter aussi bien pour moi que pour les CP/CE1.
Deux points ici attirent l'attention :
- la place des GS dans la classe et leur statut par rapport
aux autres élèves
- le seuil de tolérance face au bruit : on sait
que selon l'intérêt de l'activité nous supportons
plus ou moins le bruit et qu'il y a une grande différence
entre le bruit que fait une classe " en activité
" et le bruit que font des enfants qui jouent ou s'ennuient.
Il faut donc analyser ce que font les enfants quand ils font
" du bruit " et comment faire avec eux ? Leur proposer
de rejoindre le grand groupe ? Leur donner un travail individuel
?
Il faut analyser si les GS ne font pas du bruit parce qu'ils
manquent d'activité.
- Soit c'est moi qui réclame le
silence ou un élève de CP ouCE1
Cela interroge encore sur le statut accordé aux uns et
aux autres
Les CP et CE1 interviennent-ils par eux mêmes
ou par délégation ? Le font-ils par imitation du
maître ou parce qu'ils sentent qu'ils ont " un pouvoir
à prendre " ?
Du point de vue des élèves
:
- sans reprendre trop de points énoncés plus haut,
il faut se demander si le bruit produit par les maternelles se
traduit par :
o une sourde inquiétude de ce qui va leur arriver l'année
prochaine et le manque d'intérêt pour les apprentissages
? Il faut alors commencer à travailler sur le sens
des apprentissages, pourquoi on apprend à lire par exemple.
o Le désir justement d'en faire plus et d'apprendre,
de trouver pour eux mêmes de véritables activités
valorisantes où l'on apprend des choses, où l'on
produit de l'écrit etc.
J'ai le souvenir précis d'une classe unique
à cinq niveaux, où les grandes sections rejoignaient
progressivement les CP et entraient tranquillement et librement
dans la lecture.
C'était un milieu rural, pas facile, très hétérogène
mais les interactions multiformes m'ont toujours épaté
pourvu qu'on aille un peu chercher les enfants sur le terrain
de l'intelligence et qu'on n'hésite pas à valoriser
celle-ci.
Il n'est absolument pas trop tard pour mettre
en place un conseil d'élèves et organiser différemment
le travail de la classe. La gestion de la discipline passe d'abord
par la mise en activités intéressantes des élèves
et pour une classe multi âges en n'hésitant pas
à se libérer des cloisonnements inutiles.
N'hésitez pas à former des groupes multi-âges
: trios, groupes de quatre et aussi binômes
Valorisez
également une pédagogie de projet.
Il doit être aussi utile de s'interroger
sur l'organisation de l'espace de la classe de façon à
favoriser la communication et la circulation.
L'année avançant, les CE1 doivent
pouvoir entrer dans des activités écrites plus
fréquentes et plus longues qui vous permettront de vous
rapprocher des grandes sections.
Vous pourrez également mettre en place
progressivement des programmes personnalisés où
les élèves choisissent leurs tâches dans
une banque d'exercices en fonction des compétences à
travailler .
et
vous ?
dites-nous comment gérez vous ce type de problèmes
dans une classe multi - âges ?
vos réactions et contributions
prepaclasse@aol.com |