lire à l'école primaire - littérature de jeunesse : des pistes théoriques et pratiques

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lire au cycle 3 (première année)
"Je cherche les clés du paradis" de Florence Hirsch.
Illustrations de Philippe Dumas

[Mouche de l'école des loisirs]

La lecture experte
Nous proposons tout d'abord au maître de procéder à une lecture approfondie du roman.
Voir l'exemple donné avec l'étude d'un album de Solotareff.

" Je cherche les clés du paradis ".
Dans la collection "Mouche" de L'école des Loisirs ce roman de 62 pages où texte et illustrations s'entremêlent est écrit par
Florence Hirsch , par ailleurs journaliste.
Il est illustré par
Philippe Dumas connu pour une abondante production.

Cet ouvrage fait partie de la liste des ouvrages recommandés pour le cycle 3, il est abordable dès le CE2 mais peut très bien être repris plus tard.

L'écriture en est simple mais le riche vocabulaire vient suggérer des images.

A l'occasion de la vente de la maison familiale, une petite fille va découvrir ce qui fait souvenir dans le dialogue entre la mémoire et l'oubli.

Mémoire des lieux, des objets, des sensations qui renvoient à l'histoire d'une famille où la succession des générations enseigne à la fois le deuil, à faire mémoire mais sait ouvrir sur l'espoir.

Ce roman sur la maison perdue joue avec les temps du passé : il donne au temps ses diverses dimensions. Passé proche, passé de l'évocation, de l'Histoire et place également dès le titre le " Je " du récit à la première personne au premier plan. "Je suis" parce que je me souviens et me suis forgé mes propres expériences, que je possède mes souvenirs qui sont parfois des souvenirs partagés avec me sproches, voir la Société (idée d'Histoire).

Le dessin en noir et blanc, tracé à la plume à l'encre et l'écriture manuscrite du texte, claire, précise, brève, renforcent ce sentiment d'intimité, de mélancolie douce et de proximité.

Nous sommes dans un écrit où la poésie, le journal intime et l'album se croisent. Le format "de poche" favorise encore cette entrée "individuelle" et "intime" d'un écrit où l'auteur d'adresse au lecteur tout en osant la dimension poétique.

" Je cherche les clés du paradis ".
Voici un titre qui témoigne d'une quête qui reste d'actualité.
Si "les clés"est un concept qui renvoie déjà à l'idée de maison, l'expression " les clés de" … du bonheur, de l'actualité… peut-être connue des enfants.


Le paradis, prendra selon les milieux culturels des couleurs diverses. Paradis " à venir ", " paradis perdu ", " âge d'or "…. Tout cela nous viendra très vite à l'esprit.

Une dédicace très brève " Pour Martin, ETLB " ajoute une touche de mystère…

Le roman ouvre par une image très conventionnelle. Une femme dans sa cuisine, avec un bébé sur une chaise haute fait la vaisselle.


" Maman dit qu'il y a deux sortes de gens dans la vie "
et la double page suivante oppose d'un côté deux personnes dans le métro, assises sur un banc et de l'autre côté l'image idyllique d'une grosse maison de famille, au charme désuet, un peu usée par le temps comme on en trouve à proximité de Paris à l'architecture début XIXe.
On notera au passage que la station de métro choisie est " Chemin vert " … ce qui conduit peut-être à la maison et si les deux personnages sont assis tranquilles dans une apparente passivité un peu morne, l'un des deux semble rêver et sourire de son rêve..


" Mon paradis à moi c'était ma maison ".
La possessivité est bien marquée ici.
La maison est décrite comme une vieille dame. Sentiment renforcé par la plume de Dumas qui nous montre au fronton de la maison, un visage féminin antique en bas relief.

C'est un lieu de liberté où les enfants lorsqu'ils sont invités peuvent se livrer à une exploration de toute la maison et surtout des pièces qui sous les toits recèlent nombre de trésors.

On y évoque un ancien atelier de peinture, des vieux cadres, des perles de verre de Bohême.
Lieu mystérieux et évocateur, la Bohême c'est le souvenir d'un passé plus lointain, un passé d'émigrés qui ont ramené un trésor :
" Les perles de verre c'était un peu leur trésor à eux. "
Mais est-ce que de simples perles de verre peuvent constituer un véritable trésor ?
Ici, c'est la valeur sentimentale des souvenirs qui est évoquée. la vraie richesse d'un souvenir n'est pas dans sa valeur marchande.

C'est seulement à la page 19 que l'on peut un peu plus penser qu'il s'agit bien d'une petite fille qui parle, même si la première de couverture pouvait le suggérer.

Des jeux des enfants qui explorent la maison, la mémoire conduit à une époque plus lointaine, celle du grand-père Etienne qui fut enfant dans cette maison, qui était artiste à ses heures et avait combattu, subi la guerre .
L'évocation de la déportation de ses parents et de sa sœur tient en une page et trois lignes.
" Ils n'en étaient jamais revenus ".
A cette douleur, la famille a opposé l'espoir d'un figuier arbre dont les fruits vivants, à la chair rouge, s'opposent en un symbole " d'espoir et de paix " à la douleur de la guerre et de l'absence.

Rôles secondaires, les futurs acheteurs de la maison sont dépeints rapidement comme des personnages désagréables et peu sensibles. L'agent immobilier est une femme qui d'emblée sera antipathique et ridicule, pour elle, la maison " c'est un produit rare ".

La séparation qui va venir est une prise de conscience difficile pour les enfants tant qu'elle ne s'est pas concrétisée. La maman vient expliquer à ses filles qu'il ne faut pas être triste tout en fondant en larmes. La réaction des parents témoigne du combat entre la mémoire et l'oubli et des nécessités de la vie.

Comme un sursis accordé, le dernier été dans la maison fait vite oublier aux enfants la menace à venir. Les enfants retrouvent leur territoire et en jouissent le plus possible avec une ivresse et une délectation non contenues, un peu comme si l'on faisait alors le " plein d'images ".

La rentrée scolaire confronte à la réalité du déménagement qui renvoie à l'évocation discrète du deuil qu'a déjà connu la petite fille " cet homme en noir qui est venu chercher grand-père Etienne, un soir d'hiver ".

Le roman bascule alors dans le présent.
L'enfant va collecter tous les souvenirs
" j'ai l'impression de connaître tout ça par cœur "… " mais quelque chose me dit qu'on oublie… "

Annonçant que le texte va prendre fin, revient sur la parole maternelle " Maman dit qu'il y a deux sortes de gens dans la vie. Ceux qui ont un paradis perdu et ceux qui n'en ont pas. "

Le roman s'achèvera par une promesse.... de figues.




Des activités possibles

Après une écoute du roman, conduire les élèves à une " chasse aux souvenirs " où l'on procèdera d'un inventaire en repérant dans le texte tapé pour l'occasion les éléments qui " feront souvenir "

A la chasse aux souvenirs :

- des lieux
- des objets
- des bruits
- des odeurs
- des couleurs

Cette chasse aux souvenirs conduira à faire sortir tout un vocabulaire : bignone, glycine, chèvrefeuille, seringat, oseille, ciboulette, radis, combles, tonnelle, atelier, parquet etc. que l'on pourra expliciter mais il sera intéressant surtout de faire émerger l'idée que nos souvenirs sont " multiformes " et font appels à nos diverses sensations.

On pourra proposer des activités de " transposition " relativement à un autre lieu découvert par la classe ou de l'école (la cour, la cave de l'école…)

Des souvenirs proches, ceux de l'enfant
Des souvenirs éloignés, ceux du grand-père Etienne et de son histoire

Il sera intéressant de montrer que des souvenirs renvoient à d'autres ou en appellent d'autres.
Dans de nombreuses écoles, c'est le cas à paris notamment, on voit aujourd'hui des plaques commémoratives qui rappellent la déportation de jeunes enfants… et pourtant depuis on joue de nouveau dans les cours.

Du point de vue de la construction du texte :
- la place du présent, des temps du passé et même du conditionnel [je saurais…] (et ce qui est très intéressant dans le texte c'est de repérer la bascule du présent à l'imparfait, de l'imparfait au passé composé… puis retour au présent).
- Situer le temps de l'histoire en le situant sur le déroulé d'une année pour le récit et en repérant le temps éloigné (les arrèere -arrière grand parents, l'enfance du grand père, la guerre…)
- L'observation des phrases :
o Elles sont brèves.
o Leur début est souvent " répétitif " ou utilise des connecteurs ce qui renforce le style poétique du texte et accélère son rythme.

On pourra également :
-
rechercher dans le texte à quel moment on est certain qu'il s'agit bien d'une petite fille qui parle (si on ne regarde pas les images pas avant la page 19 et confirmation page 35 mais uniquement orthographique).
-
Se poser la question de savoir si cette maison est celle de la famille du père de la petite fille ou de celle de la mère. On peut supposer que c'est celle du père car c'est lui qui évoque " l'histoire lointaine " mais la certitude n'en est pas absolue. Dans le roman, les parents sont dépositaires d'un savoir que les enfants ne maîtrisent pas encore.

Discussions sur :
- la façon dont les souvenirs se forment
- l'importance d'avoir des souvenirs
- en quoi il est important de garder la mémoire de l'Histoire

Le public visé ou concerné
L'ouvrage est souvent présenté comme destiné aux CE2. Bien entendu il peut être lu par le maître avant et nous montrerons qu'il peut être lu avec intérêt bien après...

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Et vous ?
Avez-vous lu ce roman ?
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