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La lecture experte,
le rôle du maître
voir le
travail mené sur l'album de Solotareff
Toute introduction d'un roman lu en classe, mérite un
travail préalable approfondi de la part des enseignants.
Faute de ce travail, il y a risque de se livrer simplement à
une exploitation scolaire de l'ouvrage en s'enfermant dans un
questionnement sur le sens premier du texte dans une approche
trop linéaire.
Ce roman d'apparence facile, n'échappe pas à la
règle...
Le choix du roman
On
s'étonnera peut-être du choix d'un "best"
déjà très connu et même largement
travaillé dans les écoles. ce roman fait partie
de la liste des ouvrages conseillés par le ministère.
Nous avons ici un "petit roman" sympathique qui fait
partie aujourd'hui des "incontournables" du patrimoine
de la littérature de jeunesse.
Il a tout pour plaire ce roman: il est drôle, son écriture
est aérée, limpide, il joue avec la langue, il
est court... il incarne ces premiers romans qu'un lecteur débrouillé
ose s'approprier...et il est vendu moins de cinq euros !
Certains y verront volontiers une parentèle avec le "Petit
Nicolas" de Sempé pour l'univers familial intemporel
ou d'autres avec "Les stroumphs" de Goscinny pour le
jeu avec la langue et la "re-création" d'une
langue.
L'histoire en est simple, fondée sur une anecdote, "voyager
pour bénéficier d'un bain de langue", elle
tient la distance grâce à des rebondissements gentiment
orchestrés et surtout son suspense.
Pourtant sous son aspect facile et consensuel, sous la drôlerie,
il nous semble qu'on peut y trouver matière à questionnement,
interprétation, débat: la famille, l'amitié,
la découverte de l'autre dans sa langue, la réussite
personnelle... sont des éléments forts de ce petit
livre qui est aussi "européen" tout en soulevant
une problématique bien française, celle de l'apprentissage
d'une langue étrangère.
Le public visé
ou concerné
Présentation
du livre sur "Momes.net" http://www.momes.net/livres/hollandais.html
C'est un roman que l'on peut lire à partir du CE1 mais
sur lequel on peut très certainement revenir en cycle
3, en particulier si l'on veut se livrer à une observation
réfléchie de la langue ou travailler plus avant
le rapport texte / image, des transpositions écrites...
l'auteur
Marie-Aude
Murail fait partie de ces nouveaux auteurs, plutôt prolifiques,
qui ont su donner un ton à la littérature de jeunesse
en se libérant de la mièvrerie. Elle s'adresse
avec sérieux à ses lecteurs qu'elle considère
comme des personnes. Le style très accessible, reste toujours
de qualité et l'humour de ce roman n'est jamais gratuit.
le site de l'auteur http://perso.wanadoo.fr/mamurail/
biographie sur Ricochet http://www.ricochet-jeunes.org/auteur.asp?name=Murail&surname=Marie-Aude
L'illustrateur
Michel Gay http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=Gay&surname=Michel'
l'analyse de l'ouvrage
entrons dans le livre !
Illustré
par Michel Gay dans un trait au crayon qui sans être celui
de Sempé est à la fois suggestif, économe
et réaliste, ici sans couleurs. On est dans un contexte
quotidien et simple qui suggère que l'on se trouve dans
un milieu à revenus "moyens", parmi des gens
"comme tout le monde".
Le titre
"Avec
l'aimable autorisation de la société ASSIMIL"pour le titre de l'ouvrage.
Cette annotation figure au dessus du dépôt légal
fait en septembre 1989 de cet ouvrage plusieurs fois réédité...
En revanche difficile de trouver aujourd'hui en librairie le
guide d'Assimil.
Pour un jeune lecteur, le lien avec les méthodes d'apprentissage
d'une langue n'est pas évident.
De plus, le hollandais fait référence à
la Hollande qui est constituée avec celle du sud et du
nord de deux provinces des Pays Bas. Pays bas qui partagent avec
la Belgique le néerlandais... langue parlée par
20 millions de personnes à travers le monde.
http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9erlandais
http://www.angelfire.com/super2/paysbas/langues.html
Et déjà, le titre apporte ses questionnements propres
et quasiment sa touche d'exotisme.
C'est où la Hollande ? Que représente ce pays ?
Entre les moulins, les tulipes, les canaux et une permissivité
certaine, le royaume des Pays-bas est un pays que nous connaissons
finalement mal.
Nous verrons que ni le hollandais ni la Hollande ne seront au
coeur réel du roman... Nous entendons pourtant sous -
jacente, la question de l'apprentissage d'une langue et du choix
de celle-ci...
Pourquoi l'une plutôt qu'une autre et pourquoi justement
l'apprentissage du hollandais nous semble plus une incongruité
drôlatique que celui de l'anglais ou de l'allemand ?
Le hollandais de cet "autre pays du fromage" rime-t-il
avec français ?
En tout cas, la question des langues vivantes est bien un problème
de société et fait actualité à l'école
où l'on tente avec difficullté d'introduire un
véritable enseignement des langues vivantes.
Les projets "Lang" faute de moyens réels et
de formation des enseignants, font que l'enseignement des langues
est à peu près installé en cours moyen,
débute en CE2 avec beaucoup de questions d'ailleurs relatives
à son efficacité réelle... Peut-être
un lien sera-t-il fait entre ce roman et l'apprentissage de la
langue à l'école.
"Sans peine": au fait qu'est-ce que ça veut
dire ? Peut-on apprendre sans effort ?
Se pose aussi la question de l'apprentissage d'une langue vivante.
Comment cela s'apprend-il ?
Pour l'enseignant le "bain de langue" comme celui de
"lecture" reste on le sait insuffisant.
La quatrième :
"Vous avez de 6 à 9 ans, vous voulez réussir
dans la vie et vous savez qu'il faut pour cela apprendre des
langues étrangères. Mais vous ne voulez pas trop
vous fatiguer."
Le ton est donné. Il imite celui des guides et méthodes
avec recettes diverses "pour réussir à..."
"Réussir dans la vie". C'est quoi au fait ?
la conclusion du roman nous montre un vrai polyglotte, un grand
savant qui le doit à ses parents... mais la quatrième
peut déjà faitre écho au titre. "Le
hollandais" utile ou pas pour réussir dans le vie
?
Nous connaissons tous les discussions sans fin qui animent les
familles à propos du choix "utlitaire" de la
langue.
Au delà, il est annoncé que le jeune héros
va jouer un tour à son père.
Le suspense est déjà présent. Hypothèses
sur les personnages...
les thèmes / thème apparent/ thème central/thèmes
ou points résistants - les problèmes du livre
Sous la problématique annoncée, relative à
la réussite personnelle incarnée par cette réussite
scolaire particulière dans l'apprentissage d'une langue
vivante, nous allons voir qu'il se trouve d'autres thèmes
évocateurs.
Réussir: est-ce pour soi ou pour ses parents ?
grâce à qui peut-on réussir (et par conséquent
échouer) ?
L'amitié: comment se fonde-t-elle ? comment se
défait-elle ? la fin du roman porte une part de cruauté...
La fidélité : en particulier celle au père.
On peut au passage se demander si ce roman n'est pas surtout
un roman "de garçons"... la place de la femme
reste en second plan.
le mensonge : existe-t-il des bons et des mauvais mensonges
?
Les parents sont-ils menteurs ? Le père ment visblement,
son fils aussi... mais cela lui aurait servit...
la dédicace : "pour Charles"
On sait que le héros de l'histoire est "Jean-Charles"...
comment se construisent les prénoms d'une famille ? Quelle
connotation induit le prénom ? Y compris vis à
vis de la datation ?
Comment s'incarne souvent la filiation des prénoms (avec
reprise du prénom du père ou d'une part de ce prénom,
intégration du prénom parmi les différents
prénoms... ces pratiques tendent à disparaître
en Europe occidentale mais perdurent ailleurs...)
Les dessins sous le prénom peuvent déjà
être inducteurs...
l'introduction :
- le narrateur parle et est immédiatement situé.
"C'est dans ma neuvième année que j'ai
appris le hollandais" (p11)
Le récit est au passé, à la première
personne... L'auteur et le narrateur peuvent être deux
personnes différentes...
Au passé mais plutôt intemporel "à
cette époque là".. Au fait, laquelle ?
Un peu plus loin on verra que le passage de la frontière
se fait avec une carte d'identité, il ya encore des douanniers
métier qui devient plus exotique en union européenne,
et l'on pourra au long du texte repérer des éléments
contemporains....
"J'avais un papa, un chic type dans mon genre".
J'avais, je n'ai plus... Pudeur d'auteur. Un "chic type".
Familiarité au style très proche du Nicolas de
Goscinny. Mais c'est quoi "un chic type" ?
On peut aussi se demander "quand parle le narrateur"
ou ce qu'il est devenu au moment où il parle...
Le père, "ce chic type" n'avait pas beaucoup
travaillé, il cherchait cependant à ce que ses
enfants réussissent et pour ce faire recourait au "cahiers
de vacances" que le narrateur avoue n'avoir jamais achevé.
On imagine ici que les élèves auront des choses
à dire à propos de ces cahiers.
Le père a décidé que la famille irait à
l'étranger avec un but pédagogique. la destination
choisie n'est peut-être pas la plus exotique.
Socialement, avec une économie de style renforcée
par le trait au crayon de Michel Gay le cadre social et culturel
est posé. La conviction du père s'exprime par le
dialogue.
le départ (p14)
Texte court, image d'autoroute à cheval sur les deux pages
qui renforce le sentiment de durée du voyage.
On part en Allemagne finalement et pas en Hollande... Suspense.
la rencontre du douanier (p16) où l'enfant montre
qu'il comprend plus vite que son père.
N'arrive-t-il pas plus souvent qu'on ne le pense à l'enfant
de trouver que les adultes ne comprennent pas grand chose ? N'arrive-t-il
pas qu'un enfant sache plus de choses que son propre père
et le dépasse ? Les familles modestes qui bénéficient
de l'ascenseur social ont vu souvent cette progression sociale
et culturelle de père en fils... progression qui tend
un peu à se réduire aujourd'hui où les choses
sont peut-être plus difficiles.
l'arrivée au camping (p18 et 19) avec la rencontre
du gardien, montre que le père a confiance en l'intelligence
de son fils. Confiance un peu naïve.
l'autorité et les conseils du père s'exercent (p20
et 21) avec chez le jeune héros la problématique
de la rencontre de "l'étranger". Le père
fait preuve d'un anti-racisme volontaire et le jeune héros
de son opposition. Jean-Charles nous montre alors que l'ouverture
à l'autre n'est pas si naturelle que ça.
(p22, 23) la rencontre avec l'autre personnage "probablement
allemand" (comment se reconnait un allemand ? à la
chasse aux préjugés...) avec l'intervention des
parents.
"Et tu vois, dit mon père, il aide sa maman à
faire la vaisselle". Note féministe dans un contexte
un peu traditionnel ?
(p24) le premier jeu avec l'autre enfant: rencontre classique
à laquelle il est aisé de s'identifier.
(p26 et 27) les présentations : où le jeune héros
continue de se montrer légèrement supérieur
et impertinent.
(p28 et 29) premiers essais et solitude lorsqu'il est difficile
de communiquer avec un étranger.
On pourrait d'ailleurs comment se dit "fleur" en hollandais,
en allemand...
(p30) Jean - Charles s'amuse en enseignant une fausse langue.
Il exprime ici le pouvoir du savoir.
On peut s'interroger sur le choix des sonorités qu'il
choisit pour les mots qu'il invente.
Ce sont des mots qui "sonnent". "chprout"
pour "fleur" trouve peut-être son effet dans
le sens où le mot proche de "prout" peut venir
insidieusement s'opposer à l'odeur supposée agréable
de la fleur.
De vagues cousinages de sonorités peuvent se retrouver
entre le "tra" de "trabeun" et le "arb"
de "arbre" et le "ti" de "chrapati"
et le "te" de "tente".
L'effet est renforcé par l'écriture dessinée
en bas de page.
Forcément, on se prend à l'envie d'imiter Jean-Charles...
(p34) Jean-Charles introduit le verbe. Une grammaire se
fait jour. La mer c'est "la chrouillasse", effet évident...
l'humour vient du "contre emploi" des sonorités
choisies...
(p36 et 37). Le père tente d'exercer son autorité.
Au demeurant Jean-Charles est censé avoir abandonné
l'allemand pour le hollandais et cela ne semble pas inquiéter
vraiment sa famille alors que le père souhaitait au départ
que l'enfant apprenne l'allemand et que l'on était venu
en Allemagne pour cela. Il y a probablement de quoi s'interroger
sur les représentations du père.
Par ailleurs, on note que les parents sont vite dépassés
lorsque les enfants apprennent des choses qu'eux mêmes
ne savent pas.
C'est le pouvoir du savoir qui s'incarne ici !
L'effet double de ce que chacun croit apprendre (le hollandais
le français, le français le hollandais) est évidemment
amusant (au passage on note que Marie-Aude Murail est beaucoup
plus efficace avec cet ouvrage que Orsena avec son pauvre livre
au pourtant très joli titre "La grammaire est une
chanson douce").. mais est-ce qu'il ne nous arriverait pas
parfois d'apprendre ou de croire apprendre des choses fausses
? On peut ici inciter les enfants à réfléchir
à la rationalité du savoir.
Plus loin, on voit la systématisation de la construction
de la langue inventée avec des règles de pluriel
ou de construction des familles de mots évidemment transposables.
"Beaucoup plus logique que le français"
dit le père à propos du "hollandais"
supposé... Mais notre langue est-elle si illogique ?
On note au passage que c'est la mère de famille qui fait
la cuisine...
p50 : A partir de deux mots Jean-Charles construit une traduction
et une explicitation qui est plus une interprétation...
D'où l'impact de la situation de communication dans la
compréhension...et la question de la traduction.
p51: Episode peut-être le plus triste du récit.
Découvrant que son ami est irlandais, Jean-Charles va
tout faire pour "perdre" ses coordonnées. Préserver
son mensonge lui fait gacher une amitié. Le contraste
est d'autant plus saississant que le jeune irlandais semble tout
confiant.
La conclusion
est très intéressante puisqu'à la fois le
héros nous parle de la "légende" selon
laquelle il serait doué pourles langues étrangères
et à la fois de toutes les langues qu'il connaît...
Ici un débat d'interprétation va s'imposer concernant
ce que veut dire "être doué pour" (peu-être
que les langues ça s'apprend comme autre chose) mais aussi
à propos du mensonge... Mensonge positif ici ? L'auteur
continue-t-il de mentir ou dit-il la vérité ?
Touche finale optimiste avec la "promesse" faite au
père disparu.
Sur la table du héros qui nous regarde, un "cahier
de retraite" comme écho au "cahier de vacances"...
des livres mais un sentiment vague de solitude...
Alors peut-être que le "hollandais sans peine"
est aussi un roman sur la rencontre et les difficultés
de communiquer avec autrui, sur les espoirs que les parents mettent
sur vous et le fait que l'on mente un peu pour se conformer à
leurs attentes.
Tout cela incitera à priviliégier deux entrées:
- celle sur l'interprétation des rapports entre personnages
et la problématique du projet personnel ("réussir
dans la vie")
- celle sur la langue non seulement comme lieu de rencontre
mais aussi comme espace de création et sur ce que disent
les mots au delà de ce qu'ils désignent.(cf
la question des synonymes et des nuances de la langue...)
Mystère et magie du langage, de l'invention et de la création
des mots... ouverture sur la poésie.
quelques
pistes pédagogiques
Elles sont
données à titre indicatif et non dans une progression
linéaire stricte.
Elles peuvent être adaptées aux différents
niveaux.
sur le site des centres de loisirs
de la Ville de Paris:
http://www.centre-lecture.com/loisirs/breve.php3?id_breve=22 (extrait) avec quelques
liens en réseau sur le thème des vacances...
Une exploitation, travail de conseillers
pédagogiques de l'académie de Rennes http://www.ien-brest6.ac-rennes.fr/Hollandais.pdf
Autre approche par
un professeur des écoles de la région de Grenoble
http://www.ac-grenoble.fr/ien.st-marcellin/lehollan.html
Une fiche présentée
par une équipe du Vaucluse http://pedagogie.ia84.ac-aix-marseille.fr/litt/le%20hollandais%20sans%20peine.pdf
Contre exemple ! un
questionnaire bien scolaire et réducteur http://www.geocities.com/girardpeil/lehollandaissanspeine1.htm
Découvrir des
méthodes d'apprentissage d'une langue type Assimil.
Entendre différentes langues
parlées.
Jouer à s'inventer et se
parler une langue étrangère (pour identifier le
non verbal dans la communication).
Comprendre une situation par divers
éléments de communication (geste, situation...).
Inventer et écrire une méthode
pour une langue imaginaire avec ses règles. Inventer des
mots et une grammaire (lien avec l'ORL)
Comparer (emballages, écrits
divers) des textes en diverses langues.
Découvrir l'Esperanto dans une
initiation ayant pour simple but de l'expliciter.
Découvrir les liens entre les
langues, rencontrer les langues "mortes".
découverte de la Hollande, de
l'Allemagne... à travers des documentaires. On peut en
particulier faire des hypothèses relatives au lieu des
vacances du héros.
Les personnages: dresser
leur fiche d'identité, les caractériser...
L'auteur et le narrateur peuvent être
deux personnes différentes...
Tenir la fiche "suspense"
du roman et compléter au fil de la lecture les hypothèses
Revenir sur la lecture et pointer
les effets de l'auteur (son art d'entretenir le suspense).
Imiter le principe à l'écrit
en transposant l'introduction à un autre apprentissage
des débats interprétatifs:
La valeur des individus selon leur origine: débat en éducation
civique
Analyser la langue inventée
par Jean Charles et comparer les sonorités avec les mots
français.
Rencenser des "savoirs" que
l'on possède et que ses parents, ou la fratrie ne connaissent
pas.
Comment sait-on qu'une chose que l'on
apprend est vraie ? débat philosophique.
Adapter le roman en pièce
de théâtre
Mise en réseau avec : "Le
petit Nicolas" (différentes nouvelles mais en particulier
celle où un petit anglais est accueilli en classe et va
apprendre un français un peu particulier, "les stroupmphs"...
...
Et vous ?
Avez-vous lu ce roman?
L'avez-vous présenté à vos élèves
?
Comment cela s'est-il passé ?
Impressions, commentaires... prepaclasse@aol.com
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