Programmation et PédagogieRetour vers Préparation

 Le programme est le même pour tous . Pourtant nous savons que l'articulation des notions ou des chapitres, la référence ou non à la transversalité, à des choix d'organisation de la vie de classe procèdent de choix pédagogiques.
D'une part, l'Institution nous donne ses "instructions", à nous de les suivre tout restant libres de nos chemins, de nos choix; d'autre part, il faut une lisibilité de ce qui est fait pour les parents et les élèves.
L'idéal est de parvenir peu à peu à concevoir une programmation qui donne du sens aux apprentissages, respecte à la fois l'objectif commun et le rythme individuel, aide l'élève, ses parents, son maître à reconnaître avancées, progrès et réussites mais encore à se donner des projets personnels.Il semble que les projets de nouvelles instructions offrent à cet égard de belles perspectives, renouant avec la tradition de l'excellent travail de la fin des années soixante-dix, se libérant du catalogue un rien simpliste proposé un temps. Certes; on le verra, des choix sont induits. Le ministère nous demande d'ailleurs de réfléchir à ces programmes en nous les appropriant. Voici une démarche responsabilisante.

Mais revenons à la programmation elle même.

Elle commence avec la lecture des I.O, se poursuit avec des idées générales inspirées du contexte où l'on travaille (le quartier, les élèves, le type d'école, ce que l'on connait ou non du niveau...), s'enrichit de premiers projets que l'on souhaiterait faire vivre aux élèves (une classe de découverte, des thèmes transversaux parfois apportés par l'actualité ...).


Très vite, nous saurons isoler des compétences. Elles sont à la fois utiles comme les marches d'un escalier croirait-on... oui, mais un étrange escalier qui pour tenir a besoin de toutes ses marches, sauf que tout le monde ne le grimpe ou ne le descend pas de la même façon... Marche à marche, parfois rebroussant chemin, quatre à quatre, sur la rampe...C'est notre escalier à tous, avec en haut la porte du savoir. Chacun doit pouvoir y grimper et surtout comprendre qu'il peut le faire avec son intelligence et quelques outils cohérents qui lui seront proposés...Avantages et limites de la pédagogie par objectifs.

Programmer une année pour une classe, avant même d'avoir rencontré les élèves, c'est se définir une cohérence, un projet d'enseigner, une culture d'enseignement. "Un peu de savoir, très peu de pouvoir et le maximum de saveur" disait Barthes quelque part. La saveur du savoir. La jubilation qu'il procure. Le bonheur de grimper à nouveau les marches vers l'appropriation d'une notion qui semble d'abord si mystérieuse puis s'éclaire.

Projeter une année de classe, c'est encore se projeter comme enseignant, dans son bonheur d'enseigner, dans cette relation au savoir où l'on saura être le témoin de ces bonheurs de savoir, d'apprendre, de construire, de refaire le chemin...Observer, questionner, garder un peu de mystère, rendre possible des découvertes, donner des clés et oser les confier sans ouvrir la porte soi même ni désigner la bonne clé dans le trousseau... à toi de retrouver pourquoi c'est cette clé là qui ouvre la porte... Et derrière la porte, la vraie récompense d'un savoir qui donne envie d'en savoir...

Et puis, si l'élève et le maître forment un joli duo, ne pas oublier cette communauté d'esprit. Faire confiance à toutes ces intelligences qui se rencontrent.

Ton intelligence qui s'allume au contact de toutes ces intelligences depuis que l'humanité chemine.

S'inquiéter déjà de la diversité du public que l'on va rencontrer, des aléas obligatoires, des collègues qui travailleront avec nous, se dire que l'on programme oui, mais pas de façon rigide ou fermée. Chaque période, chaque semaine, chaque jour, trouvera son opportunité afin de faire le point, compléter, enrichir, développer ou au contraire différer.

Penser enfin "la" classe et non "ma" classe même si je viens y travailler avec mon expérience professionnelle qui ne trouve pas toujours le temps de se dire ou de s'écrire. Car la classe, ce seront eux, ces enfants qui reviennent de vacances avec des images scolaires fortes, avec des préjugés, des inquiétudes ou au contraire ne pressentent pas d'enjeu.

Si d'une année sur l'autre la programmation impose des immuables, il est clair toutefois que les propositions institutionnelles, l'actualité de la vie sociale, un projet de classe de découverte, une proposition de l'équipe; peuvent en modifier l'éclairage. Faire la programmation en début d'année, c'est un peu régler les lumières avant le spectacle en sachant bien que l'idée que je me fais aujourd'hui de cette année, ce pressentiment né d'une rencontre de personnes dans un lieu donné, à un moment donné, cette première visualisation diffère évidemment de ce qu'il va se passer cette année tout autant que la pièce de théâtre change après le fil des répétitions. Pourtant, sans projet du metteur en scène, pourrait-on vraiment avancer vers le spectacle final?

Reste, que ce metteur en scène en question, le maître, ne saurait aujourd'hui travailler seul, sans confrontation avec autrui. Chacun vient avec sa personnalité, parfois forte, ses certitudes, ses doutes, mais quel bonheur aussi lorsque l'on se trouve à l'école ou ailleurs, des partenaires pour enrichir ou questionner notre pratique.