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le temps qui manque

Problème posé : de manière récurrente, en salle des maîtres ou lors de visites de classes, les maîtres affirment "manquer de temps pour tout faire".
Cela n'est pas sans conséquence en particulier du point de vue du respect des programmes puis des réussites des élèves aux évaluations.
Il existe pourtant des leviers d'action sur lesquels les maîtres peuvent intervenir au sein de l'école, du conseil des maîtres de cycle puis de la classe dans le cadre de l'emploi du temps, avec les élèves, dans la construction de la séance.

De vraies conséquences :
Lorsqu'il est déjà "trop tard" et que la gestion du temps fait qu'effectivement il faut courir contre la montre, les maîtres procèdent à des impasses sur les programmes : celles-ci affectent principalement les sciences, l'histoire et la géographie ou la découverte du monde mais également l'éducation physique et d'une certaine manière les activités utilisant l'informatique.
Il semble également que l'approche transversale de la maîtrise de la langue s'en trouve négligée, tout comme les temps consacrés à la lecture, en particulier
la lecture du maître aux élèves.

Du temps perdu dans l'école :

Un premier élément non négligeable relève d'une responsabilité collective de la gestion du temps dans l'école :

Quelques exemples :
- accueil trop tardif en maternelle,
- récréations trop longues à l'accueil de 8h20 ou aux différentes récréations de la journée,
- perturbations apportées par du "non scolaire" : circulation de documents administratifs pour les maîtres pendant la classe...

Certains observations de classes nous font observer ainsi des classes qui ne se mettent pas au travail avant 8h50 le matin et à la récréation du matin perdront parfois jusqu'à dix minutes après le temps normal de récréation, soit déjà trente minutes perdues par demi journée, une heure par jour, soit près de quatre heures par semaine !*
Une dame de service passe faire signer des documents administratifs au maître, on perd encore cinq à dix minutes (sans compter souvent les nécessaires retour au calme).

*
si stricto sensu le temps de récréation est nécessaire aux élèves et à ce titre n'est pas du temps "perdu", on pourrait aussi s'interroger sur la manière dont se passe ce temps dans bien des écoles : permet-il toujours aux élèves de se détendre et de se sentir mieux ensuite en classe ?
Pour rappel le temps de récréation doit se déduire de toutes les activités mais de fait, il se défalque souvent de l'activité qui touche la récréation et qui est trop souvent la même.

Réponses possibles :
- faire que tous les maîtres soient présents auprès de leur rang pour partir avec leur classe dès la sonnerie. Le rôle du directeur est ici déterminant,
- mettre à disposition des enseignants une table d'émargement des documents administratifs en salle des maîtres et ou installer à leur disposition des casiers personnels pour le courrier ou les informations administratives,
- demander en maternelle à ce que les parents conduisent les élèves aux toilettes avant la classe,
- exiger le départ des parents de la classe à 8h40 au plus tard et ne plus laisser les parents conduire leur enfant en classe après 8h30 mais rassembler les retardataires,
- dans certaines écoles, la technique très ancienne qui consiste à sonner deux coups de fin de récréation est intéressante : le premier pour la fin signifie "on ne bouge plus", le deuxième invite les élèves à se ranger par deux.

On peut aussi organiser les flux des déplacements des rangs surtout dans les grandes écoles afin d'éviter les embouteillages. Sans revenir à une organisation militaire, il est incontestable qu'une conduite désorganisée de rangs agités fait perdre du temps dans les déplacements comme pour la remise au calme des élèves,
- on peut organiser avec la classe la conduite des déplacements : arrêts aux paliers, ouverture des portes par des élèves responsables etc.

Les projets "ajoutés" - réflexion à mener en conseil des maîtres :

Chaque année de nombreuses sollicitations parfois extérieures à l'école, se présentent comme des propositions souvent intéressantes mais qu'il convient d'anticiper pour les intégrer à la programmation des activités ou en tout cas de réguler pour ne pas céder à l'éparpillement : c'est le cas des différentes semaines "de la presse", "de la poésie" (printemps des poètes), journées à thèmes ou actions diverses, parfois même des matinées récréatives dont la pertinence est parfois contestable.
Il faut parfois dialoguer avec les autorités municipales pour expliciter qu'une après-midi récréative au cirque pour toute l'école ne s'impose peut-être pas (pour la même dépense on préférera peut-être renouveler des manuels...).
Il faut savoir aussi refuser certaines propositions alléchantes mais qui vont détourner du projet initial !
Nombre de ces projets souvent très louables, ne sont valables et pertinents qu'intégrés et pensés dans la programmation des activités : une action de la sécurité routière qui prend plusieurs heures, n'est pertinente qu'accompagnée, préparée et prolongée y compris en maîtrise de la langue. Ces actions doivent permettre d'évaluer ensuite de nouvelles compétences.
Il en va de même des classes culturelles, des sorties éducatives ou de l'intervention de diverses personnes extérieures à la classe etc.

Une réflexion à mener en conseil des maîtres de cycle :
Une réflexion est à mener concernant la programmation des activités (qui ne consiste pas en une simple répartition).
Au passage, il faut noter que le projet d'école ne doit pas proposer un programme "en plus" mais un programme intégré à la programmation des activités.
Il faut pouvoir gérer des tableaux de bord collectifs pour le cycle en croisant
les compétences des programmes et les activités menées au service de ces compétences.
Ces tableaux peuvent être gérés au fil de l'eau ou a posteriori mais doivent éviter les redondances comme les impasses dans le parcours d'un élève.
On pourra faire des choix de répartition en tenant compte du profil des élèves et des compétences des maîtres : ces choix imposeront un certain rythme.
Si on développe un sujet, il sera possible d'aller plus vite sur d'autres aspects à la condition que les grands repères soient donnés et fixés par la mémorisation.

On observe par exemple que les élèves pourront travailler trois fois "la nutrition" et ne pas faire de technologie dans leur parcours. En Histoire, ils feront deux ou trois fois la préhistoire et n'accéderont jamais à l'époque contemporaine...

Une deuxième réflexion est à mener concernant des outils qui peuvent être partagés et aider les élèves d'une part à une meilleure prise de repères méthodologiques et d'autre part à assurer les continuités : carnets de lecture, cahier de sciences, lexique des mots importants, cahier de poésie.
Il sera opportun également de réfléchir au choix des manuels (qui peuvent aussi être de cycle).
La place de la photocopie doit être limitée : certains l'utilisent "pour gagner du temps" (tout comme les fichiers). En réalité limiter son usage permet de faire écrire les élèves et d'intégrer mieux la transversalité de la maîtrise de la langue.

L'évaluation : de nombreuses écoles continuent de ne présenter aux familles des livrets que trois fois par an. Cela crée dans certaines classes de véritables périodes d'évaluation presque d'examen assez lourdes et obère une gestion suivie des besoins différenciés des élèves : la production d'un livret par période permet de faire le point avec plus de régularité en pesant moins, d'intervenir pour les ppap ou PPRE de manière plus réactive et efficace. Ici il faut savoir perdre un peu de temps pour en gagner ensuite !

Le temps de la classe :
L'emploi du temps doit être évalué :
- respecte-t-il les programmes ?
- est-il viable ? Parfois certaines organisations sont trop complexes ou reposent sur la présence ou la disponibilité de tiers... Il faut rappeler qu'un emploi du temps peut être réajusté selon les périodes et que des marges de souplesse sont données.
- certaines disciplines ne sont-elles pas pénalisées en étant placées à un moment défavorable de la journée ?

L'emploi du temps quotidien et par demi-journée est-il annoncé aux élèves ?
Il est important tout en s'accordant une relative souplesse, de travailler en s'appuyant sur l'horloge et de respecter les rendez-vous de l'emploi du temps.

Il faut aussi analyser l'ergonomie générale de la classe : cela passe de l'organisation de la communication dans la classe, à la bonne gestion du matériel et des cahiers.
On perd souvent beaucoup de temps à distribuer, retrouver le matériel, découper ou coller...

Les diversités de rythmes des élèves doivent être anticipées : se donner des contrats pour améliorer progressivement la "productivité" des plus lents, mettre en oeuvre des programmes personnalisés qui répondront aux besoins des élèves (aide en amont, revoir, approfondir, s'entraîner...).
Des enseignants proposent souvent du travail libre "en autonomie" après le travail habituel. Il serait plutôt intéressant de faire acquérir l'autonomie dans le travail lui même : il s'agit ici de proposer des aides pour permettre à l'élève de s'autoréguler et de parvenir à trier l'information nécessaire.
C'est pourquoi , la conduite de la classe doit intégrer le différencié en amont et les échanges métacognitifs en particulier sous forme de bilans d'étape comme sous forme d'aide mutuelle entre élèves (l'élève qui réussit doit être capable d'expliciter ses stratégies, l'élève qui se trompe doit voir ses erreurs accueillies comme des essais qui témoignent d'un savoir en construction, essais qu'il convient d'élucider).

Il peut être aussi intéressant de se doter d'outils d'observation pour relever qui fait quoi dans la classe et à quel moment les élèves se trouvent vraiment en activité de travail.
il est d'ailleurs possible d'évaluer avec les élèves eux-mêmes la façon dont on gère le temps en classe et de se donner des méthodes et techniques pour en perdre moins et en gagner pour divers projets...

La séance :
Deux types d'erreurs nous semblent revenir dans la gestion du temps de la séance.
Premier cas, le maître motivé par un sujet qui lui plaît - et peut-être plus encore au cycle 3 - est tenté non seulement par une approche très transmissive mais exprime un souci d'exhaustivité qui va l'inciter "à passer en force" et parfois consacrer beaucoup trop de temps sur un sujet qu'il développe trop largement.
Certaines leçons d'histoire deviennent des minis cours d'université dont hélas les raisonnements, le lexique...restent mal élucidés.
A contrario, d'autres maîtres accordent trop de temps à des phases de
travail de groupe où les élèves tâtonnent sans pouvoir avancer réellement seuls ou passent beaucoup de temps à formuler leurs représentations initiales avant de traiter le problème en tant que tel.
Il arrive que la forme prenne le pas sur le fond.

Une bonne séance doit :
- être rythmée et savoir préciser le temps accordé à chaque étape,
- le rôle du maître et de l'élève doit être précisé : l'activité réelle des élèves identifiable,
- outre les objectifs de la séance, ceux relatifs à la maîtrise de la langue doivent apparaître,
- les aspects matériels doivent être anticipés pour éviter de perdre du temps : le temps d'un déplacement ou changement de lieu doit être compté, la distribution rapide d'un document anticipée, la mise en page du cahier normée et facile...
Les tableaux seront préparés à l'avance, le matériel pédagogique sera prêt à l'avance dans des caissettes etc.
Le maître aura utilement fait à l'avance les exercices proposés en respectant les consignes et la mise en page pour mesurer le temps à passer...
Les activités seront conclues et les enchaînements pensés.

Chaque séance doit permettre des conclusions intermédiaires provisoires en particulier pour les séances de découverte.

Si le temps prévu est dépassé, le maître doit sauf cas ponctuel, respecter l'emploi du temps prévu et savoir passer à l'activité suivante quitte à réguler dans un deuxième temps.
Le temps qui manque ne vient pas des élèves mais des organisations prévues : il faut parfois se donner de la souplesse pour ne pas stresser les élèves, mais on doit aussi savoir créer une dynamique en stimulant ceux-ci . Très souvent, le simple fait de savoir qu'après une activité, une autre est prévue, stimule les élèves qui ne se voient pas enfermés dans un exercice au risque de le "délayer"...
Une classe de CM doit écrire au moins trois à quatre pages de cahier petit format par jour, c'est un minimum.

En classe de découverte :
Nous avons pu y expérimenter une gestion du temps qui tienne mieux compte des rythmes des élèves : travail intellectuel le matin, temps calme à la pause méridienne, observations et sport puis à nouveau activités intellectuelles et écrites en fin de journée... Les élèves sont alors capable de produire beaucoup.

Changer les rythmes !
Cela revient souvent depuis quelques années : il est nécessaire de tenir compte de la chrono biologie tant dans les rythmes quotidiens que dans les rythmes annuels (journée trop longue dont la durée pourrait varier selon les âges, vacances d'été trop longues et d'hiver trop courtes). Cet aspect relève de choix politiques dont aucun responsable ne semble aujourd'hui avoir réellement le courage.



dossier http://www.prepaclasse.net/temps.html

des analyses d'emploi du temps :
voir aussi une autre
critique d'emploi du temps CP

retour vers construire un emploi du temps

voir également un autre emploi du temps en cycle 2 dans une classe multi-âges

analyse d'
un emploi du temps en ce1

analyse d'un emploi du temps au cm2

 

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février 2006

maître de toile: Vincent Breton prepaclasse@prepaclasse.net Paris. Droits réservés