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On évoque
beaucoup dans les médias la question de l'autorité
des maîtres.
La gestion de la discipline n'est pas tout à fait un problème
nouveau et à trop la dissocier des contenus et activités,
on s'expose à focaliser sur des rapports de force au déficit
des apprentissages.
"Vous n'êtes pas sévère, vous êtes
exigeant" m'avait dit un jour un élève
décrivant bien le sens de mon action. C'est à dire,
pas d'autoritarisme mais le rappel constant aux droits et devoirs
en donnant à ces rappels une valeur éducative qui
s'inscrive dans les valeurs citoyennes et républicaines.
Nous enrichirons progressivement cette rubrique de pistes concrètes
mais en ce qui concerne l'école primaire (élémentaire
et maternelle) quelques idées et principes s'imposent:
- tout d'abord, si notre personne est impliquée parce
que la psychologie joue toujours, il faut savoir que la gestion
de la discipline n'est pas un don mais une technique qui
touche à la fois la dynamique de groupes mais aussi l'éthique
si nous voulons donner un sens à la loi. Si un maître
est chahuté, c'est parce qu'il n'a pas fait le point sur
les techniques et les principes de son action, qu'il ne se positionne
pas forcément correctement et non pas parce que les élèves
lui en "voudraient" à lui, en tant qu'individu.
- des
règles claires doivent régir la vie collective.
Elles doivent s'exprimer clairement dans un règlement
intérieur voté par le conseil d'école et
de préférence voté et/ou explicité
en conseil d'élèves. Ces règles doivent
s'exprimer en termes de droits et de devoirs, préciser
les objets et lieux interdits, définir les échelles
de sanction en respectant la règlementation.
- un
règlement intérieur de la classe pas trop lourd peut
le compléter: la référence permanente à
la loi écrite est un bon repère. Le règlement
rappelle les droits et les devoirs
- une bonne
sanction est une sanction qui peut s'objectiver au regard d'une
faute. Elle ne doit pas être humiliante, elle doit
être pédagogique et permettre à l'élève
d'effacer son erreur. Une bonne sanction doit être mesurée,
symbolique et réaliste.
La copie ne doit pas être une punition, c'est une activité
à valoriser. De même que ramasser des papiers dans
la cour est un comportement citoyen qui ne doit pas être
réservé aux punis.
Les actions de réparation sont souvent pertinentes surtout
en groupe. les excuses orales et écrites peuvent se formaliser
de manière tout à fait éducative.
- il faut
éviter les appareils "disciplinaires" lourds
qu'ils soient dans l'école ou la classe et qui feraient
que la discipline deviendrait la préoccupation première.
A ce titre, je suis très réservé vis à
vis du permis à points qui bien qu'utilisé
pour les conducteurs, n'est pas citoyen car il incite à
commettre des fautes tant que le capital n'est pas épuisé.
Certains élèves savent en jouer en perdant et récupérant
des points... du coup, ils ont un comportement régulièrement
incorrect et ne cessent d'être comme disent les anglo-saxons
"border-line".
- c'est
le travail scolaire qui doit être la préoccupation
première. C'est très souvent en mettant
la classe au travail et au travail écrit que l'on diminue
les tensions, les oppositions, les rapports de force.
- plus que
jamais un maître doit trouver sa légitimité
dans le travail et le savoir qu'il dispense en valorisant
le sens du savoir et le fait que grâce à lui l'élève
"s'élève" et prend du pouvoir.
Bien apprendre doit ainsi permettre de gagner des droits nouveaux
dans l'école, plus d'autonomie, plus de droits "citoyens"
et décisionnels. Il pourrait être intéressant
que les conseils des maîtres et d'élèves
réfléchissent à ces droits que l'on peut
gagner par une bonne attitude...
- les conseils
d'élèves
s'ils sont
de bons lieux via les débats réglés pour
gérer les problèmes entre enfants peuvent s'orienter
plus en faveur d'actions positives que focaliser systématiquement
sur les enfants "à problèmes" qui ainsi
deviennent les petits héros négatifs permanents
de ces débats... les actions de solidarité, d'entraide,
de parrainage, de tutorat sont très responsabilisantes
et valorisantes.
- Plus l'élève
grandit, plus il est intéressant de lui apprendre à
consigner sa plainte par écrit avant de la porter devant
le conseil.
- l'enfant
souhaite souvent attirer l'attention par un comportement qui
lui permet de se démarquer du groupe. Une bonne gestion
de la discipline peut se fonder sur la valorisation positive
des comportements attentifs et respectueux des règles
(valorisation verbale et non sous forme de récompense
qui achète). L'effet pygmalion de la valorisation d'un
progrès, d'une bonne attitude individuelle est très
vite contagieux au groupe.
- il faut
toujours s'étonner d'un mauvais comportement et féliciter
celui qui est correct. Ne jamais oublier que l'enfant dans
"la norme" doit attirer votre attention pour trouver
intérêt à respecter les règles !
- la pédagogie
doit tenir compte des effets de fatigue, de bruit, du rythme,
des types et formes de travail.
- la gestion
de l'espace et du temps doit permettre de baliser aussi la gestion
des comportements en permettant au groupe de se calmer, retrouver
une bonne attitude avant d'enchaîner... mais il est vain
de bloquer une classe dans la formule du type "je ne travaillerai
pas tant que..."
Quelques
formules qui fonctionnent bien:
- bravo
! je vois qu'il ya déjà des élèves
prêts et attentifs..on dirait des grands de (citer
la classe supérieure)
- presque tout le monde est prêt (ne pas citer l'enfant
qui se tient mal, à lui de se reconnaître)
à l'enfant qui se tient vraiment mal:
- je t'interdis de travailler et d'apprendre ce que nous allons
étudier maintenant ! range tes affaires ! (on prend
l'enfant au contrepied..en général il va devenir
très attentif)
Feindre
la colère, l'anticiper, la mimer, la jouer mais ne jamais
y céder.
Eviter les
insultes et les grossièretés... si jamais elles devaient
venir jouer avec la surprise d'expressions à la capitaine
Haddock
- cornegidouille
de fromage blanc à la graisse de hérisson était
le type d'expression que je pouvais exprimer avec humour pour
signifier que l'on dépassait les bornes... mais en même
temps dédramatiser la situation.
- il est toujours
plus efficace d'aller vers l'élève qui se tient
mal que de l'invectiver de loin : on s'approche, on le regarde
d eprès, on pose une chaise face à lui... Il faut
beaucoup travailler le regard pour que au fil des jours celui
ci suffise à aider l'enfant à se ressaisir...
Eviter les
punitions qui engendrent une comptabilité intenable. Préférer
des gestions de fiches d'auto évaluation du comportement
et du soin que l'on peut faire viser par les familles avec des
objectifs à se donner pour l'élève...
Ne jamais
isoler un élève dans un couloir mais éventuellement
en fond de classe ou chez un collègue avec qui on a négocié...
l'enfant est accompagné et doit effectuer son travail.
Voir l'enfant
qui a manqué d'attention ou de sérieux pour discuter
avec lui en dehors du groupe, l'interroger pour qu'il essaie
d'expliciter pourquoi il se tient mal mais surtout lui proposer
de l'aider à rectifier le tir au plus vite... si cela
coince convoquer les parents et en parler ensemble face à
l'enfant avec lui.
Un enfant
qui se tient mal est souvent un enfant qui s'ennuie et manque
d'activité.
Penser à
confier des responsabilités, des choses à faire
qui demandent éventuellement des déplacements à
l'élève hyperactif ou bavard.
Bien respecter
l'emploi du temps et ne pas proposer une activité "en
carotte".
Recourir à
des plans de travail hebdomadaires où l'enfant va pouvoir
choisir l'ordre dans lequel il fera ses activités.
Des
objectifs collectifs, conseils de gestion...
Gérer un double niveau
L'importance de l'accueil
Notes à propos de la
violence en ZEP (2001):
Et la violence
vous en avez chez vous?
Les stagiaires qui nous
rejoignent posent souvent la question. La mobilité des
enseignants de l'école témoigne qu'il n'est pas
toujours facile d'y enseigner. Le découragement peut s'emparer
de nous.
La violence d'un enfant, cette violence qu'il renvoie, c'est
à la fois le retour de celle qu'il a pu recevoir, c'est
aussi celle qu'il imite.
Géographie de la violence: celle du quartier. Mardi 25
septembre, des habitants manifestaient las de voir des vendeurs
de drogue dans la rue, presque à la sortie des écoles...
Souffrance de vécus difficiles. Immeubles insalubres,
meublés, précarité... actualité féroce
pour nombre d'enfants. Expatriés dans des conditions difficiles,
ramenant trop souvent d'ailleurs des images de violence, de guerres
et de misère. Mais aussi, dans ce quartier, tissu associatif
vivant, entraides diverses et singulièrement des enfants
que le groupe protège, même lorsqu'ils semblent
traîner dans la rue.
L'école. Elle est immense. Trop grande. Deux écoles
en fait qui se partagent des bâtiments dont l'un est de
l'époque Eiffel et l'autre est un parallélépipède
de brique rouge, lieu immonde, résonnant, aux fenêtres
qui vous tombent dessus...Imaginez aussi un bâtiment immense
consacré aux toilettes, une cantine où plus de
150 élèves déjeunent chaque jour.
Géographie de l'autorité: beaucoup d'adultes, qui
s'unissent,mais dont la cohésion est difficile à
faire vivre. Des corps d'enseignants divers, des maîtresses
souvent jeunes, des élèves parfois aguerris à
la provocation, au verbe haut. Des parents, qui ne savent pas
toujours ce que l'école attend de leur enfant: "être
sage"... Apprendre quoi ? Pourquoi?
Et la réputation. Forcément injuste, forcément
fondée. Car à force de vous coller une étiquette,
à force de voir les familles en situation moins difficile
s'éloigner... alors, il y a danger.
Mais dès qu'une équipe se met en place, qu'une
volonté se fait jour... on entend aussi, merci, des encouragements.
Alors, quelles réponses ?
Des réponses institutionnelles, sociales sont à
trouver.
Il faudra un jour que l'on ose le vrai bilan des ZEP. A savoir,
la discrimination positive est-elle une réalité?
A-t-elle porté ses fruits? Tenter de réfléchir
à cela calmement, dépasser le côté
provocateur des solutions toutes faites.
Fermeté et douceur. Au mal opposer le bien. Pour le maître
dans ce risque permanent d'être à la fois celui
qui rappelle la loi et celui qui sanctionne, il peut y avoir
isolement, il peut y avoir sentiment d'impuissance et d'humiliation
s'il se pense "mis en cause en tant que personne" par
les élèves.
Fermeté. Ne pas accepter la sortie de la règle.
Mais distance. Moi ou un autre, l'insulte fuserait autant. Et
la langue, souvent dure dans ces quartiers, ne saisit pas toujours
les niveaux de langage.
Distance? Mais présence. Implication presque physique.
Lutter contre la violence commence avec "je pense à
mes élèves", à chacun de mes élèves.
Comment vivent-ils leur présence à l'école?
Se montrer disponible. Prévoir à la fois une pédagogie
individualisée, mais aussi favoriser des temps pour le
grand groupe.On peut retrouver aussi en ZEP cette ambiance décrite
par Alain d'une classe d'élèves qui fait corps
dans l'effort sous le regard ferme et bienveillant du maître.
L'accueil: chaque matin, dans la cour, dans la classe. Salutations.
Echanges. Accueillir l'enfant seul, accueillir le groupe.
Encourager: chaque réussite, chaque attitude positive.
Féliciter celui qui sait lever la main ou qui sait avoir
une attitude positive plutôt que de s'engager dans une
remontrance frontale.
Exiger: peu à peu. La politesse du verbe, la tenue...
jouer de l'humour, jouer de l'exemplarité.
Désamorcer: le retour de l'élève énervé,
dire et apaiser.
Expliquer: si l'on s'est fâché pourquoi. Parler
d'intelligence, du pouvoir du savoir.
Travailler. Ecrire. Se placer dans l'écrit puisque singulièrement
les élèves ne le refusent pas.
Différer, mais ne pas se montrer indifférent. Noter
les plaintes, dialoguer vers les parents. Temporiser. S'appuyer
sur l'écrit.La règle écrite. Un bon règlement
intérieur.
Responsabiliser l'élève. Pas le culpabiliser. L'inviter
à réparer l'acte...
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A suivre. Ouvrage
conseillé: Prévenir et agir contre la
violence dans la classe.de Rémi Casanova Questions d'École
(Hatier)
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