retour
vers l'accueil

La pédagogie
faire de l'orl en littérature de jeunesse ?

Problème posé : de nouveaux manuels proposent des activités d'orl sur des textes littéraires extraits de romans ou d'albums. Généralement le texte devient alors le prétexte à des activités "classiques" où les inventaires et les exercices proposés ne permettent pas de mieux comprendre le texte littéraire. Le texte littéraire devient alors un simple prétexte. Si des activités décrochées sont tout à fait possibles et pertinentes, il n'y a pas lieu de les exercer sur des textes littéraires.
En revanche des activités d'observation de la langue sur le texte, peuvent contribuer à lever les implicites et aider les élèves à mieux l' interpréter .

Voici une entrée et quelques pistes possibles à partir de l'album célèbre d'Anthony Browne "Une histoire à quatre voix" (Ecole des Loisirs) qui est très souvent présenté dans les classes.
Nous renvoyons au texte pour comprendre la suite. Il n'est pas possible de le citer ici (respect du droit d'auteur)

des inventaires pour mieux comprendre :
à la recherche des personnages... comment parlent-ils d'eux-mêmes ?
Un simple relevé des "voix" qui parlent apportera des informations que les élèves pourront commenter.
Les élèves peuvent travailler par groupe et pour chaque voix rechercher la fréquence d'utilisation du pronom sujet.

 la première voix (mère de Charles)  la deuxième voix (père de Réglisse)  la quatrième voix (Réglisse) la troisème voix (Charles)

 emploie 2 fois "nous"

9 fois le "je" et deux le "j'"

 emploie le "j'"le "moi" le "je" mais aussi le "on"  emploie le j'(2fois) mais plusieurs fois le "on" avec des valeurs diverses (moi et papa, moi et Charles, tous...) Charles n'emploie que le "j'" ou le "je"

Les élèves peuvent très facilement comprendre en quoi ces usages de pronoms personnels sujets caractérisent les personnages. La mère de Charles marque ainsi fortement son autorité et son désintérêt des autres par le "
je"omniprésent. L'usage du "on" peut apparaître comme plus familier, moins précis et trahir un langage moins soutenu. A ces usages peut se relier la question du niveau de langue, du niveau social... Les élèves doivent débattre après ce relevé et argumenter leur point de vue.

Ce premier inventaire peut être suivi d'autres explorations similaires dans différents textes avec discussion des valeurs de ces pronoms sujets ou énonciations.


Dans un prolongement ultérieur lors d'un travail de synthèse, il sera possible de rechercher toutes les façons de parler de soi même: du "je" au "on" (imprécis) en passant par le "nous de majesté" (lien avec l'histoire) , le "moi et ma soeur"... On verra également "moi et ma soeur" = "nous".

comment parlent-ils des autres ?

la mère de Charles:
les élèves relèveront :

- Victoria - notre labrador

- Charles - notre fils

- vulgaire bâtard - misérable corniaud - la sale bête

- une fillette 


Les élèves noteront la possessivité équivalente du labrador et du petit garçon.

 le père de Réglisse
- Réglisse

- le chien - il


les enfants observeront à quel point le père est fermé sur lui même.

 Charles:
maman
un chien

Victoria - elle

les deux chiens - deux vieux amis

une voix - une fille - elle - elle - la fille - Réglisse - Réglisse


Il est remarquable ici d'observer le glissement relatif à l'énonciation de la petite fille.
Les élèves noteront le passage de "une voix" à "une fille" et le glissement vers "la fille" jusqu'à l'évocation de son prénom (rapprochement des personnages).

 Réglisse
Papa - il
Albert
Elle - la chienne
sa maîtresse - la pauvre pomme - sa maman
il - Charlie

Les élèves repèreront la distance au personnage de la mère de Charles vue par d'abord comme propriétaire de la chienne puis comme mère du garçon. L'usage de "Charlie" traduit la preuve d'une familiarité, d'une proximité affectueuse entre les personnages.
Les élèves noteront également les personnages "ignorés" par les autres.
La différence d'intention entre le mépris de la mère quand elle parle de la chienne et la critique décomplexée de Réglisse vis à vis de la mère de Charles peut faire l'objet d'une discussion intéressante.

à la découverte des temps du texte: des valeurs pour une même temporalité qui permettent de comprendre les personnages et les intentions de l'auteur
Dans le même esprit, il peut être très intéressant d'engager les élèves dans un inventaire des temps utilisés par chaque personnage.
La mère utilise majoritairement le passé simple. Les élèves n'en auront peut-être pas la conscience immédiate, mais il découvriront en relevant les verbes des autres personnages une différence de terminaison entre la première personne du singulier du passé simple et celle de l'imparfait. D'autres comparaisons pourront être menées.
Ici, l'activité d'inventaire pourra lancer une activité de recherche y compris parmi les référents de la classe comme le dictionnaire de conjugaison.
Le relevé permettra d'observer la fréquence des différents temps du passé selon les personnages (alors que l'histoire se passe bien pour tous au même moment) et le rapport également entre niveau de langue et utilisation des temps.
La présence du présent ou même du futur dans un seul cas lorsque Charles l'utilise en fin de récit mais précédé d'un "peut-être". Les élèves percevront alors une valeur particulière du futur.

Ce que dit la première phrase de chaque voix:

"C'était l'heure d'emmener Victoria, notre labrador de pure race, et Charles, notre fils, faire leur promenade matinale."
"J'avais besoin de prendre l'air, alors moi et Réglisse, on a emmené le chien au parc."
"J'étais une fois de plus tout seul dans ma chambre."
"Papa n'avait vraiment pas le moral, alors j'ai été contente qu'il propose d'emmener Albert au parc."

Outre la discussion qui peut venir de la simple interprétation de ces entrées (comparer l'ordre d'apparition des personnages) , les élèves pourront comparer la construction des phrases, le nombre de mots.
Dans un deuxième temps les élèves pourront écrire des phrases en conservant le squelette de base:
"C'était....., ................................., et .............................., (verbe infinitif)......................."
"J'avais..............., alors..........., ........................."

et la dernière phrase
"Nous sommes rentrés à la maison en silence."
"On a bavardé gaiement le long du chemin."
"Peut-être que Réglisse sera là la prochaine fois?"
"En arrivant à la maison, j'ai mis la fleur dans un peu d'eau, et j'ai préparé une tasse de thé pour Papa."
peut également donner lieu à des discussions interprétatives, des comparaisons y compris des constructions...
Des jeux d'écriture:
- à quoi pensent la mère de Charles et Charles sur le chemin du retour ? (faire parler à la manière de)
- que se sont-dits Réglisse et son père ?
Avec hypothèses sur le type de lexique, les temps employés, les pronoms ou énonciations possibles...


Pour avoir expérimenté avec des élèves ce type d'activité, plusieurs aspects semblent particulièrement motivants:

- les élèves sont rentrés dans le texte et ont levé des implicites qu'ils ne percevaient pas au premier abord

- les élèves sont allés chercher des outils de la langue et ont utilisé des dénominations sans avoir le sentiment de faire des exercices de grammaire. L'observation de la langue est venue au service de l'élucidation du texte.

- les élèves se prennent vite au jeu et pour peu qu'on les y incite, vont ensuite aller chercher dans d'autres textes s'il existe des phénomènes comparables. Il s'agit finalement d'éveiller leur curiosité comme on le fait en sciences...

- ils osent s'essayer et écrire à leur tour

- pour observer un phénomène, le rôle du maître est fondamental. Il faut que celui-ci se soit montré capable d'anticiper en procédant préalablement à une lecture experte du texte.

et vous ? avez-vous mené ce type d'activité ? écrivez-nous !
prepaclasse

 vincent breton vincent.breton@prepaclasse.netdroits réservés paris octobre 2005