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Quand Eugène Guillevic
nous invite à "vivre en poésie" il nous
rappelle à quel point la rencontre de la poésie
est avant tout une attitude, une disponibilité...
La poésie, c'est
une façon d'apprendre à regarder, parler, dire
et écrire autrement les mots... et peut-être la
vie !
Elle touche le concret
des hommes et puis soudain, mine de rien, chatouille les mythes
et le mystique,l'individuel et l'universel...
L'école a su,
à tous les niveaux, favoriser la rencontre avec la poésie...
même si cette rencontre n'a pas toujours été
"pensée"... a pu créer de lourds malentendus...
Poésie édifiante,
poésie scolaire... poésie marchande de poncifs...
poésie ânonnée, scandée, restituée
parfois sans chaleur, exercice pour la mémoire... elle
revient à l'adulte en douce nostalgie avec la saveur d'une
confiture goûtée chez la grand-mère...
Poème mièvre
ou poème insolent lorsque Jacques Prévert pousse
la porte de nos classes avec le cancre. La poésie s'introduit
impertinente, contestatrice. Sous couvert de la rime, elle ose
se moquer de l'uniforme, elle réhabilite le rêveur,
ouvre soudain un espace de liberté à l'insu quelquefois
du maître qui n'a pas vraiment lu un texte qu'il donne
par habitude...
Mille choses à
dire...
La poésie va venir
toucher l'intime, individuelle la poésie allume des feux
au hasard, mais la jubilation se partage, la poésie se
dit, à voix haute, la poésie est solidaire et chose
étrange, cette littérature à ses heures
hautement élitiste, maniérée, hermétique;
devient populaire et se donne à tous, généreuse
et féconde...
Pour que la poésie
entre classe, il est mieux que le maître l'aime et la fréquente
un peu...
Nous ne sommes pas tous de grands peintres, mais nous aimons
nous détendre avec un pinceau; nous gribouillons parfois
et celui qui ose, chez lui, dans une récréation
soustraite aux urgences du monde, s'essayer à quelques
vers, oser la rencontre de mots, sait le plaisir et le bonheur
qui peuvent en naître...
Les éditeurs,
malgré les faibles ventes, continuent d'éditer
les poètes pour lesquels ils offrent souvent de jolies
plaquettes, papier au grammage lourd, formats originaux... et
la poésie dans l'indifférence médiatique
continue de s'écrire, de se publier, de se lire un peu...
Un patrimoine aujourd'hui international nous est accessible...
La poésie si libre,
se met parfois à jouer en concours... et voilà
que l'on se retrouve affiché sur les murs du métro !
A l'école, lieu
d'apprentissage et de transmission, nous ne sommes pas toujours
à l'aise pour choisir les poèmes à enseigner,
pour réussir la rencontre...
Entre ne rien expliciter et vouloir tout dire, entre le désossage
systématique et asséchant et le jeu avec les structures,
entre la leçon de vocabulaire et la rencontre avec des
mots et des sonorités, entre des interprétations
imposées et la suggestion d'images... la poésie
est difficile à enseigner parce que ce qu'elle touche
en chacun, en son intime n'est pas mesurable... mais la poésie
participe aussi de ces expériences collectives, vient
fonder et forger le patrimoine de la classe... et plus loin sûrement,
le patrimoine collectif.
Différents aspects
sont reliés.
A l'école, ce
qui frappe souvent d'abord c'est que l'écriture poétique
se fonde sur le choix d'une structure. Rythmique ou syntaxique,
phonétique et " physique ", cette structure
va donner la " forme " du poème.
Rencontrer un poème,
c'est le rencontrer par l'oreille... le petit enfant reconnaît
vite ces histoires particulières qu'il peut si facilement
s'approprier en les répétant.
Plus tard il reconnaîtra sur le papier la silhouette familière
du poème.
La rime, le vers exercent une magie qui nous dépasse souvent,
mais que l'on peut identifier, analyser... Jouer à compter
les pieds, comprendre que le poète a composé son
poème sur une partition qui ne doit rien à l'improvisation
( car même automatique l'écriture s'est donnée
une règle de départ)...
Voici que pour s'exercer
dans un paradoxe étonnant la liberté se donne des
contraintes... et le jeune enfant découvre le jeu savant
entre la norme et la transgression...
La poésie c'est aussi une façon d'apprendre à
vivre ensemble ! une façon d'apprendre à découvrir
et rencontrer l'autre !
L'écriture poétique
se se fonde également sur le choix d'un corpus de mots.
Ces mots doivent à la fois répondre à la
forme du poème, à son intention, au message, mais
nous savons que les plus beaux effets poétiques viennent
de la confrontation parfois inattendue de mots qui viennent alors
suggérer des images sonores, des évocations, des
mises en relation
L'écriture poétique
devient alors l'occasion de s'approprier la langue, parfois de
la détourner, d'en accentuer les effets, rechercher les
nuances
Le printemps des poètes
donne cette année un thème " L'Espoir ".
Voici une notion difficile...
" L'espoir fait vivre " " Il n'y a plus
d'espoir. "
Nuances de sens, espoir
et désespoir, espoir et idéal
Les élèves peuvent s'exprimer autour de ces questions
lors d'échanges " philosophiques " où
le maître n'oubliera pas que certaines dimensions devront
être abordées avec tact et neutralité (Celui
qui croyait au Ciel et celui qui n'y croyait pas
Tardieu
). Il est possible de s'appuyer sur un texte, un album ou un
roman, une poésie
L'espoir c'est " le feu " d'Eluard (je fis un feu
l'azur m'ayant abandonné)
c'est aussi la capacité
consolatrice. Cette entrée autour de " ce qui console
" ou " redonne espoir " paraît plus abordable
en particulier auprès des plus petits. On notera que l'Espoir
c'est savoir se redonner un projet individuel (pour le très
petit, j'apprends à me séparer le matin de ma maman
parce que je sais bien, j'ai l'espoir de la retrouver le soir),
c'est interroger la confiance en l'avenir (va-t-elle revenir
?) ; mais c'est aussi trouver l'espoir dans l'autre (espoir
et solidarité " Il n'aurait fallu qu'un instant
de plus pour que la mort vienne ; ta main est venue ; elle a
pris la mienne" (Aragon) )
Mais justement, l'une
des belles capacités de la poésie comme celle de
la chanson est de savoir redonner espoir.
S'il peut faire part de son désespoir, l'écrivain
connait bien sa responsabilité, surtout face au jeune
lecteur qui est de ne pas le désespérer... L'Espoir
ne s'oppose pas à la lucidité quand il rassemble
et ose le projet.
C'est évidemment le thème peut-être le plus
sensible de nos sociétés contemporaines confrontées
à des choix vitaux. |