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dossier
: comment gérer le temps en classe ?
1)
du point de vue des rythmes et de la gestion du temps :
S'il y a aujourd'hui
globalement accord pour considérer que les rythmes scolaires
posent des difficultés, des conflits d'intérêts
ne permettent pas de dégager une solution consensuelle
ni du point de vue de l'aménagement de l'année,
de la semaine, de la journée:
- la société toute entière est affectée
par la question des rythmes et de la durée du travail...
- il y a conflit entre un modèle dit "productif"
(il faut travailler beaucoup pour produire et s'enrichir) et
le modèle d'une société dite "du temps
libre" (il faut dégager du temps pour profiter des
bienfaits culturels et de loisirs nombreux) où le "loisir"
devient une forme de produit de consommation tout en devenant
un signe extérieur de l'élévation sociale
... pour certains on a dévalorisé le travail et
l'effort. Peut-être a-t-on négligé le fait
qu'effort et plaisir n'étaient pas forcément incompatibles
?
Autre point : on connaît l'influence de l'industrie du
Tourisme sur l'évolution ou le blocage du calendrier scolaire
annuel... mais il ne faut pas oublier que ce n'est pas la majorité
des français qui part en vacances...
L'école par vocation n'est pas un lieu de travail "productif"au
sens où l'on n'est pas dans une fabrique, elle est un
lieu d'apprentissage, libéré des contraintes sociales
imposées à ceux qui doivent travailler pour subsister...
elle est le lieu qui donne le temps, le loisir d'apprendre à
son rythme - dans la mesure où ceux-ci sont compatibles
avec la "fourchette" imposée par les textes...
- il y a conflit entre intérêt immédiat des
adultes et besoins réels des enfants.
- il y a trop de confusion entre le temps de l'élève
et le temps de l'enseignant. La problématique pour l'enseignant
étant de mieux définir la distinction entre temps
professionnels "auprès des élèves,
ou pour recevoir les parents", "d'équipe - pour
organiser les continuités et la cohérence avec
ses collègues" et "personnel - pour préparer
la classe" ... Cette confusion n'est pas levée par
une administration guère prompte à anticiper et
peut-être envisager une nouvelle répartition des
moyens et surtout totalement incapable aujourd'hui d'intégrer
les questions de l'ergonomie à la pédagogie.
La chronobiologie ou la chronopsychologie dont les apports sont
intéressants semblent encore peu convaincantes.
Alors que du temps de travail s'est dégagé pour
devenir "libre" nous constatons que la fatigue est
un mal partagé dont nombre d'enfants sont atteints. Cette
fatigue contribue à l'accroissement de la nervosité,
du manque d'attention et de concentration et de la violence.
L'individualisation du temps ne favorise pas toujours la vie
sociale ou simplement la convivialité. La juxtaposition
des calendriers des membres d'une même famille est parfois
un casse-tête qui nous fait dire qu'une bonne gestion du
temps devrait savoir envisager : des temps de travail, des temps
de rencontre, des temps de loisirs "culturels", des
temps de délassement individuels pour lesquels l'individu
n'aurait pas de "compte à rendre"... y compris
en cédant par facilité aux rendez-vous obligés
de la télévision ou du loisir organisé.
Ce portrait pessimiste
d'une situation qu'il sera difficile de faire évoluer
positivement tant que médias et politiques n'en feront
pas leur affaire, tant que les citoyens n'en feront pas une cause
(intégrant par là l'idée qu'une action systémique
sur l'environnement peut avoir un impact) ne doit cependant pas
nous faire oublier trois leviers d'action possibles pour l'école
primaire:
- le levier municipal (le Maire peut proposer un aménagement
des rythmes, mettre en place des structures d'accueil, du personnel...)
- le levier de l'équipe éducative (comprise au
sens large) qui sous l'impulsion du directeur peut améliorer
très concrètement l'ergonomie de l'école:
durée et organisation des récréations et
des déplacements, mise en place de décloisonnements,
gestion optimisée des locaux partagés - cantine,
BCD, salle informatique, escaliers...-, constitution des classes
et répartition des élèves... intérêt
pour l'étude de la juxtaposition des emplois du temps
des différentes classes...
- le levier du maître qui prévoit le temps
dans sa classe: répartition des activités dans
la journée, rythmes dans la séquence selon les
formes de travail et surtout régulation quotidienne en
adaptant la gestion du temps à celle de l'effort et de
la concentration, en intégrant les données externes
et les contraintes imposées... Il est clair aussi, que
le maître par la qualité des démarches et
des contenus permet de rendre le temps "rapide"ou fluide
(lorsque l'activité passionne et captive) ou au contraire
souligne parfois par une organisation inadaptée ce que
le temps perdu peut porter de fastidieux et d'ennui (même
si l'ennui porte aussi sa richesse formatrice).
Selon son contexte, chacun conduira des observations et pourra
peu à peu s'il se donne les moyens d'une activité
réflexive mettre en place une gestion du temps souple
et précise adaptée aux besoins des élèves
comme aux exigences des programmes.
La question du temps qui voit converger en elle toute une série
de problématiques qui touchent la santé, l'organisation
du travail, les déplacements... est aussi une question
pédagogique. La bonne gestion du temps favorise les apprentissages
. Le temps s'apprend, se structure aussi chez le jeune enfant
grâce à l'intervention de l'adulte.
La bonne gestion du temps possède ses valeurs éducatives
et peut-être même philosophiques puisque travailler
en "se donnant le temps" c'est inscrire l'action de
l'homme dans la durée.
Conscience historique, progrès social, le temps est ce
premier repère abstrait qui définit aussi notre
relation à autrui.
Pour revenir à la classe, chacun sait que le plus souvent
on dit "manquer de temps"... pourtant l'observateur
qui s'amuserait en classe à décompter dans la journée
la foultitude de petits temps perdus, les temps réellement
consacrés à l'apprentissage et à l'activité
"utile"pourrait être surpris.
Les élèves trouvent souvent des stratégies
de "détournement du temps" qui leur est donné...
mais ce qui frappe avant tout, ce sont ces visages fatigués,
ces enfants qui parfois mettent beaucoup de... temps pour entrer
dans l'activité...
2)
problématiques relatives à la polyvalence et à
la transversalité:
A la différence du secondaire où les cours se succèdent
sans forcément pouvoir s'harmoniser ou se relier, le maître,
polyvalent, gestionnaire du temps et des contenus peut et sait
valoriser les passerelles entre les différents domaines.
Les nouvelles instructions l'invitent d'ailleurs à accentuer
la prise en compte des compétences transversales et à
intégrer tout au long des différentes activités
la maîtrise de la langue (lire, dire, écrire) et
l'éducation civique.
D'un côté on a un bloc horaire et des domaines à
respecter, d'un autre côté le maître peut
se sentir tiraillé entre des approches disciplinaires
fermées, et des pratiques ouvertes de type "projet"...il
importe donc de mesurer à la fois la nécessité
de maintenir une approche souple mais aussi d'assurer le service
des différentes disciplines.
L'emploi du temps et l'esprit des programmes font ainsi coexister
une vision de la pensée "encyclopédique"
rationalisée par l'arborescence, une vision de la connaissance
en chapitres et une pensée inspirée de l'approche
systémique incarnée par l'hypertexte et la mise
en réseau.
3) l'enseignement différencié et les différentes
formes d'organisation de la classe
L'emploi du temps doit intégrer la nécessité
de répondre aux besoins individuels des élèves
à la fois pour préparer l'apprentissage, l'approfondir
ou reprendre autrement.On note aujourd'hui une heureuse évolution
de la "remédiation" vers une prise en compte
en amont des difficultés. Il n'est pas nécessaire
de laisser l'élève tomber de la poutre pour lui
apprendre de nouveau comment la traverser en équilibre.
Il peut être bien de l'aider et lui proposer dès
le départ des situations où il trouvera la confiance
et comprendra mieux ce que l'on attend de lui.
Chaque maître aura à coeur de promouvoir dans sa
classe des moments privilégiés par petits groupes,
des ateliers décloisonnés hétérogènes,
des ateliers de travail autonome, des activités culturelles
(classes à PAC) , des sorties éducatives, des activités
de classes de découverte... On proposera également
des moments collectifs: bilans, échanges, découvertes,
lectures de textes par l'adulte, débat, musique... tous
ces moments fédérateurs sont forts. Le cours magistral,
bien dosé et préparé par un exposé
approprié du maître est aussi formateur par l'exemplarité
de la parole qu'il donne, la structuration dont il témoigne
et la richesse culturelle dont le maître se fait médiateur.
Outre quelques outils d'information, des éléments
concrets, des emplois du temps... ce dossier vous invite à
réfléchir à la problématique du temps
scolaire et de la construction de l'emploi du temps en classe.
N'hésitez pas à faire part de vos expériences
ou de vos réflexions.
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