Mais revenons
à la programmation elle même.
Elle commence
avec la lecture des I.O, se poursuit avec des idées générales
inspirées du contexte où l'on travaille (le quartier,
les élèves, le type d'école, ce que l'on
connait ou non du niveau...), s'enrichit de premiers projets
que l'on souhaiterait faire vivre aux élèves (une
classe de découverte, des thèmes transversaux parfois
apportés par l'actualité ...).
Très vite, nous saurons isoler des compétences.
Elles sont à la fois utiles comme les marches d'un escalier
croirait-on... oui, mais un étrange escalier qui pour
tenir a besoin de toutes ses marches, sauf que tout le monde
ne le grimpe ou ne le descend pas de la même façon...
Marche à marche, parfois rebroussant chemin, quatre à
quatre, sur la rampe...C'est notre escalier à tous, avec
en haut la porte du savoir. Chacun doit pouvoir y grimper et
surtout comprendre qu'il peut le faire avec son intelligence
et quelques outils cohérents qui lui seront proposés...Avantages
et limites de la pédagogie par objectifs.
Programmer
une année pour une classe, avant même d'avoir rencontré
les élèves, c'est se définir une cohérence,
un projet d'enseigner, une culture d'enseignement. "Un peu
de savoir, très peu de pouvoir et le maximum de saveur"
disait Barthes quelque part. La saveur du savoir. La jubilation
qu'il procure. Le bonheur de grimper à nouveau les marches
vers l'appropriation d'une notion qui semble d'abord si mystérieuse
puis s'éclaire.
Projeter une
année de classe, c'est encore se projeter comme enseignant,
dans son bonheur d'enseigner, dans cette relation au savoir où
l'on saura être le témoin de ces bonheurs de savoir,
d'apprendre, de construire, de refaire le chemin...Observer,
questionner, garder un peu de mystère, rendre possible
des découvertes, donner des clés et oser les confier
sans ouvrir la porte soi même ni désigner la bonne
clé dans le trousseau... à toi de retrouver pourquoi
c'est cette clé là qui ouvre la porte... Et derrière
la porte, la vraie récompense d'un savoir qui donne envie
d'en savoir...
Et puis, si
l'élève et le maître forment un joli duo,
ne pas oublier cette communauté d'esprit. Faire confiance
à toutes ces intelligences qui se rencontrent.
Ton intelligence
qui s'allume au contact de toutes ces intelligences depuis que
l'humanité chemine.
S'inquiéter
déjà de la diversité du public que l'on
va rencontrer, des aléas obligatoires, des collègues
qui travailleront avec nous, se dire que l'on programme oui,
mais pas de façon rigide ou fermée. Chaque période,
chaque semaine, chaque jour, trouvera son opportunité
afin de faire le point, compléter, enrichir, développer
ou au contraire différer.
Penser enfin
"la" classe et non "ma" classe même
si je viens y travailler avec mon expérience professionnelle
qui ne trouve pas toujours le temps de se dire ou de s'écrire.
Car la classe, ce seront eux, ces enfants qui reviennent de vacances
avec des images scolaires fortes, avec des préjugés,
des inquiétudes ou au contraire ne pressentent pas d'enjeu.
Si d'une année
sur l'autre la programmation impose des immuables, il est clair
toutefois que les propositions institutionnelles, l'actualité
de la vie sociale, un projet de classe de découverte,
une proposition de l'équipe; peuvent en modifier l'éclairage.
Faire la programmation en début d'année, c'est
un peu régler les lumières avant le spectacle en
sachant bien que l'idée que je me fais aujourd'hui de
cette année, ce pressentiment né d'une rencontre
de personnes dans un lieu donné, à un moment donné,
cette première visualisation diffère évidemment
de ce qu'il va se passer cette année tout autant que la
pièce de théâtre change après le fil
des répétitions. Pourtant, sans projet du metteur
en scène, pourrait-on vraiment avancer vers le spectacle
final?
Reste, que
ce metteur en scène en question, le maître, ne saurait
aujourd'hui travailler seul, sans confrontation avec autrui.
Chacun vient avec sa personnalité, parfois forte, ses
certitudes, ses doutes, mais quel bonheur aussi lorsque l'on
se trouve à l'école ou ailleurs, des partenaires
pour enrichir ou questionner notre pratique.