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Si vous ouvrez les nouveaux programmes de 2002, vous découvrez
ce chapitre consacré à" l'observation réfléchie
de la langue française" avec en sous-titre, écrit
entre parenthèses" grammaire, conjugaison, orthographe,
vocabulaire".
L'une de nos correspondantes demandait un jour dans le forum
de Prepaclasse, si on avait toujours le droit devant les élèves
d'écrire "grammaire" ou de faire des" leçons
de vocabulaire"...
Cela peut faire sourire, mais témoigne d'une forme de
désarroi que peuvent éprouver nos collègues
aujourd'hui... Et de toutes les générations...
Les
observateurs qui sont allés regarder l'extrait de l'arrêté
fixant les horaires des écoles maternelles et élémentaires,
ont découvert que c'était de 1 h 30 à
deux heures hebdomadaires qu'il fallait consacrer à
cette fameuse O.R.L.F.
Allant un peu vite en besogne, d'autres en sont venus à
penser que la part réservée à ces apprentissages
particuliers devenait moindre. Le club des grincheux et des regretteux
d'un passé décrit idiotement comme" le bon
vieux temps" n'a pas hésité à tremper
sa plume dans le vinaigre sans même avoir regardé
d'un peu plus près de quoi on parlait...puisque de fait
la maîtrise de la langue doit être une préoccupation
constante.
Il faut dire que l'héritage
est complexe et multiforme. L'école élémentaire
contemporaine et à leur façon les programmes ne
sont pas porteurs d'une seule grammaire ou d'une seule conception
de la grammaire, mais ils ont subi l'influence de la grammaire
la plus traditionnelle, - celle des 37 compléments circonstanciels-
; ils ont connu et pratiqué l'analyse logique, la linguistique
structurale, la grammaire générative, la grammaire
de texte...
Et nous ne parlerons pas de la succession voire de la juxtaposition
d'une terminologie vite complexe...
Tellement complexe, que lorsqu'on
se place du point de vue du jeune enfant, lui qui apprend tout
juste à lire et à écrire, on constate la
fragilité la difficulté de la mise en place de
concepts clairs.
Je donne souvent cet exemple qui
m'avait marqué d'une classe de cours moyen, où
les élèves récitaient brillamment la leçon
sur les compléments circonstanciels, en citant même
des exemples. Ils récitaient ... mais lorsque j'ai écrit
au tableau une phrase relativement simple contenant deux compléments
circonstanciels, aucun élève ne sut les trouver.
Peut-être n'ont-ils pas su reconnaître dans mon exemple
les compléments circonstanciels que j'ai proposés
à cause du contexte, du type de mots,de la construction
de ma phrase... rien ne ressemblait aux exemples qu'ils avaient
appris par coeur. Difficile pour eux de transposer.
Les programmes soulignent
effectivement la nécessité d'éviter "l'usage
prématuré d'une terminologie inutilement complexe".
À l'école primaire, l'étiquetage n'interviendra
finalement qu'en dernière étape. C'est parce qu'une
série d'activités auront permis de mettre en évidence
les propriétés particulières d'une classe
de mots qu'on la reconnaîtra par des critères les
plus objectifs possibles et qu'on la nommera le plus simplement
possible.
L'O.R.L. F. n'est ni un
sigle ni un slogan, elle est encore moins "une matière
de plus", ou encore la discipline"
fourre-tout" dans laquelle ont glisserait un peu vite et
en vrac « tout ce qui gêne ».
L'O.R.L. F. ne fonctionne
pas indépendamment du reste. Elle s'inscrit dans une démarche
globale et transversale de l'apprentissage de la maîtrise
de la langue orale et de la langue écrite à l'école
primaire.
On
pourrait décrire quatre axes essentiels qui ne sont pas
"étanches" entre eux :
-- la maîtrise de la langue orale qui doit continuer
d'être travaillée même au cycle 3. Elle le
sera en situation de communication : débat réglé,
explicitation d'une stratégie... Mais elle le sera également
lorsqu'il faudra travailler de manière explicite les niveaux
de langue, la formulation, la traduction de l'écrit vers
l'oral, la lecture orale d'un texte...
-- la littérature
jeunesse : dépassant le simple plaisir où la
concurrence audio-visuelle lui serait forcément défavorable,
elle vient apporter des clés. Patrimoine, jouant le rôle
d'initiateur, à sa façon subversive car émancipatrice,
porteuse de doutes et d'espoir, la littérature apprend
au jeune enfant à mettre sa vie en mots. Elle initie au
pouvoir des mots. Elle invite le lecteur a interpréter
le texte, puis le monde, à le décrire et l'écrire.
La lecture lettrée à laquelle l'école initie
aujourd'hui l'élève, le pousse à ouvrir
les tiroirs, à exprimer sa curiosité, regarder
comment sont construits ces textes écrits qu'il découvre...
À la façon du petit curieux qui découvre
le monde, les phénomènes de la nature, le jeune
élève découvre ce qu'il y a au-delà
du simple récit... Nous vous renvoyons ici au site "Prepalire ".
- le travail systématique
de la langue orale comme écrite dans les différentes
activités de la classe. C'est la fameuse "approche
transversale". C'est-à-dire que la leçon d'histoire,
la leçon de mathématiques, de science... sont chacune
l'occasion organisée et programmée de s'approprier
le lexique, de lire différents types de textes, de copier
et d'écrire, de produire des écrits... La langue
est l'objet d'une attention particulière dans tous les
domaines. Parce que sa pratique s'inscrit dans un projet qui
prend du sens pour l'élève, il est beaucoup plus
facile de le mobiliser et d'élargir ainsi son catalogue
de références...
-- c'est par ce vécu,
cette pratique quotidienne, cette accumulation d'expériences
et d'observations que les élèves vont pouvoir être
conduits à faire le point et le moment consacré
à l'O.R.L. F. sera à la fois moment de réflexion,
de synthèse, de systématisation, d'appropriation
par des exercices peut-être répétitifs mais
toujours reliés à l'ensemble des activités
consacrées à la maîtrise de la langue dans
la vie de la classe.
Observation
: observer cela s'apprend et le rôle du maître
est ici déterminant. Il découvrira, même
s'il n'est pas féru de grammaire qu'il peut en observant
la construction d'un texte, d'une phrase, d'un mot, d'un son
et en procédant par comparaisons, puis imitations, transpositions,
transformations... s'étonner et découvrir déjà
beaucoup...
Réfléchie : la langue est objet de questionnement
scientifique, il s'agit de s'engager dans une démarche
"intelligente" où l'on comprendra par exemple
que la bonne orthographe n'est pas "la science des ânes",
réfléchie parce que les élèves apprécient
beaucoup de parler et travailler sur la langue, réfléchie
parce que l'activité oblige à cet effort nouveau
pour le jeune enfant. Produire un écrit et apprendre à
le reprendre, à le corriger et évaluer sa pertinence...
L'O.R.L.F
est avant tout une démarche. |